Rapprochement USP – SNES : la dernière ligne droite

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Dans trois semaines, l’USP et le SNES vont concrétiser leur rapprochement entamé depuis l’automne dernier en se prononçant sur l’autodissolution de leurs structures respectives, ultime étape avant la naissance d’une organisation commune unique dans le domaine de la surveillance humaine.

« Le processus semble désormais irréversible. On ne voit pas ce qui aujourd’hui pourrait l’entraver », affirme un des protagonistes du dossier.

Le processus s’est en effet déroulé selon les modalités définies par les deux organisations et aucun obstacle majeur n’est venu perturber la bonne marche des discussions qui se sont déroulées dans une grande discrétion.

La création d’un syndicat unique marquera une étape importante sur le chemin de la maturité d’une profession très morcelée qui rencontrait encore la défiance des pouvoirs publics voici seulement quelques années. Ce projet de rapprochement a d’ailleurs été salué par les autorités qui y voient le signe d’une évolution positive et une raison supplémentaire de développer des relations de confiance avec le secteur privé.

Durant de longues années, les deux organisations ont entretenu des relations souvent conflictuelles tant sur la forme que sur le fond.

 

Un processus bien huilé

Le rapprochement revêt donc un caractère historique. Il est prévu de se dérouler selon un processus bien huilé. Il avait véritablement débuté en mars lorsque le conseil d’administration de chacune des deux organisations a validé plusieurs documents : le projet de traité de rapprochement (qui définit les axes politiques, sociaux et politiques), le projet de statuts, les modalités et le calendrier pour finaliser la création de la nouvelle organisation.

La prochaine étape importante doit avoir lieu le 9 mai, jour où le SNES et l’USP organiseront chacun de leur côté leur assemblée générale extraordinaire, durant laquelle les adhérents se prononceront sur le projet sur la base de résolutions communes. Son adoption signifiera la dissolution de leur organisation patronale, mais la décision deviendra effective si — et seulement si — les adhérents de l’USP et du SNES se prononcent pour.

Le SNES a décidé que les cotisations de l’année 2019 seront réduites afin que le changement de structure soit neutre pour les finances de ses adhérents. Par ailleurs, le congrès de la sécurité privée organisé habituellement chaque année au mois de juin par le SNES est annulé en raison de la disparition programmée de l’organisation.

Le conseil d’administration de chaque organisation doit être composé de quinze personnes : c’était déjà le cas pour le SNES, mais pas pour l’USP qui en a actuellement douze. Trois nouveaux administrateurs de l’USP seront donc élus : il s’agirait d’un représentant de Securitas (qui est revenu à l’USP au printemps 2017 après un départ fracassant deux ans plus tôt), d’Artemis et Octopus Sécurité (anciennement SNGST).

Moins d’un moins plus tard — le 5 juin — une assemblée générale constitutive de la nouvelle organisation se tiendra. Les trente membres issus des deux conseils d’administration devraient normalement adopter le nom de la nouvelle structure (qui ne semble pas être choisi à ce jour) et élire le président. Ce dernier sera désigné pour une période provisoire comprise entre trois et six mois, le temps de régler divers problèmes. On retrouvera trois collèges (petites, moyennes et grandes entreprises) comme cela était le cas à l’USP et au SNES.

 La future structure espère bien rallier de nouveaux adhérents, à l’instar de Fiducial (qui est seulement adhérent à l’USP et au SNES par des filiales) ou encore BSL et Torann France qui sont des anciens adhérents du SNES. En revanche, il ne semble pas que des adhérents de l’USP ou du SNES aient manifesté leur volonté de ne pas rejoindre la future structure. Il y aura peut-être quelques désertions, car les entreprises devront explicitement ré-adhérer au nouveau syndicat.

 

Quelques points à régler

Il a été décidé que les engagements de chacune des deux organisations seront repris par la future structure, notamment en ce qui concerne les salariés, les locaux, etc. La logique voudrait que certains doublons disparaissent. Ce sera l’une des tâches à accomplir par l’équipe en place durant cette période transitoire. Période que les protagonistes souhaitent la plus courte possible.

Ce sera également le moment de décider si la nouvelle organisation adhérera au syndicat patronal européen CoESS et à la Fédération française de la sécurité privée. Un dossier délicat, car l’USP est actuellement adhérente à la FFSP — et même son pilier d’origine sous la houlette de Claude Tarlet —, mais le SNES n’a jamais voulu la rejoindre, estimant qu’elle n’est pas représentative. Le statut des autres structures d’origine USP (USP Valeurs, USP Technologies, par exemple) pourrait probablement être examiné, à moins qu’elles ne soient considérées comme indépendantes de l’USP. Logiquement, USP Technologies devrait disparaitre puisqu’elle a entamé un processus de fusion avec GPMSE (voir ETS n°663).

