Fête des Lumières, vie nocturne intense, Biennale de la danse, piétonisation des voies sur berges, réhabilitation des quartiers sensibles… Pour permettre à l’ensemble de sa population de continuer à bénéficier du charme et du bien vivre qui en font sa réputation, et malgré la multitude de risques auxquels elle est confrontée, la ville de Lyon a mis en place une politique sécurité « partenariale », impliquant le plus grand nombre d’acteurs publics, comme privés.
« Nous sommes reconnus comme exemplaire dans ce domaine. Nous ne voulons pas qu’il y ait de différences entre notre discours et sa mise en pratique. A partir du moment où nous programmons un évènement ou organisons un espace public, nos administrés doivent pouvoir pleinement en profiter tout en étant rassurés. Mais cette démarche menée en toute transparence nécessite l’adhésion de tous. Et tout le monde doit jouer le jeu », confie Jean-Yves Sécheresse, 3e adjoint au maire, en charge de la sécurité et de la tranquillité au cours d’une interview exclusive accordée à En Toute Sécurité.
Une charte « vie nocturne »
A commencer par les 140 000 étudiants, dont le nombre a explosé ces dernières années. Générant une vie nocturne particulièrement animée. Notamment les jeudis soir sur les péniches des berges du Rhône, dernière soirée de « frénésie » avant le retour au domicile parental. « Avec l’arrivée des beaux jours, cette population peut être certains soirs massive et fortement alcoolisée. Nous faisons ainsi régulièrement appel à une association étudiante qui nous accompagne dans notre mission de prévention en distribuant des tracts », explique Jean-Yves Sécheresse.
De même, la ville a mis en place des cellules de veille. Réunies une fois par mois, leur mission consiste à associer les acteurs traditionnels en matière de sécurité publique (ville de Lyon, préfecture, police…), avec certaines parties prenantes venant du public ou du privé (bailleurs sociaux, principaux des collèges, associations de commerçants…) afin de travailler en partenariat sur certaines problématiques. C’est notamment le cas pour la cellule « vie nocturne » avec la mise en place d’une charte impliquant les bars et discothèques du centre-ville.
« A l’heure actuelle, 170 établissements de ce type l’ont adopté. C’est-à-dire qu’ils s’engagent à répondre à certaines exigences destinées à assurer la sécurité de leur clientèle et la tranquillité des riverains. En retour, nous leur offrons une petite plaque représentant une chouette, qu’ils peuvent apposer sur leur mur, et qui démontre notre volonté commune de gérer le mieux possible la vie nocturne. Pour les autres, et en cas de manquement, nous pouvons demander une sanction au préfet, qui peut donner lieu à une réduction des horaires d’ouverture. Ou même à une fermeture totale de plusieurs mois », affirme le responsable sécurité.
Une police municipale armée
Les quartiers réputés difficiles ne sont pas pour autant délaissés. C’est notamment le cas pour La Duchère qui comptait en 1999, un parc de logements sociaux représentant 80% de son parc total, contre 18% dans la commune de Lyon. Classé depuis 2012 en zone de sécurité prioritaire, ce quartier souffre plus que d’autres d’une insécurité quotidienne et d’une délinquance enracinée.
« Ce climat s’est fortement amélioré, grâce à la politique d’urbanisation menée depuis de longues années dans le quartier. Notamment par Gérard Collomb, maire de cet arrondissement, avant d’accéder à la mairie de la municipalité en 2001. Mais nous devons faire face aujourd’hui à une délinquance de plus en plus jeune ainsi qu’au développement d’un trafic de stupéfiants alimenté par la demande croissante d’une population issue des quartiers plus favorisés », indique Jean-Yves Sécheresse.
Même si les tâches des agents de la municipalité en matière de sécurité ne sont pas les mêmes que celles de la police nationale — comme tient à le rappeler l’élu lyonnais — les 350 fonctionnaires de la ville sont équipés afin de pouvoir faire face à toutes les situations. C’est notamment le cas pour les membres du GOM (groupe opérationnel mobile) : ces 60 agents municipaux furent les premiers de la métropole à être dotés d’une arme à feu.
« C’est avec les attentats de Paris en novembre que Gérard Collomb, alors maire de Lyon et pourtant opposé jusqu’alors à cette mesure, a franchi le cap en prenant en compte le caractère dangereux de leurs interventions », ajoute Jean-Yves Sécheresse.
Le port d’arme a ensuite été étendu aux agents des UMI (unités mobiles d’intervention). Ces 30 agents amenés à intervenir dans l’urgence sur des problématiques de circulation, peuvent également se retrouver confrontés à des situations à risque, lors d’opérations de contrôle de véhicules, effectuées en collaboration avec la police nationale. Seuls les agents de police municipale — encore qualifiée de « police de proximité » par l’élu socialiste — ne sont pas tous dotés d’une arme à feu.
