Quand ACDS a débuté sa descente aux enfers

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Pour la première fois en mars 1998, Pierre Morel, le très discret fondateur du groupe ACDS, prenait la peine d’expliquer ses difficultés et les mesures prises pour assurer son redressement (voir ETS n°210). Il faut dire que la société de transport de fonds et de gardiennage traversait une période noire : des pertes financières en 1996 et 1997, un CA en recul à 580 M de francs en 1997, notamment en raison de la perte de contrats pour des questions tarifaires, comme celui avec la Mairie de Paris d’un montant de 58 M de francs et avec IBM de 20 M de francs.

Pierre Morel a d’ailleurs été l’un des premiers à dénoncer la perte de pouvoir des directeurs sécurité dans la négociation des contrats avec les prestataires et à appeler à « refuser le règne des acheteurs ».

Comble de malchance, la guerre des prix ne faisait pas seulement rage dans le gardiennage où ACDS se positionnait comme n°2, mais aussi dans le transport de fonds, où il était n°4. C’est d’ailleurs cette activité — victime de 36 attaques de gangsters en huit ans seulement — qui sera la première à être placée en redressement judiciaire dès le mois suivant sa prise de parole dans nos colonnes (voir ETS n°212). Des négociations sont engagées pour céder plusieurs entités, alors que le projet Connexion visant à rapprocher plusieurs PME indépendantes de la sécurité, dont ACDS et EuroGuard, est par la force des choses abandonné.

C’est tout l’empire dont le siège social est situé Passage du Génie à Paris qui s’écroule progressivement et vendu par appartements. En novembre de la même année, l’activité gardiennage est à son tour mise en redressement judiciaire (voir ETS n°225). Une partie en province est rachetée par EuroGuard et OPP, tandis qu’une filiale du transport de fonds est reprise par Serse début 1999 (voir ETS n°229 et 233). Le cœur du transport de fonds — c’est-à-dire la région parisienne où ACDS était le n°1— ne trouve aucun repreneur et les clients partent chez les concurrents. Le dernier épisode de cette véritable descente aux enfers a lieu en avril 2000 : les activités restantes du gardiennage sont rachetées par EuroGuard, qui s’avère le principal repreneur d’ACDS (voir ETS n°255). Une opération menée quelques mois seulement avant le rachat d’EuroGuard par Group 4 Falck (voir ETS n°281), l’ancêtre de G4S.