Securitas change de stature 
avec le rachat de Stanley Security

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Redistribution des cartes à l’échelle mondiale : le rachat de Stanley Security — un des leaders américains de la sécurité électronique — par Securitas est un événement à l’échelle de la planète comme il s’en est très peu produit dans la sécurité depuis une décennie (lire encadré ci-dessous).

Annoncé le 8 décembre, cet accord est en effet historique à plus d’un titre : par la taille des entités concernées — Stanley Security pèse 1,7 milliard de $ —, par le montant du prix d’achat — la coquette somme de 3,2 milliards de $ hors dette et trésorerie, soit treize fois le bénéfice opérationnel ajusté — et par sa signification stratégique, tant pour Stanley Black & Decker que pour Securitas.

Pour Stanley Black & Decker, c’est l’abandon d’un secteur sur lequel il avait pourtant beaucoup misé, notamment à travers de nombreuses acquisitions, mais qui s’est avéré moins rentable que ses autres activités. C’est aussi le constat que la taille était insuffisante dans le contexte d’une industrie de la sécurité en pleine mondialisation.

Pour Securitas, c’est le retour par la grande porte dans la sécurité électronique, un domaine prioritaire qu’il avait malencontreusement abandonné en 2006 (voir encadré page 2).

 

Une acquisition « transformatrice »

Le groupe suédois a d’ailleurs clairement mis les points sur les « i ». Cette opération « transformatrice » permet à Securitas de devenir « un acteur exceptionnel dans l’industrie de la sécurité. Avec Stanley Security — la plus importante acquisition de notre histoire — le profil de Securitas change : d’un leader du gardiennage avec des compétences en sécurité électronique, il devient un acteur de premier plan dans les solutions de sécurité intelligente », affirme Magnus Ahlqvist, PDG du groupe.

L’enjeu est de taille : Securitas génère environ 22% de son CA avec des solutions basées sur la sécurité électronique, soit 2,5 milliards de $. Avec l’apport de Stanley Security, la barre des quatre milliards de $ sera largement dépassée, si bien que le groupe suédois figurerait désormais dans le peloton de tête très convoité des leaders mondiaux de la sécurité électronique.

Lorsque l’opération payée en cash et par endettement sera validée par les autorités de la concurrence, ce qui est prévu pour le premier semestre 2022, Securitas pèsera un total d’environ 14 milliards de $. Il se situera encore assez loin du leader mondial de la sécurité, centré sur le gardiennage, Allied Universal et ses 18 milliards de $ suite au rachat de G4S intervenu en mars dernier (voir ETS n°717).

Stanley a pour avantage de réaliser 40% de son activité sous forme récurrente, c’est-à-dire avec des contrats de télésurveillance. Un domaine stratégique où Securitas veut se renforcer.

Le travail d’homogénéisation de l’offre et de rapprochement des structures va prendre un certain temps, mais Securitas prévoit que les synergies au niveau des coûts permettront de dégager des économies de 50 M$.

Securitas espère également améliorer son taux de marge, puisque la sécurité électronique en génère en général davantage que la surveillance humaine. Magnus Ahlqvist affirme même que la moitié des bénéfices du groupe devrait provenir des solutions basées sur la sécurité électronique.

Par ailleurs, cette opération confirme la priorité géographique donnée aux Etats-Unis par Securitas. En 2020, ce pays a représenté un CA de 4,7 milliards de $ (sur un total mondial de 11,9 milliards de $), dont 800 M$ en sécurité électronique.

Selon les estimations d’En Toute Sécurité, Securitas disposait d’un parc de 100 000 abonnés aux Etats-Unis avant l’opération Stanley. Et d’environ 500 000 quand l’acquisition sera finalisée.

Il a déjà racheté plusieurs sociétés ayant des activités de télésurveillance outre-Atlantique. En 2015, il avait repris Diebold Security qui disposait à l’époque d’environ 50 000 clients, essentiellement de la télésurveillance de distributeurs automatiques de billets (voir ETS n°597). Voici tout juste un an, il avait repris FE Moran Security Solutions qui figurait parmi les trente premiers télésurveilleurs aux Etats-Unis (voir ETS n°711). Et il vient ce mois-ci de racheter Supreme Security Systems (lire encadré ci-contre).

 

Un recentrage pour Stanley

Pour sa part, le groupe américain tire pratiquement un trait sur son activité sécurité démarrée en 2002, puisque selon l’accord avec Securitas il conserve ses portes automatiques qui pèsent quelques centaines de M$ au sein de la filiale Stanley Access Technologies. D’ailleurs, va-t-il conserver cette entité ? La question peut légitimement se poser.

