« Si tu ne signes pas, on va te casser les jambes et tu finiras ta carrière à vendre des salades sur le marché des Capucins ! » Intimidations des joueurs, pressions sur les dirigeants, villas cambriolées, liens avec la mafia… Pour se débarrasser de sa part d’ombre et de l’image sulfureuse qui lui colle au maillot, le club de foot marseillais a décidé de mettre en œuvre les grands moyens : il a nommé en 2017 Thierry Aldebert, ex-officier du GIGN, comme directeur des opérations en charge notamment de la sécurité. « Il a fallu mettre en place de nouvelles procédures et bannir certaines pratiques. Par certains côtés, la réputation de l’OM et de la ville, mais aussi les ”affaires”, faisaient que certains joueurs et leurs familles refusaient de rejoindre le club. Impossible pour la nouvelle direction de bâtir une stratégie à long terme avec ce handicap », confie ce gendarme d’élite spécialiste de la protection rapprochée lors d’une interview exclusive accordée à En Toute Sécurité.
Mettre en place une véritable politique sûreté
Si aujourd’hui le Paris Saint-Germain attire les regards des médias à coups de transferts mirobolants, c’est davantage dans les rubriques policières ou judiciaires que l’OM fait la une des journaux régionaux ou nationaux. Et pourtant, le PSG ne déchaînera jamais les passions comme le fait son rival marseillais depuis des décennies.
Créée en 1899, ce qui en fait l’un des plus vieux clubs de foot français, champion d’Europe en 1993, neuf fois champion de France, finaliste de la Ligue Europa, les succès de cette SASP (société anonyme sportive professionnelle) s’accompagnent d’une liesse populaire incroyable. Et ne laissent personne indifférent.
« L’OM coule dans le sang des marseillais. Mais pas que… Souvent, c’est toute la France qui est derrière nous ! » s’enflamme Thierry Aldebert. Bien conscient des atouts de cette « pépite footballistique » à l’image souillée, mais aux potentiels insuffisamment exploités, l’homme d’affaires Frank McCourt, ancien propriétaire des Dodgers de Los-Angeles rachète l’Olympique de Marseille le 17 octobre 2016 pour un montant de 45 M€.
« Quatre mois plus tard, je reçois un coup de fil de Jacques-Henri Eyraud, le nouveau président, pour faire de l’OM un club compétitif grâce au projet ”OM Champions” associant culture américaine et système D français », confie Thierry Aldebert.
« Il s’agissait notamment de se révéler malin afin de renouer avec la performance sportive, en recrutant les meilleurs du mercato tout en disposant de moins de moyens qu’un club comme le PSG. Mais également d’accentuer notre rôle social dans la ville en aidant les petits clubs et en participant à la vie dans les quartiers défavorisés. Mais surtout de gérer l’OM comme une entreprise, en mettant notamment en place une véritable politique sûreté », poursuit-il.
Sécuriser le stade Vélodrome jusqu’en 2045
C’est ainsi que le nouveau directeur sûreté du club phocéen a dû renforcer les conditions d’accès et la surveillance de l’ensemble de ses sites. Dont notamment celui du centre d’entraînement Robert-Louis-Dreyfus (anciennement appelé la Commanderie), situé dans le 12e arrondissement, à une dizaine de kilomètres du centre de Marseille.
D’une superficie 9,5 hectares, il regroupe le siège social du club, le centre de formation des jeunes Olympiens, le bâtiment dédié aux joueurs professionnels, ainsi que cinq terrains de foot. « Nous devons assurer la sécurité de ce lieu à plusieurs niveaux. Au quotidien, pour l’ensemble de nos collaborateurs. Lors de la présence des joueurs. Mais également à l’occasion d’évènements particuliers aux cours desquels nous pouvons recevoir jusqu’à 500 personnes extérieures. Chaque niveau nécessite une posture et un dispositif adapté », explique le directeur des opérations. L’ensemble est totalement clos, et massivement télésurveillé. Mais à l’étroit entre ses murs, l’OM réfléchit à un déménagement dans un lieu déjà dénommé « Centre d’Entrainement du Futur ».
L’OM est également responsable de la sécurité au sein du stade Vélodrome de chaque match auquel participe son équipe. Et le sera très bientôt tout au long de l’année pour l’ensemble des rencontres organisées au sein de cet édifice mythique, dont le club a récupéré l’exploitation commerciale de 2019 jusqu’en 2045… « Nous avons la chance d’avoir nos supporters, certes dynamiques, voire turbulents, mais sans coloration politique. Ceci nous protège relativement des problématiques classiques d’hooliganisme et de racisme », assure Thierry Aldebert.
Un stadier pour 50 supporters
Bien vus à domicile, ces supporters le sont cependant un peu moins en déplacement… La commission de discipline de l’UEFA vient en effet de sanctionner l’Olympique de Marseille pour leurs débordements lors de l’édition 2017-2018. Visé pour « perturbations dans le public », « actes de vandalisme », « allumage de fumigènes », « jet d’objets » et « coup d’envoi retardé », perpétrés lors des quatre dernières rencontres de la compétition européenne. L’instance a ainsi décidé d’imposer aux Phocéens un match à huis clos total et de deux autres à huis clos partiel.
