De la restauration rapide en passant par les chèques cadeaux ou les services d’aide à domicile…. Sodexo est devenu le premier employeur privé français à l’étranger, en exerçant une centaine de métiers différents. Face à une telle évolution, l’entreprise créée il y a cinquante ans à Marseille par Pierre Bellon, a décidé de mettre en place une politique sûreté unifiée et consolidée, afin de permettre à ses 430 000 employés de fournir qualité de vie et bien être à près de 75 millions de personnes réparties dans le monde entier.
« Nous sommes partis d’une feuille blanche. Il existait bien un embryon de structure sûreté, mais elle se limitait au suivi de quelques déplacements dans certains pays à risques. Sodexo réfléchissait donc depuis quelques temps à la manière d’aborder la problématique de la sécurité et faute de vision, cela n’avait pas trouvé d’échos au niveau de la direction. Le choix d’une approche claire, structurante et globale a permis de donner du sens à cette démarche et de remporter l’adhésion des membres du comité exécutif », confie Maxime Blacha, directeur sûreté du groupe lors d’une interview exclusive à En Toute Sécurité.
Nombreux expatriés dans des pays à risques
Il est vrai que la consolidation de pratiques et de moyens destinés à assurer la protection des biens et des personnes sur autant de pays et sur un tel éventail d’activités, tenait de la gageure. Car si l’entreprise réalise encore 68% de son activité dans la restauration pour une dizaine de secteurs (entreprises, universités, santé, collectivités…), elle opère désormais dans les services aux particuliers à leur domicile, au sein de leur entreprise ou à proximité de leur lieu de travail (conciergerie, crèches…), dans la gestion globale de bâtiments avec des prestations diverses (ménage, sécurité, accueil, gestion des déchets etc.). Mais également dans un secteur dénommé « Services Avantages et Récompenses », qui consiste à fournir des solutions à destination des entreprises et des collectivités, telles que des chèques cadeau, des cartes restaurant ou des chèques emploi service.
Difficulté supplémentaire : Sodexo ne peut pas disposer d’un responsable sûreté sur chacun des 33 000 sites où elle opère car, pour l’immense majorité d’entre eux, ils appartiennent à ses clients et sont gérés par eux. L’équipe sécurité est constituée aujourd’hui d’une dizaine de personnes dans le monde. Elle devrait cependant tripler dans les cinq prochaines années.
Dans ce contexte, la construction d’une politique sécurité a tout d’abord consisté à se fixer des priorités. La première concerne la sûreté des employés et des expatriés notamment dans les pays les plus à risques. « Ces pays sont classés selon trois grands groupes en fonction d’une analyse globale du risque (criminalité, transport, infrastructure, politique etc.) », explique Maxime Blacha. La plupart en Amérique du nord ou en Europe, sont considérés comme présentant un risque faible. Les autres sont classés à risques avérés ou sévères. Parmi cette dernière catégorie se trouvent l’Afghanistan, l’Algérie, la République du Congo ou le Venezuela.
« Pour ces deux derniers groupes, nous mettons en place des mesures particulières et adaptées selon un plan de sécurité global pour toutes les personnes qui y travaillent ou qui s’y déplacent. C’est notamment le cas sur Kaboul. Mon rôle n’est pas de freiner le business mais de l’accompagner tout en garantissant le maximum de sécurité pour tous nos salariés », ajoute le directeur sûreté du groupe.
Cinq ans pour déployer le plan de sécurité global
Afin de minimiser ses risques, Sodexo analyse les éventuelles menaces et s’entoure à la fois de société spécialisées dans les risques pays et leurs services d’informations en temps réel ainsi que des retours d’informations de ses personnels locaux.
