Xavier Vignon : “Nous avons la volonté et les moyens humains et financiers de notre croissance dynamique”.
Le groupe spécialisé dans l’intégration de réseaux télécom, déjà très présent dans la sécurité, est entré en négociations exclusives avec SFPI en vue du rachat de sa filiale de sécurité électronique Eryma.
« Cette opération — qui serait ainsi la plus grosse acquisition de notre histoire — nous donnerait un effet de taille important dans ce secteur très morcelé, tout en renforçant notre réseau d’agences, nos compétences techniques et en augmentant nos capacités commerciales », explique Xavier Vignon, président de Sogetrel, au cours d’un entretien exclusif accordé à En Toute Sécurité.
Un accord est espéré pour l’automne prochain, auquel il faudra rajouter les délais pour obtenir les différentes autorisations administratives nécessaires pour une société qui travaille notamment pour des clients dans la défense.
« Ce mariage aurait un vrai sens industriel », estime Xavier Vignon. Les deux structures apparaissent assez complémentaires puisqu’Eryma est présent sur les segments de clientèle de la distribution et de la banque, où Sogetrel est peu actif. Celui-ci compte de nombreuses références parmi les collectivités territoriales pour des services liés aux Smart Cities, alors qu’Eryma très peu. Cette dernière se focalise plutôt sur les PME et grands groupes, y compris des opérateurs d’importance vitale. Néanmoins, les deux entités ont quelques clients communs, notamment dans la défense. Cette complémentarité est également vérifiée sur le plan géographique.
« Alors que le métier de la sécurité devient de plus en plus technique, Eryma apporte des solutions innovantes en utilisant les technologies IP en location de services, qui viendront s’ajouter à notre savoir-faire dans les infrastructures télécom », analyse Xavier Vignon.
Xavier Vignon estime qu’il y aurait très peu de réorganisation après le rachat, affirmant qu’il s’est engagé à reprendre toutes les activités d’Eryma, y compris sa télésurveillance (environ 10 000 abonnés), ce qui constituerait une diversification pour Sogetrel. Laurent Mussilier, actuel dirigeant d’Eryma, devrait rester dans l’entreprise et celle-ci devrait d’ailleurs conserver son nom.
Eryma a une taille plus importante que l’activité sécurité de Sogetrel : 38 M€ en 2016 avec 285 personnes contre 24,3 M€ pour le second (voir ETS n°509 et 546). La vidéosurveillance fait partie des points forts de Sogetrel avec un CA de 19 M€, notamment pour de nombreuses villes, un segment de marché où il figure parmi les leaders en France (voir ETS n°583).
Le groupe est peu présent à l’international, alors qu’Eryma a une certaine expérience dans ce domaine, même si son activité à l’étranger a été une des causes de ses déboires à la fin des années 2000.
Eryma fait partie du groupe industriel SFPI, présidé par Henri Morel, qui contrôle également Dom Security (anciennement Sécuridev), spécialisé dans la serrurerie et le contrôle d’accès. SFPI, qui a réalisé un CA total de 513 M€ en 2016 est coté en bourse depuis la fin 2015. Ce serait la première fois depuis cette date qu’il céderait un actif.
Sogetrel en forte croissance
Sogetrel, réaliserait un CA 2017 pro-forma supérieur à 400 M€ avec 3 300 collaborateurs après l’acquisition d’Eryma, ou autour de 370 M€ hors Eryma, à comparer avec 320 M€ en 2016. Le groupe allie croissance externe et organique soutenue, mais n’avait pas véritablement effectué d’acquisition dans la sécurité (voir ETS n°582). La plus importante à ce jour a été la société de télécom normande Sturno (CA de 25 M€), intervenue en décembre dernier.
« Nous avons la volonté et les moyens de notre croissance dynamique, aussi bien sur le plan financier qu’humain », affirme le président du groupe, qui a ne fait pas mystère de sa volonté de se renforcer dans la sécurité (voir ETS n°604).
Bénéficiant d’une rentabilité qualifiée de « tout à fait convenable », le groupe soutenu par Bpifrance a ainsi la possibilité de racheter des entreprises cumulant un CA total de plus de 100 M€.
Eryma : une histoire très mouvementée
Eryma a changé à plusieurs reprises d’actionnaires qui ont opté pour des stratégies différentes, dont l’une l’a conduit à la faillite.
L’histoire commence véritablement dans les années 80-90 quand Siemens rachète des sociétés de sécurité électronique comme Honeywell Sécurité ou Alarme Direlec. Une page est tournée en avril 2007 lorsque le groupe allemand décide de céder à LBO France ses filiales de télésurveillance et d’installation, baptisée Security System, qui dégageait une rentabilité insuffisante (voir ETS n°410). L’opération s’est conclue pour un prix d’environ 35 M€ alors que le CA était à l’époque de 48 M€. C’est Philippe Malterre, directeur de Siemens Building Technologies, qui négocie cet accord et prend ensuite la direction de la filiale cédée. Celle-ci prend le nom d’Eryma, qui signifie « rempart » en grec (voir ETS n°415).
Philippe Malterre se lance alors dans une politique d’acquisitions extrêmement offensive. Dès novembre 2007, il rachète Martec, un intégrateur de sécurité électronique, qui pèse à l’époque 39 M€ (voir ETS n°423). La société venait de signer un contrat de 60 M€ avec Sonatrach en Algérie : ce qui aurait pu être un jackpot s’avère finalement un contrat inextricable et un véritable boulet. Le mois suivant, Eryma se diversifie dans la gestion des DAB et des terminaux monétiques en acquérant Solymatic, une société en voie de redressement dont le CA était de 34 M€ (voir ETS n°424). Dans la foulée Eryma se lance dans l’audit de sécurité en reprenant Anticip (voir ETS n°427) puis des actifs de Resoserv (maintenance de sécurité électronique) en 2008 (voir ETS n°438). Le groupe gonfle de taille pour atteindre 175 M€ en 2008.
Malgré une rationalisation des structures et des suppressions d’emplois en nombre (voir ETS n°444), les difficultés s’accumulent, de même que les pertes (20 M€ en 2009). Une recapitalisation massive intervient en avril 2010 (voir ETS n°477) qui ne peut empêcher le redressement judiciaire en novembre (voir ETS n°488). Le passif s’élève à 73 M€. Douze candidats se manifestent (voir ETS n°489 et 490) et c’est SFPI qui reprend l’activité sécurité électronique en décembre 2011 dont le CA est alors revenu à 45 M€ (voir ETS n°491).
En novembre dernier, Henri Morel, PDG de SFPI, nous déclarait qu’Eryma était aujourd’hui redressé et stabilisé (voir ETS n°597).