Frédéric Lassara : “Notre solution permet de rompre l’isolement des agents de sécurité”.
Cette start-up développe depuis un peu plus de trois ans des semelles orthopédiques imprimées en 3D à destination des ouvriers et des sportifs. Une version connectée de ces EPI, baptisés Rcup, va être commercialisée à partir d’avril, annonce son PDG et cofondateur, Frédéric Lassara, au cours d’un entretien accordé à En Toute sécurité.
Lancée avec un associé podologue, Wercup a d’abord cherché à mettre au point une solution de santé à destination des travailleurs. La jeune pousse a d’ailleurs noué un partenariat avec le fabricant alsacien de chaussures de sécurité Lemaître. « Mon métier consiste à prévenir les risques humains grâce à la donnée et permettre l’amélioration des performances », résume le dirigeant, rappelant que l’absentéisme dû aux maladies professionnelles et autres accidents du travail a coûté quelque 60 milliards d’€ aux entreprises en 2015, selon des experts.
Pensée pour soulager le mal de dos et les troubles musculo-squelettiques, la solution est désormais dotée de capteurs qui collectent les informations relevées au niveau de la voûte plantaire pour mettre en œuvre un « coaching » numérique (comptage des pas, correction des mauvaises postures, etc.). Ces semelles sont aussi pourvues d’une technologie de « geosensing » signalant les entrées/sorties de zone, ainsi que de la reconnaissance gestuelle, dite de « Command by motion » qui les transforme en véritable télécommande.
« S’il est configuré en mode ‘urgence’, une simple action du pied peut permettre d’envoyer un SMS, un mail ou d’appeler directement pour alerter en cas d’agression », explique le PDG. Des applications susceptibles d’intéresser divers secteurs d’activité, dont celui de la sécurité privée, « très concurrentiel mais pas toujours très innovant » selon le dirigeant. Sa solution vise à « rompre l’isolement » des agents de sécurité, autant pour prévenir les risques qui les touchent que pour rassurer leurs clients : « Notre différenciation commerciale repose sur une plus grande transparence sur les prestations réalisées », fait-il valoir. Et de citer cette autre fonctionnalité permettant, dans le cadre d’une ronde de surveillance, de prouver qu’elle a bel et bien été effectuée, sans possibilité de triche, grâce à un pointage géolocalisé via la semelle.
Soulignant l’importance de l’acceptabilité du dispositif par les opérateurs et de la discussion avec les acteurs syndicaux et CHSCT, il affirme que son assistant digital pourrait permettre « de baisser les coûts d’une surveillance de manière drastique ».
Lancée fin 2014, la start-up compte parmi ses clients des industriels comme Air Liquide ou PSA, où Frédéric Lassara a travaillé pendant treize ans. « Mon dernier emploi était focalisé sur la voiture connectée », précise celui qui dit vouloir « lier les technologies, le Big Data, l’intelligence artificielle à l’humain. » Ou plus précisément, à ses pieds.
« Pour les lunettes, il y avait déjà Google. Pour les montres, Apple. Sur ce créneau, il n’y avait encore aucun géant international », indique-t-il. La start-up installée en région parisienne compte huit salariés et consacre entre 80 et 90% de ses investissements à la R&D. Selon les estimations d’En Toute Sécurité elle a réalisé un CA de 0,11 M€ en 2016 contre 0,07 M€ l’année précédente. Parmi ses clients, il y a aussi des acteurs du BTP. Un premier investisseur potentiel issu de ce secteur s’est d’ailleurs manifesté, indique le PDG, qui en cherche d’autres.