Cela fait près de deux ans que Stanley réfléchit à la cession de sa sécurité électronique et En Toute Sécurité avait émis cette hypothèse l’année dernière (voir ETS n°706). Si l’on regarde l’aspect financier, cette décision semblait inévitable. Depuis plusieurs années, la marge opérationnelle de cette division est nettement inférieure à celle du groupe : au premier semestre, elle était de 7,3% contre 15,9% pour l’ensemble de l’entreprise qui est également présente dans l’outillage et diverses activités industrielles (voir ETS n°725). La marge opérationnelle est même descendue à 6,5% en 2019.

La croissance n’a pas toujours été au rendez-vous puisque la division sécurité a culminé jusqu’à 2,4 milliards de $ en 2013. Le groupe a d’ailleurs connu quelques difficultés pour optimiser les nombreuses sociétés acquises au fil des années, tant aux Etats-Unis qu’en Europe et notamment en France. Il avait racheté des sociétés aussi variées que ses compatriotes Best Access, Sonitrol ou la télésurveillance d’Honeywell, de même que le suédois Niscayah, le français Générale de Protection et la filiale française d’ADT.

Le tout premier signal d’un désengagement de la sécurité s’est produit en 2017 avec la cession de la serrurerie au groupe suisse Dormakaba pour un montant de 725 M$ alors que le CA était de 276 M$ à l’époque (voir ETS n°623 et 627).

Mais le second signal était le prélude à la finalisation de cette stratégie : en octobre 2020, le groupe américain cède ses activités de sécurité électronique dans cinq pays (Allemagne, Suisse, Portugal, Inde et Singapour, représentant un CA de 85 M$)… à Securitas (voir ETS n°706).

Quelle va être la stratégie de Stanley Black & Decker après la vente de sa sécurité électronique ? A cette occasion, il a d’ores et déjà décidé de mobiliser quatre milliards de $ au rachat de ses propres actions. Un programme mené tambour battant puisqu’il débutera dès le premier trimestre 2022 (pour une enveloppe comprise entre 2 et 2,5 milliards de $) et sera finalisé l’été prochain.

 

Les grandes acquisitions de l’histoire de la sécurité

Le rachat de Stanley Security est l’une des plus importantes opérations jamais effectuée dans l’histoire de la sécurité, démontrant sa mondialisation croissante. Ce mouvement avait débuté à la fin des années 90, a pris de l’ampleur dans les années 2000 et s’est poursuivi depuis en concernant des entités de plus en plus grosses. Le prix des acquisitions monte également au fil des ans.

Octobre 1998 : Securitas acquiert simultanément le français Proteg (n°1 du gardiennage avec un CA de 380 M€) et le leader allemand Raab Karcher (CA de 228 M€) pour un total de 385 M€.

Juillet 2003 : UTC achète pour 1,2 milliard de £ le britannique Chubb, n°3 mondial de la sécurité avec un CA de 1,5 milliard de £.

Juillet 2004 : le britannique Securicor et le danois Group 4 Falck fusionnent et donnent naissance à G4S qui réalise un CA de 5,6 milliards d’€ à l’époque.

Novembre 2009 : UTC acquiert GE Security (CA de 1,2 milliard de $) pour 1,8 milliard de $

Septembre 2015 : l’allemand Dorma et le suisse Kaba fusionnent et deviennent le n°3 mondial du contrôle des accès avec un CA de 1,9 milliard d’€.

Août 2016 : le groupe diversifié Johnson Controls se renforce spectaculairement dans la sécurité en rachetant Tyco qui pesait 9,9 milliards de $ en sécurité électronique et anti-incendie.

Mars 2021 : Allied Universal acquiert pour 3,8 milliards de £ le britannique G4S, donnant naissance au n°1 mondial de la sécurité avec un CA de 18 milliards de $ et 750.000 salariés.

Décembre 2021 : Securitas acquiert Stanley Security (CA de 1,7 milliard de $) pour 3,2 milliards de $.

 

Securitas de nouveau leader en sécurité électronique

Avec le rachat de Stanley Security, Securitas redevient un leader de la sécurité électronique. Une position qu’il avait perdue en 2006 lorsqu’il avait introduit en bourse cette activité de sécurité électronique qui avait ensuite pris le nom de Niscayah.

Cette cession s’est avérée une erreur stratégique puisque la demande des clients se tournait vers une offre globale que Securitas ne pouvait plus offrir puisqu’il proposait essentiellement de la surveillance humaine.

