Hydrocarbures, produits liquides, conteneurs, vracs solides, mais aussi voyageurs, touristes avec ou sans véhicule… Premier port de France en termes de croisière et de tonnages de marchandise, le Grand Port Maritime de Marseille (GPMM) a dû mettre en place une politique sûreté associant ses propres agents avec les forces de police, de gendarmerie et des douanes, afin de pouvoir faire face au large éventail de menaces, en lien avec la multitude de personnes et de biens qui transitent quotidiennement au travers de cette gigantesque porte ouverte sur la méditerranée.
« La grande spécificité du GPMM, c’est qu’il se compose de deux sites distants d’une quarantaine de kilomètres. Et que l’un d’eux se situe en plein cœur de la ville. Avec une forte dominante ”grand public” liée aux activités de croisières et de ferry », affirme Serge Marigliano, chef de mission sûreté défense du port de Marseille, lors d’une interview exclusive à En Toute Sécurité.
La zone industrialo-portuaire proche de Fos-sur-Mer, d’une superficie totale de 11 000 hectares (supérieure à celle de Paris), dispose d’espaces et d’infrastructures pour accueillir des activités maritimes, logistiques et industrielles. Elle est également dotée d’entrepôts à proximité des terminaux à conteneurs (Ikea, Maisons du Monde, Geodis/ Mattel…), ainsi que d’installations industrielles (raffineries, sidérurgie, industrie chimique).
Plus à l’est, le bassin portuaire de Marseille, d’une superficie de 300 hectares, présente également une activité de conteneurs, mais est plutôt dédié aux croisières. Distant de seulement quelques centaines de mètres, l’emblématique Vieux Port ne fait pas partie du GPMM.
Dans ce contexte, deux approches spécifiques de la sûreté ont dû être mises en place. Avec une attention toute particulière portée sur le risque humain en lien avec l’activité de transport des passagers. « La sûreté maritime et portuaire englobe la prévention et la lutte contre tout acte illicite volontaire à l’encontre du navire, de son équipage et de ses passagers, de sa cargaison ou des installations portuaires. Elle se révèle incontournable, notamment sur le plan commercial, dans un contexte où le transport maritime constitue un avantage stratégique indiscutable en assurant 90% du trafic mondial », explique Serge Marigliano.
Agents privés et services de l’État
Cette démarche sécuritaire a cependant été renforcée à la suite des attentats du 11 septembre 2001, où est apparu la possibilité qu’un navire puisse être l’objet ou le vecteur d’un attentat. Ce qui a conduit l’Organisation Maritime Internationale à adopter le code ISPS (International Ship and Port Facility Security), obligatoire depuis 2004 pour les navires et les installations portuaires. Des mesures complétées par la suite par une réglementation européenne imposant notamment la gestion de la sûreté au niveau des autorités portuaires.
« Nous nous situons donc dans le cadre de la sûreté au sens propre du terme, c’est-à-dire la lutte contre les actes de malveillance pouvant porter atteinte aux personnes et aux biens. 80% de nos interventions relèvent donc du domaine régalien. Le reste concerne la sécurité des installations et des infrastructures placées sous la responsabilité du port », indique le chef de mission.
Même si son accès est réglementé, la zone portuaire de Marseille n’en reste pas moins un espace public, impliquant la collaboration d’agents de sécurité privée, avec ceux de plusieurs services de l’Etat. « La gendarmerie maritime est responsable de la zone nautique des bassins grâce à ses moyens d’intervention sur mer », ajoute Serge Marigliano. Le contrôle de l’immigration est assuré par la Police aux frontières, la DDSP est compétente en matière de sécurité publique et les douanes sur les problématiques de trafics en tous genres.
« Notre service doit donc entretenir des liens privilégiés et permanents avec ces partenaires institutionnels en apportant une connaissance approfondie du terrain, du monde portuaire et de ses acteurs. Cela permet une coproduction étroite en matière de sûreté et d’assurer ainsi un véritable continuum sécuritaire supervisé par la préfecture de région d’un point de vue administratif, et par la préfecture de police d’un point de vue sécurité publique, le tout en accord avec le ministère des transports dont nous dépendons », déclare le chef de mission.
700 caméras, 8 000 capteurs
La sûreté du GPMM a ainsi été organisée autour de deux types de missions. Les missions « dynamiques » sont assurées par un service interne composé d’une centaine d’agents. Majoritairement en tenue et clairement identifiables, ils sont principalement chargés des opérations de surveillance humaine sur le terrain. Assermentés pour pouvoir procéder à des palpations ainsi qu’aux fouilles de véhicules, ils ne disposent cependant pas d’un port d’arme, contrairement aux agents de sécurité du port du Havre (voir ETS n°627) où travaillait avant Serge Marigliano.
