Patrick Abgrall : « Seris accélère sa transformation »

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Avec l’arrivée de Patrick Abgrall, le groupe familial entame un tournant stratégique.

Nommé président du comité exécutif du groupe Seris en janvier dernier (voir ETS n°701), Patrick Abgrall a réservé sa toute première interview à En Toute Sécurité. Il évoque pour nous le développement international de l’entreprise, la place de la sécurité électronique, la politique d’acquisition, l’impact de la crise sanitaire, etc.

 

En Toute Sécurité – Vous avez une longue expérience dans des multinationales de la sécurité. Comment peut être analysée votre arrivée dans un groupe familial ?

Patrick Abgrall – Le groupe est aujourd’hui à un tournant en raison de sa croissance très forte et de l’acquisition de Konsalnet, le leader polonais de la sécurité, en juin 2019. Nous faisons désormais partie du top 10 sur le marché européen — voire mondial — des sociétés dont le métier principal est la surveillance humaine. C’est une vraie réussite à la française.

Il fallait donc décider d’un acte très structurant. Pour accompagner notre phase de croissance importante et notre internationalisation, il devenait nécessaire de changer les structures de gouvernance.

Un conseil de gouvernance et d’animation a été créé : il comprend Guy Tempereau, fondateur du groupe, et ses trois enfants, de même que trois personnalités venues de l’extérieur, récemment choisies. Le comité exécutif, dont je suis le président, gère le volet opérationnel. Il est composé du dirigeant des trois principaux pays — France, Benelux, Pologne —, de la directrice des ressources humaines et du directeur administratif et financier.

Cette organisation vise à accélérer la transformation du groupe pour assurer sa structuration et sa croissance pérenne et profitable. Nous nous appuyons sur des fondations solides, notamment avec une équipe étoffée.

ETS – Quels sont vos objectifs à moyen terme ?

  1. A. – Nous allons tracer la feuille de route pour les cinq à dix prochaines années à la fin 2020. Nous n’avons pas encore fixé d’objectifs chiffrés, mais je peux vous dire que nos priorités sont de reconstituer la marge dans la surveillance humaine dans un contexte général difficile et de continuer à diversifier le groupe tant sur le plan géographique qu’en ce qui concerne ses métiers. La crise sanitaire montre que c’est une nécessité.

 

ETS – L’internationalisation a franchi une nouvelle étape avec le rachat de Konsalnet, mais vous avez encore d’importantes lacunes en Europe, sans parler des autres continents.

  1. A. – Le groupe, qui réalise déjà plus de 65% de son CA à l’étranger, va se développer dans de nouveaux pays pour desservir des marchés locaux. Nous n’avons donc pas forcément l’intention de répondre à de grands appels internationaux, car notre couverture géographique ne nous le permet pas à court terme.

Notre expansion en Afrique est en cours d’évaluation et nous avons l’ambition d’y devenir un acteur important de la sécurité. Nous sommes présents en Côte d’Ivoire, République Centrafricaine, Gabon et Niger pour des prestations de surveillance humaine classique.

Nous regardons les opportunités intéressantes, y compris par croissance externe.

 

ETS – Justement, allez-vous continuer à faire des acquisitions de manière intensive ?

  1. A. – Après l’acquisition de Konsalnet, qui pèse plus de 200 M€, nous sommes dans une phase de pause en matière de croissance externe. Néanmoins nous pouvons regarder de nouveaux dossiers, notamment à l’international et plus particulièrement en Europe centrale. On ne s’interdit pas de saisir des opportunités à court terme et nous assurerons le financement.

Seris dispose en effet des moyens financiers nécessaires pour ces acquisitions. Au besoin, il travaillera avec un partenaire financier. Je rappelle que nous bénéficions d’une bonne signature auprès des organismes de financement. Le groupe est peu endetté, avec une gestion de bon père de famille et une situation saine. Nous sommes animés d’une volonté farouche de pérennité et d’indépendance financière.

 

ETS – Malgré votre volonté de vous diversifier par métier, vous avez une présence marginale dans la sécurité électronique. Quelle approche allez-vous adopter pour remédier à ce handicap ?

  1. A. – Nous enregistrons une croissance soutenue dans ce domaine avec une présence forte en Belgique et en Pologne où nous avons un grand savoir-faire dans l’installation et la maintenance. Ce n’est pas le cas en France, mais cela fait partie de nos objectifs de combler ce retard. Cela passera probablement par des acquisitions.

 

ETS – Quel a été l’impact de la crise sanitaire sur le groupe ?

  1. A. – L’entreprise a correctement passé la première phase de la pandémie, malgré une chute importante d’activité durant la période de confinement. La baisse a été de 10% au second trimestre et de -20% en France.

Les conséquences négatives ont été plus importantes pour nos activités événementielles et sûreté aéroportuaire. Dans ce domaine, nous avons pris des mesures d’économie et mis en chômage partiel une partie importante des effectifs. En juin, l’activité a été inférieure de 50% à la normale.

Le groupe reste solide, en raison de sa diversification par métiers et par zones géographiques. Nous espérions que la crise sanitaire resterait cantonnée à une durée de trois ou quatre mois, mais nous constatons qu’elle se prolonge. Nous craignons en effet une seconde vague.

La question se pose d’un véritable retour d’activité à l’automne : septembre sera donc crucial. De plus, certains donneurs d’ordre semblent tentés de réduire leurs coûts en agissant sur le volume des prestations et sur les prix.

Face à cette période de grande incertitude, notre réponse doit être l’agilité.

 

ETS – Dans ce contexte, quel est votre regard sur la profession de la surveillance humaine ?

P.A. – Elle s’avère absolument indispensable à la vie économique du pays, mais elle reste invisible. En effet, elle n’est pas reconnue à sa juste valeur et à son juste rôle, ce qui la met dans une situation délicate et peut générer des frustrations internes. Pourtant, elle a démontré ses capacités à s’adapter à la crise mais n’a pas eu la moindre reconnaissance.

Il faudra faire comprendre aux donneurs d’ordre et aux pouvoirs publics le rôle de la sécurité privée dans l’économie et la nécessité d’assurer la pérennité financière de ses entreprises.

 

Plusieurs changements dans le top management

Arrivées et départs de top managers se sont succédés ces derniers mois chez Seris. Ainsi, Ariane Malbat a été nommée directrice des ressources humaines du groupe. Elle occupait auparavant cette fonction au niveau France depuis 2016 après avoir travaillé chez Airbus et Chanel. Daniel Murciano, ancien de CMA CGM, Engie et Deloitte, est entré comme directeur administratif et financier le mois dernier. Tous deux font partie du nouveau comité exécutif présidé par Patrick Abgrall.

Yan Niquet devient président exécutif par intérim pour la France, en remplacement de Thierry Le Marec qui a quitté le groupe fin mai (voir ETS n°701). Départ également pour Danny Vandormael, président de la filiale belge, qui est remplacé par Sven Van Hout.

Enfin, Arnaud Jamet, président des activités à l’international, a quitté Seris fin 2019 et c’est Patrick Abgrall qui a repris ses fonctions.

 

Propos recueillis par Patrick Haas

Rédacteur en chef