« Un tiers de ces effectifs ne l’a pas souhaité. Par-contre, nos prochaines recrues n’auront plus le choix. Dans tous les cas, je veux que cette police soit à l’image de notre population : représentative en termes d’origines, mais également féminisée », déclare-t-il.
La ville de Lyon en chiffres
• 9 arrondissements ;
• 50 km² ;
• 500 000 habitants ;
• 140 000 étudiants.
Des agents à vélo et à cheval
Chacun de ces agents doit cependant suivre dix jours de formation préalable afin de bien comprendre les exigences et les responsabilités relatives à la détention et à l’usage d’une arme à feu. La ville de Lyon a également recruté deux moniteurs de tir, loué un stand privé et équipé l’ensemble des commissariats d’un coffre dédié au stockage des armes.
« L’autorisation de port d’arme ne sera délivrée qu’à l’issu d’un examen. Puis d’une visite médicale auprès d’un médecin de la police nationale. La grande majorité de nos effectifs, notamment ceux de la GOM, sont issus de la gendarmerie, de la police ou de l’armée, et sont habitués au maniement d’une arme. Au-delà des examens initiaux, tous doivent cependant se soumettre trois fois par an à des sessions de contrôle continu. Une fréquence supérieure à celle imposée aux agents de la police nationale », assure Jean-Yves Sécheresse.
Pour compléter ces effectifs, la ville de Lyon bénéficie également d’une dizaine d’agents à vélo essentiellement dédiés à la surveillance des parcs et des voies piétonnes. Ainsi que depuis deux ans, d’une équipe équestre.
« J’avais remarqué que ce type d’agent, tout en se révélant extrêmement impressionnant, changeait totalement le rapport de la police avec la population, et notamment la relation vis-à-vis des enfants. Aujourd’hui nous disposons d’une équipe de 5 à 6 policiers que nous faisons patrouiller sur les voies sur berge, au départ du parc de la Tête d’Or. Et nous venons de nous équiper d’un van, afin de les déplacer sur d’autres quartiers dont notamment celui de La Duchère. Nous voulons en effet que cette démarche profite à tous », raconte le responsable sécurité.
500 caméras de vidéosurveillance
Cette multiplicité de moyens humains est associée à des moyens techniques. Notamment en termes de vidéosurveillance. La ville dispose ainsi d’un réseau d’environ 500 caméras, toutes reliées à un PC de contrôle opéré jour et nuit par une quarantaine de personnes. « Nous avons quasiment réussi à mailler l’ensemble du territoire. Il nous reste cependant la possibilité d’en rajouter à certains endroits ciblés en fonction de problèmes spécifiques. Comme ce fut le cas autour d’un ou deux pubs du centre-ville devenus le rendez-vous de supporteurs de l’Olympique Lyonnais », assure Jean-Yves Sécheresse.
La municipalité ne peut cependant pas s’affranchir de l‘aide de l’Etat, ni de celle de certains acteurs privés, afin d’assurer la sécurité d’évènements de grande ampleur. Notamment lors de la Fête des Lumières : quatre soirées, réparties sur une cinquantaine de sites, avec plus de deux millions de visiteurs. A cette occasion, 400 CRS, 320 policiers, 100 militaires, 160 pompiers, 2 équipes du Samu et 250 agents de sécurité privée (payés par les organisateurs de l’évènement), viennent en complément des 200 à 250 agents municipaux mobilisés.
« Nous sommes tous réunis dans un PC commun. Tout le monde se connaît et s’apprécie. L’ensemble est supervisé par les pompiers. En cas de problème, la DDSP prend la barre. Mais au-delà de la Fête des Lumières, il y a la Biennale de la Danse, la Fête de la Musique ou le feu d’artifice du 14 juillet, que nous avons toujours maintenu malgré les attentats et la menace. Nous ne baisserons pas les bras… Sinon les terroristes auraient gagné », affirme Jean-Yves Sécheresse.
Jean-Yves Sécheresse : des lycées à la sécurité
A 64 ans, géographe de formation et ancien professeur d’histoire et géographie, Jean-Yves Sécheresse a exercé de multiples mandats en tant que conseiller métropolitain représentant le président pour les questions de coopération à l’échelle de l’aire métropolitaine, président délégué du SEPAL, président de la Halle Tony Garnier.
Actuel 3e adjoint au Maire de Lyon, en charge de la sécurité et de la tranquillité, il a été secrétaire de la section socialiste du 5e arrondissement jusqu’en 2008, président du groupe socialiste au Conseil municipal de Lyon depuis 2001 et ancien vice-président du Grand Lyon en charge de la stratégie métropolitaine de 2008 à 2014.