Sûreté aéroportuaire : toutes les entreprises dans le rouge en 2020

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Jean-Baptiste Thélot, président du SESA (Syndicat des entreprises de sûreté aérienne et aéroportuaire), dresse pour En Toute Sécurité un bilan « catastrophique » de la profession en raison de la crise sanitaire et esquisse des prévisions moroses pour 2021.

 

En Toute Sécurité – Le trafic aérien s’est effondré en 2020. Quelles seront les conséquences économiques pour les entreprises de sûreté aéroportuaire ?

Jean-Baptiste Thélot – En 2020, le nombre de passagers transportés devrait baisser de 65%, dont -90% durant les deux mois du premier confinement. Pour les entreprises de sûreté aéroportuaire, la baisse sur l’année devrait être de 50%, car certaines missions doivent de toute façon être accomplies.

Le terme catastrophique devient galvaudé : nos structures sont mises à rude épreuve. Nous espérions une reprise du trafic aérien cet été, mais elle n’a pas eu lieu à cause de la menace d’une seconde vague et les barrières étatiques entre les pays. Le second confinement nous conduit à un scenario encore pire par rapport au pire qui était anticipé en mai dernier.

Conséquence : toutes les entreprises de sûreté aéroportuaire seront dans le rouge cette année. Les grands acteurs, qui représentent 90% de l’activité de la profession, sont adossés à des groupes solides, mais il est possible qu’ils réfléchissent à l’opportunité de rester ou non dans ce domaine. Le phénomène est encore plus violent pour les petites structures.

ETS- Comment cela s’explique-t-il puisque les pouvoirs publics ont dégagé des aides ?

J.-B. T.– Un prêt de 300 M€ pour financer la sûreté a été dégagé par l’État, mais il est à peine suffisant pour 2020. En outre, nos sociétés ont des coûts de structure significatifs et notamment un quart des coûts salariaux restaient à notre charge pendant le premier confinement puis 35% depuis le 1er juin et la baisse de la prise en charge du chômage partiel par l’État. Je signale que nous avons obtenu quelques aides de la part de certains aéroports.

ETS – Comment se présente 2021 ?

J.-B. T. – De façon très hypothétique ! Si nous vivons une seconde année comme en 2020, des changements profonds se produiront dans la profession.

Le confinement actuel risque de sabrer le surplus d’activité traditionnel de la période de Noël. Le gros enjeu se situera sur la saison estivale à partir de fin avril : il nous reste quatre mois pour retrouver la confiance des voyageurs, notamment grâce aux vaccins qui vont être mis sur le marché et à une politique de tests systématiques.

Le trafic remontera probablement en quelques mois mais je crains qu’il plafonne à 70%-75% de ce qu’il était avant la crise. L’aérien est un écosystème fermé où tous les acteurs sont durement affectés pour une période durable.

ETS – Quelles seraient les solutions pour une activité pérenne ?

J.-B. T. – L’aéroportuaire, dont la sûreté aéroportuaire fait partie, doit être considérée par les pouvoirs publics comme un secteur sensible et bénéficier donc des mêmes aides que les autres secteurs considérés comme tels.

En réalité, notre profession est une délégation de service public : l’État doit donc assurer sa pérennité puisque la taxe sûreté sur les billets ne permet plus de financer les dépenses de sécurité. Nous demandons des subventions pour équilibrer le financement de la sûreté aéroportuaire. Il faudrait aussi renégocier des accords collectifs, comme la prime annuelle PASA que nous venons de dénoncer, car elle inéquitable et devenue adaptée.

ETS – Dans cette situation exceptionnelle, comment évolue la demande des aéroports et des compagnies aériennes ?

J.-B. T. – Dans l’immédiat, nous avons adapté les procédures pour réduire au maximum les contacts physiques avec les passagers lors des contrôles. A plus long terme, il faudra développer le couple homme et technologie, notamment avec le concept de Smart Line qui permet une automatisation des contrôles et des process moins intrusifs. Les scanners corporels devront être généralisés et les équipements d’imagerie devront se moderniser pour aboutir à une visualisation en 3D. L’intelligence artificielle permettra une aide à la décision pour la détection d’anomalies. Se pose aussi la question de la sûreté dans les zones publiques : les chiens détecteurs d’explosifs ont évidemment un rôle à jouer, tout comme l’analyse comportementale.

Propos recueillis par Patrick Haas

Rédacteur en chef