« Ils connaissent mieux que quiconque les dangers que présentent la région dans laquelle ils évoluent. Par exemple, il est parfois plus sage d’emprunter certaines routes secondaires et d’adopter une posture de sécurité dite ”basse” que de passer par des axes fréquentés et fortement ciblés par certains groupes terroristes avec une posture dite ”haute”. En cas de problème, nous intervenons soit par l’intermédiaire de sociétés de sécurité privées avec lesquels nous avons des accords bien spécifiques ou bien par le biais de nos contacts sécurité étatiques en fonction de la menace et du besoin. L’essentiel étant de bien définir et de mettre en place ces dispositifs en amont afin de pouvoir intervenir le plus rapidement et efficacement possible », analyse Maxime Blacha.
Les référents sécurité dans chacun de ces pays sont également dotés d’une large documentation comprenant notamment les standards à mettre en œuvre sur les sites, les procédures à appliquer en termes de gestion de crise ou même les programmes d’évacuation dans les pays les plus menacés.
« Le déploiement de notre plan de sécurité global est en cours avec des zones prioritaires de mise en place et un calendrier défini. Nous nous sommes donnés cinq ans pour finaliser tout cela », confie Maxime Blacha.
Autre chantier mis en œuvre en matière de sûreté (parmi huit priorités) : le suivi des déplacements voyageurs (1 700 par jour). Pour cela, l’entreprise s’appuie sur les services de la société spécialisée dans la prévention et la gestion des risques Scutum Security First, qui agrège sur une seule interface l’ensemble des informations fournies par la centaine d’agences de voyage avec qui travaille Sodexo.
« Cet outil nous permet notamment de savoir rapidement combien de collaborateurs se trouvent en République du Congo ou au Brésil, et même dans quels hôtels ils séjournent lorsque leur profil de voyage a été correctement rempli. De même, l’ensemble de nos collaborateurs ayant à se déplacer dans les différents pays doivent suivre des modules de formation sous forme de e-learning et de quizz vidéo, les sensibilisant sur les risques encourus. Ils reçoivent à l’issu de cette formation — s’ils la réussissent — un certificat leur confirmant la possibilité de voyager dans les pays correspondant au module suivi : certificat bronze, argent et or pour nos trois niveaux de risques. Le système nous permet également de les prévenir ou de prendre de leurs nouvelles par l’envoi de messages groupés en cas d’événements majeurs comme un tremblement de terre, un attentat ou un coup d’état », déclare le directeur sécurité.
Un tableau de bord sécurité nourri en temps réel
Un projet de tableau de bord global sécurité a été initié depuis le début de cette année : il compile en un seul et même point l’intégralité des données issues de plusieurs sources (voyages, formations sécurité, alertes de sécurité externe, gestion de crise et consolidation des données d’avancement du plan global de sécurité). A terme, le groupe souhaite aussi le déploiement d’un outil de remonté des incidents (application sur mobile en phase de développement) afin de remonter les faits le plus rapidement et de s’appuyer sur des informations jusqu’ici peu ou pas exploitées, car survenant au sein d’un pays et sur un plan purement local. Cette démarche de consolidation et de capitalisation d’évènements jusqu’alors dissociés, devrait s’élargir à la multitude de métiers et implantations du groupe. « Il s’agit donc de disposer d’un tableau de bord qui devrait être opérationnel début 2018, nourri en temps réel par tous les incidents survenus chez Sodexo dans le monde entier. Qu’il s’agisse de l’agression d’un de nos partenaires, d’un vol de matériel sur l’un de nos sites ou du rapatriement d’urgence d’un de nos collaborateurs envoyés à l’autre bout du monde », explique Maxime Blacha. Son but : agréger l’ensemble de ces évènements dans une immense base de données, afin de faire de l’hétérogénéité de Sodexo en termes de risque métiers, un atout en matière de sécurité.
Maxime Blacha : de la protection rapprochée à la restauration collective
Ses plus grandes réalisations au cours de ces dernières années ont été la conception globale de la sécurité du Palais présidentiel au Turkménistan et aussi la conception des accès piétons, véhicules et des salles « spéciales » sur le projet Balard du ministère de la Défense.