L’Olympique de Marseille devra également payer une lourde amende de 100 000 €, et prendre contact avec l’OL concernant les dégâts causés dans l’enceinte rhodanienne lors de sa dernière visite. « Un club visiteur est en effet responsable du comportement de ses supporters. C’est la raison pour laquelle nous précédons chaque déplacement d’une ”mission exploratoire” à laquelle participe le team manager, responsable des sportifs. Mais également un responsable protection, un responsable supporters et moi-même comme coordinateur avec l’UEFA. Le jour du match nous venons avec nos propres stadiers. Nous en avions 200 lors de la finale d’Europa League à Lyon. Soit un pour 50 supporters », affirme Thierry Aldebert.
Le club phocéen a également dû étendre ses mesures de protection jusqu’au cœur de la vie privée de ses joueurs afin de persuader les divas du ballon rond de venir s’installer dans une ville régulièrement décriée pour ses faits de délinquance. Depuis 2011, une dizaine de villas de joueurs de l’OM ont été cambriolées, dont celle de l’international et milieu offensif, Dimitri Payet, alors que lui et sa famille, dormaient au moment des faits. « Nous nous mettons ainsi à leur disposition en ”labellisant” les habitations dans lesquelles ils désirent s’installer. De même, nous les formons sur les bons réflexes, comme par exemple détecter, puis rompre une filature. On travaille au quotidien pour les sensibiliser. La difficulté consiste à ce qu’ils appliquent ces règles. Nous devons remporter l’adhésion et cela passe obligatoirement par des liens de confiance », confie Thierry Aldebert sans toutefois vouloir détailler les critères et les systèmes de sécurité retenus.
90% des contrats renouvelés
Réhabiliter l’attrait des meilleurs joueurs pour le club phocéen implique également de faire le ménage au sein d’une organisation souvent montrée du doigt pour ses problèmes de copinage, voire de corruption, au sein même de la direction. « Aujourd’hui 25% des équipes ont été remplacées. Concernant les prestataires de services, j’ai eu l’opportunité de pouvoir rebattre toutes les cartes. Je suis en effet arrivé à un moment où 90% des contrats devaient être renouvelés », assure Thierry Aldebert.
L’ensemble des prestations est désormais reparti en onze lots différents, attribués à cinq sociétés majeures. La partie industrielle (qui concerne la Commanderie et l’OM Campus) est confiée au groupe Prosegur. PSI, Onet Sécurité, R2S et d’autres structures se répartissent la partie événementielle au Stade. Enfin, l’organisation a choisi Securitas Risk Management pour la partie hautement sensible de la protection rapprochée.
C’est ainsi qu’un match organisé au stade Vélodrome mobilise 50 sociétés, soit 3 000 employés dont un tiers sont des agents dédiés à la sécurité des 40 à 50 000 personnes composant le public, lors d’une affluence moyenne.
En interne, huit personnes — essentiellement des anciens militaires, gendarmes ou policiers —, sont dédiés à la sécurité. « Nous avons également mis en place un dispositif d’investigation, pouvant aussi s’appuyer sur un cabinet spécialisé ou même faire appel aux autorités, afin de nous affranchir de toutes nouvelles dérives », ajoute le directeur des opérations.
L’OM en chiffres
- 93,3 M€ de CA ;
- 150 salariés ;
- 67 000 places dans son stade résident ;
- 29,3 M€, estimation pour le transfert de Dimitri Payet ;
- 42 M€, estimation pour le transfert de Florian Thauvin.
Thierry Aldebert : du GIGN à l’Olympique de Marseille
Intéressé par l’aspect judiciaire de ses missions, il rejoint en 2006 les hommes du GOR (Groupe d’observation et de recherche) dont il devient le patron un an plus tard. Intégré au sein du GIGN à la suite de sa réorganisation, il passe dix ans dans cette unité d’élite, avant de prendre le commandement de la compagnie de gendarmerie de Castelnau-le-Lez, la plus importante de France, pendant quatre ans.
Titulaire d’un Master exécutif de HEC, grâce à un programme de transition professionnelle proposé par la DGGN, il est appelé à prendre le poste de directeur exploitation organisation — sûreté — sécurité chez l’Olympique de Marseille en 2017. Membre du comité exécutif du club il reporte directement à Jacques-Henri Eyraud, président du directoire.
PSG : la discrétion comme politique sûreté
Véritable Goliath des clubs de foot en matière de moyens financiers (le PSG a généré 3,4 fois plus de revenus que son plus proche poursuivant, l’Olympique Lyonnais), le Paris Saint Germain n’en reste pas moins très discret sur sa politique sûreté : son service communication n’a jamais donné suite aux nombreuses demandes d’interviews de la part du journal En Toute Sécurité.
Et pourtant, Michel Besnard, son nouveau patron de la sécurité, a du pain sur la planche. Notamment avec la gestion des « ultras » parisiens. Cet ancien patron du groupe de sécurité de la présidence de la République à l’époque de Nicolas Sarkozy, était chargé auparavant de la sécurité des grands événements. Il a notamment à son actif l’organisation de la sécurité de l’Euro 2016. Il remplace Jean-Philippe d’Hallivillée, directeur sortant après dix ans de service, en dépit des annonces et d’une campagne de presse attribuant la fonction à Laurent Simonin, chef d’état-major à la direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC) à la préfecture de police. La candidature de ce dernier avait en effet été retoquée par la commission de déontologie de la fonction publique, sous prétexte que la charge de l’organisation de la sécurité aux abords du Parc des princes était aussi l’une de ses prérogatives, ce qui avait pu le mettre en position de conflit d’intérêts.
Enquête réalisée par Pierre-Olivier Lauvige