Quand Cipe est passé sous pavillon américain

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Très convoité par plusieurs leaders de la sécurité électronique, Cipe, le champion français de la télésurveillance des années 90, a été racheté en mai 1998 par le n°1 mondial du secteur, Tyco (voir ETS n°215).

Le boulimique conglomérat américain a profité d’une fenêtre de tir particulièrement bien choisie. Quelques semaines auparavant, Cipe avait en effet fait l’objet d’une OPA amicale de la part de Belgacom, un opérateur belge de télécom, mais celui-ci avait renoncé à l’opération, car il avait recueilli l’aval des actionnaires représentant seulement un quart du capital (voir ETS n°205, 209 et 210).

Le cours de bourse a été très chahuté durant les premiers mois de 1998 et les rumeurs de rachat ont été bon train. On citait régulièrement Ameritech et Tyco (voir ETS n°213). C’est finalement ce dernier qui a remporté la mise en déboursant la somme rondelette de 2,45 milliards de francs. Un montant encore jamais atteint pour le rachat d’une entreprise française de sécurité. Il mettait en effet la main sur le leader français d’un secteur alors en pleine expansion qui gérait 190 000 raccordements, très loin devant son challenger, ADT, qui en disposait de 55 000 seulement.

Tyco poursuivait ainsi sa razzia sur la télésurveillance française, puisqu’il avait racheté en juillet 1997 son compatriote ADT, n°1 mondial du secteur, qui était solidement implanté dans l’Hexagone (voir ETS n°189) et Nomos, n°2 français, en septembre 1997 (voir ETS n°199).

Le groupe américain fusionne progressivement les trois entités sous la bannière ADT, mais la mayonnaise ne prend pas. La filiale française accuse des pertes quasi récurrentes et voit le nombre de ses raccordements fondre comme neige au soleil, avec un parc réduit à 80 000 en 2009. Coup de tonnerre en mars 2010 : ADT France est racheté par Stanley (voir ETS n°474) qui disposait déjà d’une présence en France avec le rachat de Générale de Protection en 2008, à la tête de 40 000 raccordements (voir ETS n°441).

Stanley mène un long processus de redressement d’ADT (voir ETS n°481) et de rapprochement avec Générale de Protection (voir ETS n°496). Un travail rendu encore plus compliqué par le rachat du suédois Niscayah en septembre 2011 (voir ETS n°506) qui était également actif en France. Les décisions se concrétisent deux ans plus tard par une fusion opérationnelle des trois entités (voir ETS n°529, 548 et 554).

Quant à Tyco, il se sépare d’ADT en 2012, alors coté en bourse (voir ETS n°507 et 529) qui est racheté par le fonds d’investissement Apollo début 2016 (voir ETS n°605). Tyco perd à son tour son indépendance à la même date en fusionnant avec Johnson Controls (voir ETS n°603 et 614). 

Suite de la rétrospective historique de la sécurité dans le n°655 daté du 1er juin 2018