De Disneyland, au parc Astérix… Du Futuroscope, au Puy du Fou… De La Tour Eiffel, au Gouffre de Padirac… Du Musée du Bonbon Haribo, à la Cité de l’Huître… Face aux enjeux liés aux problématiques sécuritaires des parcs de divertissement français, le syndicat national des espaces de loisirs, d’attractions et culturels (Snelac), propose à ses adhérents de les accompagner dans leur démarche globale en matière de sûreté.
« Notre rôle consiste notamment à préserver le capital image de cette profession dédiée à l’amusement, où le moindre incident, ou même sentiment d’insécurité, peut avoir des retombées catastrophiques en termes de fréquentation », explique Sophie Huberson déléguée générale du syndicat, lors d’une interview exclusive accordée à En Toute Sécurité.
Créée en 1983, sous le nom de France Parc, cette organisation rassemble aujourd’hui 500 adhérents, œuvrant dans cinq segments différents : les parcs d’attractions, les parcs aquatiques ou animaliers, les parcs à thème ou à vocation scientifique, les musées et châteaux privés, les sites culturels et sites naturel. Leur point commun : proposer des divertissements dans des espaces clos, contrairement aux forains qui ne font pas partie de l’association. « Mis à part Disney, qui représente de loin notre plus gros adhérent avec 15 000 collaborateurs, 89% de nos membres emploient moins de 10 salariés. Notre mission consiste donc à défendre les intérêts et promouvoir les activités de tous et aussi à professionnaliser les démarches de certains de ces acteurs, notamment dans le domaine de la sécurité », précise Sophie Huberson.
Une démarche d’autant plus importante, que ce secteur d’activité se révèle particulièrement exposé à cause de sa saisonnalité (du mois d’avril à septembre et vacances scolaires), entraînant une affluence massive de visiteurs durant de courtes périodes. Et à cause de l’état d’esprit de ces personnes venues pour s’amuser, dont le degré de vigilance s’abaisse, alors que leurs comportements à risque augmentent. Tout doit donc être mis en œuvre pour les protéger. Sans pour autant restreindre leur plaisir.
« 92% des risques proviennent de ces comportements. Sur 52 millions d’entrées en 2016, nous avons répertorié seulement 25 blessés. Soit 0,04 incident par million de passagers transportés sur une attraction », confie Géraud Taurand, ingénieur projet technique et sécurité depuis deux ans au Snelac, en charge de la commission sûreté.
Politique de tolérance zéro
De même, le Snelac, qui organise des réunions régulières avec ses adhérents, préconise une politique de tolérance zéro, associée à la signature de protocoles d’accord avec les forces de l’ordre locales. Elles peuvent, si nécessaire, intervenir sur les sites. Cette approche a permis de faire fortement baisser le nombre de rixes entre bandes depuis cinq ans.
« Notre doctrine se décline selon deux volets. Le premier, le plus objectif, consiste à mettre en place tout au long du parcours des visiteurs, des moyens humains et techniques, afin d’assurer leur sûreté. Depuis leur arrivée sur le parking, jusqu’à leur départ. Que ce soit en matière de surveillance des véhicules, de protection contre d’éventuels pickpockets, en passant même par un contrôle sanitaire strict de la nourriture servie dans les restaurants. Nos normes dans tous ces domaines vont au-delà des réglementations en vigueur », explique Sophie Huberson. Pour faciliter la tâche de ses adhérents, le syndicat leurs propose une sorte de « boîte à outil » sécuritaire, paramétrable en fonction des spécificités de chacun. Elle permet notamment d’élaborer une cartographie des risques et de choisir les moyens à mettre en œuvre pour s’en affranchir.
Le deuxième volet de cette doctrine, plus subjectif, concerne la perception par les visiteurs de leur propre sécurité. « S’ils ont le moindre doute, ils ne viendront plus, Il s’agit dans ce domaine de faire preuve de vigilance dans la surveillance des flux de personnes. A l’identique des missions menées par des gendarmes mobiles ou des policiers sur la voie publique, sans en avoir toutefois les prérogatives. Il s’agit donc d’éviter à tout prix qu’une crise ne survienne, en détectant en amont les profils ou les comportements à risques », assure Géraud Taurand.
Séminaires de formation en sécurité
Dans cette optique, le syndicat mise notamment sur la sensibilisation de la profession à l’occasion de séminaires réguliers. Le prochain se tiendra en mars avec une intervention du CNPP sur le thème de la vigilance. Ce sera également l’occasion d’échanges de bonnes pratiques sous la forme de partages d’expériences des responsables sûreté de Disneyland Paris. De même le Snelac met en œuvre des modules de formation sous la forme de Mooc, ou « d’open classroom » (parcours de formation en ligne) afin de sensibiliser aux problématiques de la sûreté la population plutôt jeune des saisonniers.
Autant de démarches qui ne mettent cependant pas les parcs de loisir à l’abri des risques terroristes. La forte portée symbolique de certains de ces établissements (comme la Tour Eiffel ou Disney par exemple), les désigne en effet comme autant de cibles privilégiées pour un attentat, ou une action menée par un mouvement radical.
« Nous n’avons cependant pas relevé une baisse notoire de fréquentation des sites de loisir et culturels, mis à part celle des sites parisiens. Un attentat peut cependant se produire n’importe où… Ce qui nous intéresse, au-delà de la mise en place des moyens de protection classiques, c’est de lutter contre un éventuel sentiment d’insécurité. De renforcer la confiance de nos visiteurs. Montrer que nous avons investi pour sanctuariser ces zones dédiées au divertissement », assure la déléguée générale.
Fouille des sacs
Les investissements concernent notamment l’installation de portiques détecteurs de métaux ou la mise en place de mesures dérogatoires liées à l’état d’urgence, permettant aux agents de sécurité de fouiller les sacs. Une augmentation des dépenses en termes de moyens techniques et humains évaluée à ce jour à 60 M€. Les risques liés à une éventuelle radicalisation de collaborateurs sont également pris en compte.
« Nous mettons donc tout en œuvre pour éviter à nos adhérents qu’une crise ne se produise dans nos établissements. Mais si, malgré toutes ces précautions, un incident survient, nous mettons tout en œuvre pour en atténuer les conséquences », ajoute-t-elle. C’est ainsi que le Snelac organise de nombreux exercices de préparation et de gestion de crise impliquant l’ensemble des parties-prenantes locales : hôpitaux, GIGN, Croix-Rouge…
De même, le syndicat se révèle particulièrement vigilant et réactif dans le domaine de la communication. « Le moindre incident touche en effet l’ensemble de la profession. Il nous arrive d’ouvrir une cellule de communication de crise lorsqu’un accident se produit sur une fête foraine. En effet, tout le monde nous appelle, alors même que les forains ne font pas partie de notre syndicat. Nous devons cependant répondre à toutes les questions, afin de de nous prémunir de l’effet contagion et préserver l’image de nos adhérents », explique sa déléguée générale.
Sophie Huberson et Géraud Taurand : la technique au service de la sécurité
A ce titre, elle supervise notamment l’action de Géraud Taurand, ingénieur de l’école des mines d’Alès en génie mécanique et matériaux, et responsable du projet technique et sécurité du syndicat depuis deux ans.
Le Snelac en chiffres
• 52 millions de visiteurs dans les parcs de ses adhérents ;
• 2,3 milliards d’€ de CA ;
• 30 000 salariés ;
• 500 adhérents ;
• 510 à 100 000 € de cotisation annuelle par adhérent (en fonction de leur CA) ;