La petite firme familiale de lunettes de protection créée en 1957 dans le Jura monte tout en haut du podium mondial en juin 2001 en rachetant le fabricant de chaussures de sécurité Bacou (voir ETS n°282).
La société Christian Dalloz, rebaptisée Dalloz après le décès de son dirigeant dans un accident de voiture en 1991 (voir ETS n°60), avait débuté l’élargissement de son offre dans les EPI en rachetant en 1989 WGM Safety, un fabricant américain de casques de sécurité, puis le suédois Bilsom, spécialiste de la protection auditive, cinq ans plus tard (voir ETS n°131).
Contrôlé par la famille Dalloz, qui était également à la tête d’Essilor, leader mondial du verre ophtamologique, Dalloz complète donc son offre dans les équipements de protection individuelle (EPI) en rachetant Bacou, fondé en 1974 par Henri Bacou. Le nouveau groupe, qui prend le nom de Bacou-Dalloz, emploie 7 000 salariés répartis sur 53 sites de production à travers le monde et pèse alors 903 M€ (dont 54% réalisé outre-Atlantique), ce qui le crédite d’une part de marché mondial de 8%.
C’était la première fois que la France prenait une place de leader mondial dans un secteur de la sécurité. Les deux sociétés sont très tournées vers l’international — ce qui était déjà une exception à l’époque — et totalement complémentaires sur le plan des produits. De plus, elles disposent d’un portefeuille de marques prestigieuses comme Uvex, Pulsafe, Willson, Fendall, Miller, Soell, Bilsom, Howard Leight, Survivair, Fernez, Fenzy, etc.
Pour coller à son image internationale, le groupe est rebaptisé Sperian Protection et fait l’objet en 2010 d’une bataille entre Honeywell et le fonds d’investissement britannique Cinven pour être racheté (voir ETS n°476). C’est le groupe américain, déjà très présent dans la sécurité électronique et les EPI, qui remporte l’affaire (voir ETS n°479).
Ce fleuron de l’industrie française passe ainsi dans le giron d’une multinationale américaine, sans que cela ne déclenche la moindre réaction des pouvoirs publics de l’époque. Il est probable qu’il n’en serait pas de même aujourd’hui.
Suite de la rétrospective de la sécurité dans le n°724 du 15 juillet 2021