Maxime Blacha a travaillé pour Kroll en tant qu’agent de protection rapprochée dans les pays à risques, Bouygues en tant qu’expert sécurité pour le groupe (TF1, Bouygues Telecom etc…), Amazon comme responsable sécurité et prévention des pertes pour la France, plusieurs services spécialisés étatiques (civils et militaires).
Maxime Blacha a rejoint Sodexo en 2012 en tant que directeur de la sécurité pour l’entité Avantages et Récompenses (A&R) où il a développé pour la France la stratégie de sécurité globale (stratégie cybersécurité et sûreté) puis a déployé ce plan dans les pays « critiques » où Sodexo A&R opère. Depuis septembre 2015, il est directeur sécurité pour l’ensemble du groupe Sodexo.
Maxime Blacha est membre de l’Agora des directeurs sécurité.
Sodexo dans les casernes et les prisons
Sodexo sera bientôt plus connu sur les terrains militaires et les établissements pénitentiaires du monde entier que dans les réfectoires hexagonaux ! En effet l’externalisation du marché du soutien aux armées en France atteignait un CA évalué à 50 M€ en 2016. Et l’entreprise a pour objectif de doubler cette activité dans les cinq ans à venir.
Au niveau mondial, cette sous-traitance représente aujourd’hui 4% de son CA (soit environ 700 M€), notamment dans les pays anglo-saxons où l’externalisation de certaines prestations de soutien à la défense est largement entamée depuis de nombreuses années. Sodexo gère des terrains et des infrastructures dédiées aux manœuvres et à l’entrainement au tir (sécurisation des zones, coordination des tirs terrestres et aériens). Le groupe s’occupe de l’entreposage des armes et des munitions et prépare même les équipements des forces combattantes dans le cadre de missions de projections.
En France, l’entreprise a notamment remporté l’appel d’offre du nouveau ministère de la Défense à Balard (voir ETS n°592 de juillet 2015). Outre les 9 000 repas servis chaque jour sur le site, la multinationale française de restauration aux collectivités assure également le nettoyage des locaux, l’accueil et le gardiennage, la gestion d’un hôtel de 750 chambres, la gestion des espaces verts et des déchets. Un contrat qui représente un CA compris entre 27 et 30 M€ par an et assure l’emploi de 500 collaborateurs.
Même démarche dans le domaine pénitentiaire, une activité qui affiche un fort développement (plus de 10 % au Royaume-Uni). Sodexo y a signé un contrat baptisé « Transforming rehabilitation program », consistant à accompagner des détenus dans leur réinsertion. Outre la Grande-Bretagne, pays le plus avancé en termes de sous-traitance des établissements pénitentiaires, le groupe est également présent dans les prisons belges, néerlandaises, chiliennes et françaises.
« Ces prestations s’inscrivent dans le cadre de notre offre globale pour le segment Gouvernement et Agences », précise Maxime Blacha. « Elles sont cependant toutes qualifiées de sensibles et l’ensemble des personnels y travaillant a fait l’objet d’habilitations spécifiques en parfait accord avec les autorités civiles ou militaires en fonction des services que nous rendons à nos clients. De plus, les personnels qui prodiguent ces services peuvent se retrouver, avec une plus forte probabilité qu’ailleurs, impliqués en cas de conflit (dans les prisons par exemple) ou touchés par effet de bord dans le cadre d’une action visant des militaires. J’ai cependant accès à la liste de tous les sites de ce type afin d’en intégrer les risques à notre stratégie globale de sécurité et pouvoir réagir rapidement en cas de remontés d’incidents (2.500 sites sensibles cartographiés et recensés à ce jour dans le monde). Nous avons aussi des contacts réguliers avec les différents services des états concernés par le biais des officiers centraux de sécurité ou des référents sécurité sur ces lieux de prestations particuliers », ajoute-t-il.
Sodexo en chiffres
• 20,2 milliards de € de CA ;
• 430 000 collaborateurs ;
• 80 pays ;
• 75 millions de consommateurs ;
• Plus de 100 métiers au service de la qualité de vie.
Enquête réalisée par Pierre-Olivier Lauvige