Pour subvenir à ses besoins spécifiques en matière de sécurité portuaire, le GPMM a mis en place son propre institut de formation. Il fait également partie de Med Port, une organisation regroupant les autres ports de la Méditerranée dont la commission sûreté permet de partager les bonnes pratiques mises en œuvre par chacun.
Les missions dites « statiques », telles que le contrôle des points accès au port, inspections, filtrages dans des zones de sûreté portuaire réglementée…, sont quant à elles sous-traitées à la société Arcosur (une centaine d’agents) sous le contrôle du département sûreté du GPMM.
« Il s’agit de la même organisation et des mêmes équipes pour les deux sites. De même, le réseau de vidéo protection (plus de 700 caméras) ainsi que les capteurs anti-intrusion (8 000 retours d’alarme) sont supervisés à partir du même PC de sécurité. Cependant, les deux-tiers de nos effectifs et de nos moyens sont dédiés à la surveillance des bassins marseillais, alors que les installations de Fos sont quasiment 40 fois plus étendues », confie Sylvain Furstos, chef du département sûreté défense en charge des agents de sécurité.
Une dizaine de tunnels à rayons X
Les attentats terroristes qui ont touché la France en 2015 et 2016 ont conduit l’Etat à renforcer à nouveau les mesures de sûreté portuaire et notamment celles concernant les « Ropax ». Cet acronyme anglais pour roll-on-roll-off-passenger-ship, désigne les navires mixtes, comme les cargos et les ferries, étudiés pour transporter à la fois des passagers, leurs véhicules et des marchandises.
« Là où il y a des passagers, nous devons les protéger contre toutes les menaces. Les services sûreté du port agissent avec des procédures préventives en lien avec les entités préfecture, police, gendarmerie, douanes, qui ont leurs modes opératoires pour réagir au plus vite et se préparer par des exercices réguliers en lien permanent avec tous les acteurs du port. Même si les transporteurs disposent de leurs propres moyens de contrôle au moment de l’embarquement. Nous devons tout mettre en œuvre pour nous assurer qu’aucune arme ou explosif n’atteigne les quais », indique Serge Marigliano.
Tout comme un aéroport, le GPMM dispose d’une dizaine de tunnels à rayons X, mais également de moyens de détection d’explosif par frotti et d’équipes cynophiles afin de contrôler les passagers et leurs bagages. De même, l’ensemble du personnel est soumis à un process d’habilitation afin de se prémunir de tout risques de radicalisation. En cinq ans, le budget alloué à la prestation de sûreté a connu une hausse de 20% avec, en particulier et depuis 2015, une augmentation significative liée à l’intensification de la menace terroriste.
Serge Marigliano, un spécialiste de la sûreté portuaire
Serge Marigliano a intégré en avril 2016 le GIE Haropa (port du Havre) comme responsable des pôles Sûreté et Continuité d’Activité (voir ETS n°627). Membre de l’Agora des directeurs sécurité, Port Security Officer, agent sûreté portuaire, il est chef de mission sûreté défense du Grand Port Maritime de Marseille depuis janvier 2018.
Pour sa part, Sylvain Furstos, titulaire d’un DESS en transport et logistique, a été officier de carrière dans l’armée de terre, en servant en métropole et sur plusieurs théâtres d’opérations extérieures. Après avoir quitté l’institution militaire en 2001, Sylvain Furstos passe trois ans au sein de TNT Logistics. En 2005, il rejoint le Port Autonome de Marseille où il occupe plusieurs fonctions administratives et opérationnelles. Actuellement chef du Département Sûreté Défense du Grand Port Maritime de Marseille, Sylvain Furstos assume également depuis sept ans la fonction de PFSO (Port Facility Security Officer) de cinq installations portuaires recevant des passagers de lignes régulières et des croisiéristes.
Le port de Marseille en chiffres
- 1er port de France et 2e de Méditerranée (en tonnages marchandises) ;
- 1er port de croisières de France ;
- 1 000 salariés et 41 500 emplois liés à l’activité portuaire sur le département ;
- 400 ports desservis dans le monde ;
- 22 escales de navires par jour en moyenne ;
- 81 millions de tonnes de marchandises ;
- 3 millions de voyageurs ;
- 1,7 million de croisiéristes ;
- 462 000 m² d’entrepôts.
Enquête réalisée par Pierre-Olivier Lauvige