Bateaux mouches, guinguettes, entrepôts industriels, oléoduc, centrales à béton, fret international ou tourisme fluvial…. Face à la multitude et la très grande diversité des activités sur ses berges, le Port de Paris a dû mettre en place une organisation spatio-temporelle de sa politique sûreté.
« Le défi majeur consiste en effet à faire cohabiter et gérer de jour comme de nuit, des flux issus d’activités hétérogènes, comme l’industrie lourde, le tourisme ou le loisir. Et cela sur plus de 70 sites, allant de plateformes portuaires d’importance majeure, comme celle de Gennevilliers, aux nombreux ports urbains, répartis sur l’ensemble de l’Ile-de-France », explique Paul-Vincent Valtat, responsable du département prévention et maitrise des risques, au cours d’un entretien accordé à En Toute Sécurité.
Une cartographie des risques réévaluée en 2019
Premier port fluvial en France et 2ème en Europe, cet établissement public français de l’État exerce des missions à caractère administratif, industriel et commercial, dont la première consiste à développer le trafic fluvial en Île-de-France. Il est également chargé de gérer les installations portuaires situées sur les 500 km de voies navigables d’Île-de-France. Dans ce cadre, il doit en assurer la sécurité d’exploitation.
Cette démarche s’appuie notamment sur une cartographie des risques, menée de 2014 à 2015, et réévaluée en 2019. « Celle-ci nous a notamment permis de dégager une vingtaine de risques importants, dont six, comme une crue centennale par exemple, classés comme majeurs. Et d’apporter des aides à la décision à notre direction afin de décider des investissements techniques et humains à mettre en œuvre », révèle Paul-Vincent Valtat. « Elle nous permet également de mettre en place des plans d’actions et de prévention adaptés. Initialement bâtie autour des problématiques de sécurité, c’est-à-dire des risques accidentels, j’ai intégré à cette cartographie les risques sûreté, c’est-à-dire ceux issus d’une démarche intentionnelle, allant de la simple malveillance à d’éventuels actes terroristes », confie-t-il.
La politique sécurité, tout d’abord, doit tenir compte du périmètre d’activité important : un million de m² d’entrepôts installés sur ses terrains et dont le port de Paris est responsable en termes d’exploitation. « Nous avons développé un système de management afin de veiller à ce que nos clients aient une exploitation conformes à nos standards dans les 350 000 m² de bâtiments d’entreposages qui nous appartiennent », précise Paul-Vincent Valtat. « Lorsqu’il s’agit de leurs propres entrepôts, les risques inhérents à leur activité sont pris en compte dans le processus d’aménagement de la plateforme portuaire, nous permettant ainsi de travailler en amont sur l’incompatibilité d’activités entre entreprises voisines, mais également d’éventuels risques qu’elles pourraient faire peser sur l’environnement en général », ajoute-t-il.
Se soumettre à la réglementation ISPS
La politique sûreté de l’établissement doit se développer, quant à elle, selon trois axes principaux. Classé opérateur d’importance vitale (il assure notamment l’alimentation en carburant de la région), le Port de Paris doit notamment se plier à l’ensemble des obligations qui sont dévolues à ce type de structures.
Soumis au plan Vigipirate, il doit également pouvoir mettre en œuvre les solutions et s’adapter au trois niveaux de vigilance destinés à assurer une protection adaptée des citoyens, du territoire et des intérêts de la France contre la menace terroriste.
Enfin, recevant des navires de plus de 500 tonneaux à caractère international, le Port fluvial est dans l’obligation d’appliquer la réglementation ISPS (code international pour la sûreté des navires et des installations portuaires). Cette procédure internationale, initiée par les Etats-Unis suite aux attentats du 11 septembre 2001, prend en compte la possibilité qu’un navire puisse être pris pour cible potentielle par des terroristes.
Confronté à ces nouvelles menaces et également soumis à la nécessité d’une politique sûreté « co-produite » avec les pouvoirs publics, Paul-Vincent Valtat a dû faire évoluer l’organisation de son département par rapport à celle qu’il nous décrivait il y a une dizaine d’années (voir ETS n°543).
Un budget d’exploitation de 1,5 M€ par an
Les quatre agences portuaires (Paris, Seine Amont, Seine Aval et Gennevilliers) bénéficient ainsi de leurs propres moyens techniques et humains en matière de sécurité. « Toutes, sauf Paris, sont dotées de leur propre PC sécurité armé 24h/24 et 7J/7 par des sociétés sous-traitantes. Des caméras, audiophones et contrôle d’accès permettent une gestion déportée des espaces portuaires. Même s’il s’avère quasiment impossible de clôturer l’ensemble des sites, ceux-ci peuvent être sécurisés au niveau des môles », explique Paul-Vincent Valtat.
De même, des appels d’offres ont été menés auprès de prestataires locaux pour chacune de ces agences, afin d’assurer le gardiennage, le contrôle d’accès et des rondes sur l’ensemble de leur domaines. L’ensemble est supervisé localement par un correspondant sécurité maison et représente un budget d’exploitation de 1,5 M€ annuel.
Reste maintenant à dupliquer cette organisation sur l’agence de Paris. Avec notamment l’organisation des Jeux Olympiques de 2024 en ligne de mire… Des travaux d’assainissement des quais parisiens sont ainsi prévus pour un montant de près de 15 M€. Ils s’inscrivent dans le programme d’investissement global mis en place par le comité de pilotage afin de permettre la baignade. A la fois pour les épreuves sportives en Seine lors des J.O (nage du triathlon et nage en eau libre). Mais également pour l’aménagement de baignades publiques pérennes en héritage des Jeux.
« Nous avons un grand projet visant à doter l’agence de Paris d’un PC de sécurité. Il s’agira du même dispositif que celui mis en place sur les autres agences. Mais nous devrons faire preuve de beaucoup plus de flexibilité en fonction des périodes et des activités. Il s’agit du grand projet à mettre en œuvre avant les JO de 2024. Nous allons procéder par étapes et débuter par la sécurisation des zones les plus sensibles », concède Paul-Vincent Valtat.
Titulaire d’une maîtrise de biochimie, d’un DESS de Génie de l’environnement, mais également ingénieur expert en sécurité incendie, Paul-Vincent Valtat a débuté sa carrière chez Cofiroute, avant d’intégrer, il y a 14 ans, le Port Autonome de Paris, comme délégué à l’environnement.
En 2002, il est nommé responsable de la mission prévention, sûreté, sécurité puis en 2013 responsable du département prévention et maitrise des risques et officier de sécurité. Membre du conseil d’administration du CDSE, Paul-Vincent Valtat est également auditeur à l’INHESJ.
Le Port de Paris en chiffres
- 99 M€ de CA. ;
- 22,1 millions de tonnes de trafic fluvial ;
- 7,5 millions de trafic passagers ;
- 70 ports ;
- 1 000 hectares d’espaces portuaires ;
- 39 escales publiques ;
- 600 établissements implantés ;
- 15 600 emplois associés ;
- 1 million de m² d’entrepôts ;
- 32,5 M€ d’investissements public ;
- 25,2 M€ d’investissement privé.
Enquête réalisée par Pierre-Olivier Lauvige