En octobre 2000, le journal En Toute Sécurité publie une interview qui fait couler beaucoup d’encre et suscitera des protestations : nous avions sollicité Christian Prouteau, créateur du GIGN, pour lui demander ce qu’il pensait de la sécurité privée (voir ETS n°266). C’était la première fois à l’époque qu’une personnalité qui a été au cœur du dispositif de la sécurité de l’État s’exprimait sur la moralité de la profession.
Chargé en 1988 de la sécurité des Jeux Olympiques d’hiver à Albertville qui auront lieu quatre ans plus tard, celui qui se considère comme un serviteur de la République ne mâchait pas ses mots.
Anticipant un désengagement de l’État de certaines tâches régaliennes au profit de la sécurité privée, le super-gendarme de François Mitterrand qui ne cachait pas être proche du RPR, affirmait que « beaucoup de dirigeants semblent vulnérables à la corruption » et qu’« on déguise un personnel sans formation en lui mettant un uniforme ».
Il soulignait que l’État est « gravement responsable de la situation malsaine des entreprises de sécurité » et prônait une solution radicale pour s’assurer qu’elles ne soient pas en marge de la loi : un contrôle effectué par des fonctionnaires du ministère de l’Intérieur qui pourraient dénoncer des dérives et vérifier que les règles sont appliquées.
Dans la foulée, l’organisation patronale UFISS répondait en dénonçant « la condamnation sans appel » de la profession, et estimait que le système de contrôle proposé par Christian Prouteau « n’est pas nécessaire dans les entreprises membres de notre organisation professionnelle qui regroupe l’essentiel des vrais opérateurs de sécurité privée en France » (voir ETS n°269).
Rétrospectivement, Christian Prouteau a eu raison à plus d’un titre. Il est exact qu’à l’époque une partie de la surveillance humaine avait des pratiques en marge de la loi : un pourcentage de 29% avait d’ailleurs été avancé par l’Urssaf dans une enquête menée en 2015 (voir ETS n°589). Le système de contrôle proposé par l’ancien commandant du GIGN n’était pas si incongru que cela puisque le CNAPS, autorité de régulation créée en 2012, est peu ou prou basée sur une approche semblable.
Cette polémique a eu le mérite de poser les bonnes questions, permettant indirectement à la profession de ne plus être aujourd’hui dans la même situation d’accusée, puisqu’elle est créditée d’une confiance répétée de la part de l’État.
Suite de la rétrospective de la sécurité dans le n°708 du 15 novembre 2020