Faisant publiquement son mea culpa sur ce sujet, le groupe suédois fait volte-face en 2011 en souhaitant racheter Niscayah, son ancienne filiale (voir ETS n°501). Mal lui en a pris : Stanley lance une contre-OPA à un prix plus élevé (voir ETS n°503) qui est acceptée par Niscayah (voir ETS n°505 et 506).

Le camouflet est d’autant plus cuisant que Securitas avait affirmé quelques semaines auparavant qu’il devait se renforcer dans l’intégration de sécurité électronique et que la prise de contrôle de Niscayah était une question stratégique majeure. Autre échec : il n’a pas été capable de conserver la confiance du management de Niscayah, dont beaucoup de dirigeants étaient issus de ses rangs.

Les conséquences de cet échec se font encore sentir aujourd’hui : le groupe suédois a été obligé de racheter au fil des ans des petites ou moyennes structures de sécurité électronique dans plusieurs pays et d’homogénéiser son offre.

Mais Securitas tient à présent une revanche symbolique, puisqu’il prend le contrôle de celui qui lui avait soufflé l’acquisition de son ancienne filiale.

 

Le profil des deux groupes en France

Securitas

La filiale française dirigée par Luc Guilmin (photo) a réalisé un CA de 617 M€ en 2020 (contre 675 M€ l’année précédente) avec des effectifs de 15 000 personnes.

L’entreprise est n°2 du gardiennage en France (derrière Seris qui —  certes — a des activités à l’étranger) avec un CA de 387 M€. Elle est n°1 de l’intervention sur alarme (CA de 92 M€), n°3 de la sûreté aéroportuaire (CA de 43 M€), n°8 de la télésurveillance professionnelle (CA de 25 M€ et 37 000 raccordements), n°16 de la formation en sécurité (CA de 5 M€), n°18 de la vidéosurveillance (CA de 21 M€), n°20 de l’alarme (CA de 15 M€), etc.

Securitas a effectué de nombreuses acquisitions dans l’Hexagone à commencer par SGI Surveillance en 1997 et surtout Proteg l’année suivante (n°1 du gardiennage à l’époque). Début 2018, la filiale s’est renforcée dans la sécurité électronique avec le rachat d’Automatic Alarm. Le mois dernier, elle a cédé sa téléassistance (où elle était n°11) à Bluelinea.

A noter que Luc Guilmin connait très bien la filiale française de Stanley puisqu’avant de rejoindre Securitas France en 2016 (voir ETS n°618) pour en devenir président deux ans plus tard (voir ETS n°657), il a été nommé directeur général de la division sécurité électronique de Stanley dans l’Hexagone en 2010 (voir ETS n°496). Il a ensuite mené le rapprochement entre les trois entités qui la constituaient à l’époque : ADT France, Générale de Protection et Niscayah France (voir ETS n°522 et 548). Une expérience qui représente certainement un atout aujourd’hui.

Stanley Security

La filiale française dirigée par Matthieu Le Taillandier (photo) a réalisé un CA de 187 M€ en 2020 (contre 190,5 M€ l’année précédente) avec des effectifs de 1 370 collaborateurs.

L’entreprise est n°1 de la télésurveillance professionnelle avec un CA de 57 M€ et 92 000 raccordements. Elle est n°6 de l’alarme (CA de 58 M€), n°8 de la vidéosurveillance (CA de 55 M€) et n°37 du contrôle d’accès (CA de 11 M€).

Stanley a racheté deux leaders de la télésurveillance dans l’Hexagone : Générale de Protection en 2008 et ADT France en 2010. En 2011, il a repris le suédois Niscayah qui était présent en France.

 

Securitas acquiert un télésurveilleur américain

Décidément, les Etats-Unis sont dans le collimateur du groupe suédois : quelques jours avant l’annonce du rachat de Stanley Security, Securitas publiait un communiqué sur le rachat de Supreme Security Systems, une société de télésurveillance présentée comme figurant parmi les cinquante premières américaines.

Le montant de l’acquisition est de 20 M$ pour un CA de 10 M$, dont plus de 70% en abonnements récurrents. Fondée en 1929 dans le New Jersey, la société est rentable. Elle effectue également des installations de systèmes d’alarme, de contrôle d’accès, de vidéosurveillance et de sécurité incendie. Les frais d’acquisition s’élèvent à 1,3 M$.

Source : Atlas 2021 d’En Toute Sécurité

 

 

Enquête réalisée par Patrick Haas

Rédacteur en chef