Avec une croissance de 4,2% en 2016, la sécurité privée a pratiquement réédité sa performance de l’année précédente (+4,3%), mais l’on voit apparaitre des signes de ralentissement menaçants, selon les données récoltées auprès de 1 600 sociétés de sécurité et analysées dans notre Atlas 2017.
Cette progression, qui se situe largement au-dessus de la moyenne constatée au cours de la décennie (+3,3%), a été soutenue par la volonté des donneurs d’ordre de renforcer les dispositifs de sécurité après les attentats terroristes de 2015-2016. Avec le recul, on s’aperçoit qu’il s’est agi d’un phénomène ponctuel : aujourd’hui, les directeurs sécurité manifestent leur intention de réduire leurs budgets (lire encadré ci-dessous).
Sur l’ensemble des 23 secteurs répertoriés selon la nomenclature de l’Atlas, 21 ont affiché une croissance en 2016 (soit un de plus qu’en 2015), un est en progression nulle (le transport de fonds) et un seul en décroissance (la télésurveillance professionnelle) contre trois un an plus tôt.
Si l’on analyse plus précisément des tendances, le bilan n’est cependant pas si bon qu’il n’y parait de prime abord : on compte en effet seulement onze secteurs dont la progression du CA s’est accélérée (contre seize en 2015), tandis que douze enregistrent une croissance moins élevée que l’année précédente (contre trois en 2015).
Le ralentissement a été extrêmement marqué dans certains domaines : l’ingénierie de sécurité a progressé de 2,3% seulement contre +7,6% en 2015, la protection rapprochée de 10,1% contre +19,8%, la téléassistance de 2,8% contre +7,6%, la sécurité intérieure de l’Etat de 3,8% contre +6,2%, etc. Sans oublier les drones de surveillance dont la croissance ralentit inexorablement depuis leur pic de 2013 : +118% à cette date contre +55,5% en 2016.
Il faut cependant remarquer les bons résultats de la vidéosurveillance, dont la progression est passée de +3,5% en 2015 à +7,4% l’année suivante et ceux du gardiennage qui signe son meilleur score depuis une quinzaine d’années (+5,1%). Pour ce dernier secteur, la performance provient évidemment des mesures prises pour rassurer la population, notamment dans les enseignes de distribution, les sites culturels ou les infrastructures de transport, mais aussi de la participation massive des agents de sécurité privée durant l’Euro 2016.
Précisons cependant qu’une petite partie seulement des entreprises de gardiennage — et dans une moindre mesure de sécurité électronique — ont obtenu des contrats significatifs liés à ces événements exceptionnels.
Un record d’entreprises rentables
La principale bonne nouvelle concerne le nombre de sociétés rentables : 75% d’entre elles ont affiché des bénéfices en 2016, soit deux points de plus que l’année précédente. Soit un pourcentage encore jamais atteint, sauf en 2000. Mais il faut rappeler que la croissance du marché était à l’époque de 9,2%.
L’amélioration de la situation financière des sociétés de sécurité s’avère significative puisque le taux moyen d’entreprises bénéficiaires était de 68% au cours des dix dernières années.
Il ne faut pourtant pas trop se réjouir. Ce score historique résulte de facteurs hétérogènes, dont certains sont exceptionnels. Ainsi, le CICE a donné un coup de pouce artificiel aux résultats financiers des sociétés de sécurité, principalement à celles qui emploient beaucoup de main d’œuvre comme dans le gardiennage. Les réformes en cours prévoient la suppression progressive du CICE, ce qui va pénaliser les entreprises.
C’est d’ailleurs dans le secteur du gardiennage que l’amélioration est la plus spectaculaire, avec un gain de dix points : 70% des sociétés ont affiché des bénéfices en 2016 -un chiffre proche de son record- contre 60% l’année précédente. Rappelons qu’en 2012, seulement 39% des entreprises de ce secteur dégageaient des résultats positifs.
Autre élément à considérer : le marché de l’emploi a de nouveau été morose en 2016, avec un gain de 1% seulement des effectifs globaux (pour atteindre 260 660 salariés), soit une croissance divisée par deux par rapport à l’année précédente.
La raison est simple : les chefs d’entreprise ont anticipé un climat des affaires moins propice en 2017 et surtout en 2018. Sur les 23 secteurs répertoriés dans notre Atlas, 19 sont créateurs nets d’emplois, alors qu’ils étaient au nombre de vingt en 2015. Quatre ont détruit davantage de postes qu’ils en ont créés.