 

Le profil du futur président

Une fois ces divers dossiers résolus, la nouvelle structure devrait prendre sa forme définitive avant la fin de cette année. La première assemblée générale rassemblant les adhérents des deux ex-organisations élira un conseil d’administration de quinze membres, tandis qu’un président sera élu. Rien n’est moins sûr qu’il s’agisse de la même personne que le président temporaire.

Il ne semble pas qu’un consensus se dégage déjà sur le dirigeant qui occupera le fauteuil présidentiel. Elle devra faire preuve de doigté et de volonté pour bâtir ce nouveau syndicat. Un profil neutre dans la guéguerre qui a opposé le SNES et l’USP dans le passé serait préféré.

Claude Tarlet pour l’USP et Pascal Pech pour le SNES ont annoncé en septembre dernier qu’ils ne brigueraient pas cette fonction (voir ETS n°659). Le nom de Patrick Senior, président de BSL, a circulé, mais il n’est pas adhérent du SNES ou de l’USP à ce jour et donc pas membre du conseil d’administration : il devra faire le nécessaire s’il veut être dans la course à la présidence. Le nom de Nicolas Le Saux, président de la société de gardiennage Uniprotect, un temps président de l’ASIS France, réputé proche de Claude Tarlet et partie prenante durant les négociations sur le rapprochement, revient avec insistance.

 On peut remarquer qu’il ne s’agit pas de dirigeants des plus grandes entreprises de sécurité en France. Aucun adhérent du SNES ne semble avoir manifesté sa volonté de postuler.

On évoque également le dirigeant d’un groupe ayant adhéré aux deux organisations, c’est-à-dire Onet Sécurité (dirigé par Pascal Pech, ce qui l’élimine de facto) ou Prosegur. Ce dernier a joué un rôle moteur dans les discussions de ces derniers mois : adhérent historique de l’USP, il a décidé d’être également membre du SNES au début de cette année (voir ETS n°670). « Nous avons bien l’intention de peser de tout notre poids pour que le rapprochement se fasse », déclarait Frédéric Gauthey, directeur général de Prosegur Security France, à En Toute Sécurité.

En cas d’échec de dernière minute, certains adhérents de l’USP — et non des moindres — avaient laissé entendre à la même époque qu’ils démissionneraient de leur organisation pour adhérer au SNES (voir ETS n°672). Une telle menace a été suffisamment dissuasive pour accélérer le processus de rapprochement ces dernières semaines.

Le timing était en effet très juste, car il fallait absolument aboutir à la finalisation du projet en juin afin que la future organisation patronale puisse prétendre vis-à-vis du ministère du Travail à être représentative de la profession dans les instances paritaires. « Le dialogue social, qui est quasiment en panne, sera le chantier principal du nouveau président », analyse un proche du dossier. Il faudrait également marquer les esprits par un événement fort, organisé avant la fin de l’année pour symboliser la naissance d’une profession unie. 

 

Un calendrier serré et précis

19 mars : validation du traité de rapprochement par le conseil d’administration de l’USP ;

27 mars : validation du traité de rapprochement par le conseil d’administration du SNES ;

16 avril : première réunion commune des deux conseils d’administration ;

9 mai : assemblée générale respective du SNES et de l’USP pour acter leur dissolution au profit d’une organisation commune ;

5 juin : assemblée constitutive de la future organisation qui devrait adopter les statuts, le nom et élire un président provisoire. Le conseil d’administration est composé de 30 membres : 15 issus de chacun des deux syndicats d’origine ;

Entre septembre et décembre : assemblée électrice d’un conseil d’administration de 15 membres qui choisit son président.  

 

Ceux qui ont œuvré au rapprochement

Chacune des deux organisations a désigné à l’automne dernier trois dirigeants chargés de la représenter afin d’entamer concrètement le travail de rapprochement. Ces six personnes ont notamment travaillé sur le traité de rapprochement, l’harmonisation des statuts, les différents dossiers à résoudre, etc.

Pour l’USP : Sofiane Aboubeker (Arecia), Xavier Jéssaume (Prosegur Security), Nicolas Le Saux (Uniprotect)

Pour le SNES : Frédéric Laisney (Challancin Prévention et Sécurité), Elias Nahra (Triomphe Sécurité), Alban Ragani (Options Sécurité Securiteam)

Par ordre alphabétique du nom de la personne

 

Enquête réalisée par Patrick Haas, Rédacteur en chef