Quand l’Européenne d’Extincteurs a fait faillite

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La chute a été aussi rapide que l’ascension : L’Européenne d’Extincteurs, star de la profession et cotée en bourse — ce qui était extrêmement rare à l’époque et encore aujourd’hui aussi d’ailleurs — est placée en redressement judiciaire en octobre 2001 (voir ETS n°289).

La situation devenait en effet intenable : le n°2 européen de l’extincteur accumulait de lourdes pertes, se chiffrant à 57,5 M€ pour le seul premier semestre 2000. Le groupe a été dans l’impossibilité de rembourser des dettes — devenues pléthoriques — qui venaient à échéance, tandis que le cours de bourse s’est effondré : il était monté jusqu’à 83,5 € en 1998 pour dégringoler à 0,89€ au moment de son redressement judiciaire (voir ETS n°291).

La nouvelle direction nommé fin 1999 (voir ETS n°249) n’a pu que constater l’ampleur des erreurs stratégiques faites depuis plusieurs années. Détenue initialement par Acto puis par le Consortium de réalisation du Crédit Lyonnais, l’entreprise s’était lancée dans une politique d’acquisitions intense, tant en France qu’à l’étranger, multipliant son CA par cinq en dix ans pour atteindre 1,1 milliard de francs. Aucune synergie n’avait été développée entre ces entités disparates au nombre de 66. « Je ne suis pas convaincu que certaines sociétés savaient qu’elles appartenaient à l’Européenne d’Extincteurs », a même déclaré François Le Floc’h, son PDG nommé fin 1999.

Un exemple spectaculaire : sur les 800 contrats de travail des commerciaux, 550 étaient différents et il s’est avéré impossible de les harmoniser (voir ETS n°277). La diversification dans la sécurité électronique engagée en 1999 (voir ETS n°234) s’est également avérée un échec et l’activité a été revendue à Somfy en juin 2001 (voir ETS n°282). Un important plan social est mené, mais trop tardivement.

Le couperet est tombé : aucun repreneur ne s’est manifesté pour un plan de continuation. Tyco, le géant mondial de la sécurité, s’est porté acquéreur de certains actifs en janvier 2002, rebaptisés Isogard  (voir ETS n°292, 294 et 295). Manque de chance, c’est le moment même où le conglomérat américain est pris dans un énorme scandale financier qui le fait chuter. Redressé patiemment par une nouvelle équipe, il est racheté en 2016 par son compatriote Johnson Controls (voir ETS n°603 et 614).

Isogard a traversé ces épreuves et reste aujourd’hui une marque de premier plan dans les extincteurs en France.

 

Suite de la rétrospective de la sécurité dans le n°730 du 15 novembre 2021