Dans les années 90, le conglomérat américain a été le symbole de la boulimie d’acquisitions dans la profession de la sécurité, aussi bien sur son sol natal qu’en Europe. En juillet 1999, il s’attaque à une proie de taille : le britannique Williams qui était à l’époque le leader européen de la sécurité électronique avec un CA de 2,5 milliards de £ (voir ETS n°240).
Avec ce projet — de loin la plus importante acquisition jamais effectuée dans l’histoire de la profession si elle s’était réalisée — Tyco montrait clairement son ambition de devenir le leader mondial de la sécurité électronique. Le géant ainsi constitué aurait pesé dix milliards de $, soit trois fois plus que Securitas, par exemple.
Le rachat de Williams aurait permis au groupe américain de s’implanter solidement en Europe où il avait déjà effectué quelques acquisitions les années précédentes, notamment ASH, Thorn Security, Zettler, Nomos, Cipe, Cedi Sécurité. De son côté, le groupe britannique était également un fervent adepte de la croissance externe : il avait racheté l’américain Kidde en 1989 (voir ETS n°100), Sicli en 1996, n°1 de la sécurité incendie en France (voir ETS n°171) et Chubb, leader européen, l’année suivante (voir ETS n°186).
Malgré une complémentarité évidente en termes de présence géographique entre les deux groupes, les pourparlers ont rapidement échoué pour une question de prix : Tyco proposait 3,35 milliards de £, alors que Williams souhaitait 3,65 milliards (voir ETS n°241).
Estimant que les synergies ne sont pas si fécondes entre l’anti-incendie et la sécurité électronique, Williams décide en 2000 de se scinder en deux entités indépendantes : Chubb et Kidde (voir ETS n°263 et 265). C’est finalement le groupe industriel diversifié United Technologies qui va racheter coup sur coup les deux entreprises : Chubb en 2003 (voir ETS n°327) et Kidde deux ans plus tard (voir ETS n°358, 359 et 365).
Quant à Tyco, il trébuchera justement à cause de sa stratégie d’acquisitions mal maitrisée et de la découverte en 2002 de nombreuses malversations (voir ETS n°301 et 304). Après plusieurs scissions et diverses péripéties, il est racheté en 2016 par son compatriote Johnson Controls (voir ETS n°614).
Suite de la rétrospective de la sécurité privée dans le n°681 du 1er septembre 2019