Hasard du calendrier, Luc Guilmin est interviewé par En Toute Sécurité dans deux numéros d’affilée du journal. A la mi-février, il répondait en effet à nos questions en tant que président du syndicat patronal GES, où il venait tout juste de remplacer Frédéric Gauthey (voir ETS n°714). Cette fois-ci, il est interviewé comme PDG de Securitas France. Il nous explique comment l’entreprise a résisté face à l’impact de la crise sanitaire et économique.
En Toute Sécurité – Comment Securitas France a fait face au contexte sanitaire et économique inédit vécu par le pays en 2020 ?
Luc Guilmin – Notre entreprise a su être au rendez-vous en assurant une continuité de service pour tous nos clients. Si la période du premier confinement a été très difficile compte tenu d’un environnement extrêmement évolutif, nous avons pris les dispositions nécessaires. Au tout début de l’épidémie, nous avons mis en place une cellule de crise qui se tenait deux fois par jour, puis les réunions se sont espacées, car la situation était sous contrôle et les procédures efficaces. Nos équipes savent comment réagir, si bien qu’aujourd’hui nous ne nous considérons plus comme étant en crise.
Sur le plan économique, nous avons stabilisé notre portefeuille de clients, ce qui est une bonne nouvelle compte tenu de l’érosion qui s’était produite en 2018 et 2019.
ETS – On peut supposer que les résultats n’ont pas été les mêmes selon vos diverses activités…
L.G. – Effectivement, elles ont été relativement différentes. Avec un CA de 50 M€, la sécurité électronique a réalisé une belle année et, dans une moindre mesure, la sécurité mobile. Pour sa part, la télésurveillance n’a pas été affectée par la crise.
Si la surveillance humaine ponctuelle a enregistré des demandes supplémentaires durant le confinement, la surveillance humaine récurrente a souffert durant cette période. Depuis le mois de mai, elle a repris une activité à peu près normale, sauf dans les centres commerciaux, puisque ceux d’une surface supérieure à 20 000 m² sont de nouveau fermés. L’événementiel a été très affecté, mais cette activité n’a pas un poids important chez nous. La situation est évidemment mauvaise dans la sûreté aéroportuaire en raison de l’effondrement du trafic aérien.
ETS – Justement, quel a été l’impact pour Securitas de cette situation catastrophique dans l’aérien ?
L.G. – Nous avons perdu à peu près la moitié de notre CA dans ce domaine, qui — rappelons-le — s’élevait à 71 M€ en 2019. Nos pompiers d’aéroport ont continué à travailler et avons quand même effectué quelques prestations de contrôle des passagers et des bagages puisque le trafic aérien n’a pas complètement cessé. Nous avons eu recours au chômage partiel et avons trouvé des mécanismes de compensation avec nos clients.
Je ne pense pas que nous aurons recours à des suppressions de postes si les mesures gouvernementales de soutien perdurent jusqu’à la reprise effective du trafic aérien. La concomitance de cette décision sera un point déterminant.
ETS – Quelles mesures d’économie avez-vous prises ?
L.G. – Il faut plutôt parler de mesures d’investissement ! A l’heure où plusieurs groupes internationaux pensent à faire des économies, il est à noter que Securitas n’est pas dans cette démarche. Que le leader s’oriente dans cette direction est un signe encourageant pour le marché.
Securitas France a lancé un plan de réorganisation pour mieux s’adapter à la demande des clients. Cela était en effet compliqué avec notre organisation par métiers en place jusqu’ici, alors qu’il faut montrer une grande agilité en proposant une combinaison de services. Ce projet est en cours de déploiement depuis le début du mois de février avec une organisation en neuf régions, la création d’emplois, le développement de nos solutions et le renforcement de notre plateforme informatique. Cette offre davantage en phase avec les besoins des clients est un moyen d’échapper à la guerre des prix.
ETS – Quels sont vos résultats économiques pour 2020 ?
L.G. – Nous serons à un peu moins de 640 M€ de CA, à comparer aux 675 M€ de l’année précédente. Hormis la baisse d’activité dans la sûreté aéroportuaire, nous maintenons donc globalement le même niveau de CA dans nos autres domaines. Et nous maintenons également le même niveau de rentabilité qu’en 2019.
ETS – Vous n’avez pas fait d’acquisition en 2020. Allez-vous reprendre le chemin de la croissance externe cette année ?
L.G. – Alors que l’intégration d’Automatic Alarm et de Cezzam, acquis respectivement en 2018 et 2019, s’est bien déroulée, nous regardons aujourd’hui toutes les opportunités intéressantes qui peuvent se présenter, tout particulièrement dans la sécurité électronique, mais aussi dans la télésurveillance. Nous ne nous interdisons rien non plus dans la sécurité mobile.
ETS – Comment voyez-vous l’évolution de votre entreprise en 2021 ?
L.G. – Nous sommes bien placés pour traverser cette crise et sommes prêts à rebondir dès qu’elle sera finie. Tant qu’il n’y a pas de nouveau confinement, mais seulement un couvre-feu, l’impact sur notre activité est assez limité. Sauf évidemment dans la sûreté aéroportuaire qui dépend de la reprise du trafic aérien. Il existe cependant un risque encore difficile à mesurer : la défaillance de certains de nos clients. Notre portefeuille est néanmoins très largement constitué de grands groupes qui sont en général solides. Je suis donc très confiant pour l’avenir de notre entreprise.
Propos recueillis par Patrick Haas, Rédacteur en chef