Fabrice Brégier, ex n°2 d’Airbus, va développer les actions de lobbying du groupe américain en France.
Le leader américain de l’analyse de données massives, épaulé depuis sa création par la CIA, a réussi un coup spectaculaire en recrutant Fabrice Brégier, ex-numéro deux du groupe Airbus, pour diriger sa filiale française.
Il a pris ses fonctions le 1er octobre pour « contribuer à la croissance de l’écosystème ”good tech” en France et développer des partenariats avec les organisations françaises qui partagent le goût pour l’innovation éthique et l’excellence technologique », explique Palantir Technologies.
Fabrice Brégier, 57 ans, ancien patron des avions civils d’Airbus, avait quitté le groupe aéronautique en février dernier après un conflit ouvert avec Tom Enders, son président.
Palantir, implanté en France depuis 2016, avait notamment remporté un contrat de 10 M€ avec la DGSI pour analyser des données dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. A l’époque, plusieurs voix s’étaient élevées contre cet accord, estimant qu’il existait des risques que des informations sensibles tombent entre les mains des services de renseignement américains. Néanmoins, chacun reconnaissait qu’il n’existait pas de solution équivalente en France ou en Europe.
Créée en 2004 à Palo Alto, en plein cœur de la Silicon Valley, la start-up a été soutenue à ses débuts par le fonds d’investissement In-Q-Tel, appartenant à la CIA, et par Peter Thiel, le co-fondateur de Paypal. Son nom est tiré du « Seigneur des anneaux », le fameux roman de J.R.R. Tolkien, et signifie « pierre de vision ».
Le portefeuille de clients de Palantir compte aujourd’hui le Department of Homeland Security, la NSA, le FBI, l’US Air Force, les Marines et de nombreuses entreprises comme Crédit Suisse, Axa et … Airbus. Le groupe aéronautique — et notamment Fabrice Brégier — avait fait appel à Palantir pour analyser des données nécessaires à la montée en cadence de la production de certains avions ou pour sa maintenance prédictive.
Palantir, qui a effectué avec succès plusieurs levée de fonds portant sur des centaines de millions de $, est actuellement valorisé vingt milliards de $. On estime que son algorithme a contribué à localiser Ben Laden au Pakistan. Employant 2 000 salariés dans le monde, elle génèrerait un CA supérieur à un milliard de $, selon diverses sources.
Son patron, Alexander Karp, a été reçu par Emmanuel Macron au printemps dernier, probablement pour évoquer le contrat avec la DGSI. En septembre, Laurent Nunez, directeur général de la sécurité intérieure, affirmait qu’il cherchait à développer une offre similaire, française ou européenne. Thales, la Direction Générale de l’Armement et diverses start-up travaillent sur le sujet.