Logiquement, le gardiennage est le secteur qui a créé le plus d’emplois : 1 070 salariés de plus en 2016 pour atteindre une population active de 127 500. Les effectifs de cette activité reviennent ainsi pratiquement au niveau de ceux de 2008-2009 qui avait été suivie par une période noire de 2009 à 2014, se traduisant par une baisse significative des effectifs.
A noter enfin que les firmes étrangères ont nettement renforcé leur présence dans l’Hexagone, principalement par des acquisitions majeures visant des fleurons de l’industrie française comme Morpho ou Dirickx. Les groupes à capitaux étrangers contrôlent désormais près de 40% du marché contre 30% voici deux ans et 20% au début des années 90.
Ralentissement plus accentué en 2017
On peut penser que le ralentissement de la croissance va s’accentuer en 2017. La demande sera par exemple beaucoup moins forte dans le gardiennage (+3,6%), car les donneurs d’ordre sont en train d’inciter fortement leurs prestataires à faire mieux pour moins cher, tout en réduisant drastiquement les dépenses dans ce domaine, estimant avoir consacré des budgets très importants en 2015-2016 en raison des attentats terroristes.
Au total, la profession devrait progresser de 3,9% en 2017, ce qui reste un rythme supérieur à celui de la décennie. Malgré la prise de conscience collective de la permanence des risques terroristes, impliquant des dispositifs de sécurité plus lourds, la guerre des prix devrait se poursuivre — voire même s’accélérer —, de même que les coupes budgétaires dans la sphère publique. On peut donc estimer que la croissance globale de la profession devrait redescendre à 3% en 2018.
Cette progression ralentie devrait évidemment avoir un impact négatif sur la rentabilité des entreprises. Elles doivent s’y préparer dès aujourd’hui.
Budget réduit pour les directeurs sécurité
Après trois années de hausse en raison des attentats terroristes, les directeurs sécurité prévoient une réduction de leur budget dès 2018, selon le sondage réalisé en mai-juin auprès de ces derniers par En Toute Sécurité et publié dans notre Atlas 2017.
Pour 42% d’entre eux, le budget sécurité 2018 sera en baisse, tandis que 40% anticipent une hausse, 8% une stabilité et 10% ne savent pas. Il s’agit d’une évolution profonde des projets, puisque notre sondage un an plus tôt montrait que 24% seulement des directeurs sécurité prévoyaient une baisse de leur budget.
Concernant les chantiers prioritaires à mettre en route, le renforcement de la vidéosurveillance vient en tête (30% des réponses), suivie par une sécurisation accrue des bâtiments (23%), la réalisation d’exercices de gestion de crises, la centralisation des systèmes de sécurité électronique, la sensibilisation du personnel de l’entreprise à la sécurité, etc.
Une courte majorité des directeurs sécurité (54%) estime que la qualité des prestations des sociétés de sécurité s’est améliorée depuis deux ans. Ils se prononcent massivement pour une coopération plus étroite avec la sécurité publique, tout en n’étant pas favorable à l’armement des agents de sécurité privée.
Un autre sondage publié dans notre Atlas montre qu’une partie seulement des chefs d’entreprises de sécurité a bénéficié d’un surplus de contrats depuis les attentats, alors qu’ils anticipent un ralentissement de la croissance pour 2018.
Nouvelle collaboration avec le CNAPS
Pour la 4e année consécutive, le CNAPS a rédigé pour l’Atlas d’En Toute Sécurité des textes inédits, conçus exprès pour notre ouvrage, tandis que notre rédaction apporte un éclairage complémentaire sur les sujets choisis. Outre un éditorial de ses dirigeants, les thèmes traités cette année sont : le projet d’agents armés, la formation en sécurité, les missions de conseil du CNAPS et sa charte de déontologie.
Les secteurs en plus forte croissance en 2016
Drones de surveillance +55,5%
Protection rapprochée +10,1%
Télésurveillance résidentielle +8,9%
Cybersécurité +8,7%
Vidéosurveillance +7,4%
Enquêtes privées +6,7%
Alarme anti-intrusion +6,4%
Contrôle d’accès +5,1%
Gardiennage +5,1%
Les secteurs les moins dynamiques
Téléassistance +2,8%
EPI +2,5%
Ingénierie de sécurité / conseil +2,3%
Sécurité incendie +2,2%
Equipements blindés +1,8%
Sûreté aéroportuaire +1,7%
Formation en sécurité +1,5%
Intervention sur alarme +0,3%
Serrurerie +0,3%
Transport de fonds +0%
Télésurveillance professionnelle -1%
Source : Atlas 2017 d’En Toute Sécurité
Patrick Haas – Rédacteur en chef