Quand Securitas a échoué à racheter Chubb

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La course à la mondialisation des groupes de sécurité battait son plein au début des années 2000 : Tyco a poussé cette logique d’acquisitions très loin, tandis que Group 4 Falck mettait la main sur Wackenhut en mai 2002 (voir ETS n°298).

Exactement à cette même date, Securitas, alors n°1 mondial de la surveillance humaine, annonce qu’il a échoué dans son projet de rachat du britannique Chubb, n°2 mondial de la sécurité électronique (voir ETS n°302). En dépit de synergies évidentes, les négociations ne sont pas parvenues à trouver la base d’un accord attractif pour les actionnaires, expliquait laconiquement Securitas à l’époque.

L’enjeu était de taille, car le mariage de la surveillance humaine avec l’électronique devenait incontournable. Securitas, qui avait racheté les géants américains du gardiennage Pinkerton en 1999 (voir ETS n°231) et Burns l’année suivante (voir ETS n°263), peinait à se renforcer dans la sécurité électronique. Il reconnaissait d’ailleurs régulièrement qu’il n’avait pas la taille critique dans ce domaine en forte croissance et davantage porteur de marge.

Chubb était une cible idéale : dans un marché de la sécurité électronique et anti-incendie complètement atomisé, il pesait la bagatelle de 2,4 milliards d’€ à cette époque, ayant pour atout d’avoir une part de marché significative à la fois en Europe, en Asie et aux Etats-Unis.

Le géant britannique centenaire avait plus d’une corde à son arc : un an plus tard, il signait son rachat par le conglomérat industriel United Technologies pour 1,6 milliard de $ (voir ETS n°327). Un prix relativement peu attractif, résultant probablement d’un avertissement sur ses résultats publié deux mois auparavant (voir ETS n°323).

Grâce à cette acquisition, UTC se diversifiait dans un domaine qu’il ne connaissait pas vraiment, avec l’intention de créer des synergies avec ses filiales Otis (ascenseurs) et Carrier (climatisation).

C’est exactement ce qui s’est produit en 2020 puisqu’UTC s’est scindé en plusieurs entités : Carrier a intégré toutes les activités de sécurité qui représentaient un CA de 5,5 milliards de $ (voir ETS n°690 et 700).

Chubb n’est pas resté longtemps dans le giron de Carrier : pratiquement toutes ses activités de sécurité ont été vendues en janvier dernier pour 3,1 milliards de $ à APi, un ténor américain de la sécurité incendie (voir ETS n°734). Un nouveau leader mondial est né.

Suite de la rétrospective de la sécurité dans le n°743 du 1er juin 2022