Olivier Duran : « les points d’amélioration de la profession »

Share

En Toute Sécurité – Vous étiez directeur délégué Communication du SNES depuis 1994 et avez donc un œil averti sur la profession. Quel est votre constat ?

Olivier Duran — J’identifie un point essentiel à améliorer d’urgence. Il faut renforcer les actions de lobbying auprès des parlementaires et des institutionnels. Dans le Livre Blanc de la profession, publié en 1994, on évoquait déjà la création d’une garantie financière. Comment expliquer qu’elle n’a pas encore été créée 25 ans plus tard ? De même, cela fait vingt ans que nous demandons — sans succès— une protection juridique des agents de sécurité.

Le lobbying est une vraie faille dans notre dispositif. Cela implique le recours à un cabinet spécialisé, mais cela coûte cher. De son côté, la Confédération européenne CoESS utilise les services d’un cabinet de lobbying efficace.

ETS – Comment percevez-vous l’attitude des pouvoirs publics vis-à-vis de la sécurité ?

OD. – Ils considèrent notre profession comme une variable d’ajustement et non pas comme un véritable partenaire au quotidien et sur le long terme. Des progrès ont été réalisés, mais une certaine condescendance persiste et la coordination ne se fait pas assez sur le terrain.

La sécurité privée a été mobilisée ponctuellement lors des attentats ou de l’Euro 2016, mais la concertation n’est pas là. Ainsi, nous avons appris la suppression de la taxe CNAPS sans aucune coordination. La récente convention d’échange USP-SNES-CDSE va dans le bon sens mais ne dispose pas d’outils opérationnels, ni de plateforme d’échanges. Par ailleurs, la concertation n’est pas vraiment au rendez-vous en ce qui concerne la préparation des Jeux Olympiques de 2024. J’espère que la création d’un syndicat unique permettra des avancées réelles.

ETS – Justement, comment percevez-vous la nouvelle organisation, le GES ?

OD. – Il était nécessaire que la profession puisse parler d’une voix unique et forte. A mon avis, l’engagement patronal doit être entre les mains de ceux qui commandent vraiment une entreprise de sécurité. Le SNES et l’USP n’avaient pas d’équipe de permanents en nombre suffisant et il faudrait que cela ne se reproduise pas pour le GES.

Je remarque qu’en 25 ans le profil des dirigeants s’est nettement amélioré : ils sont davantage diplômés — tandis que les autodidactes se sont formés — et sont plus ouverts aux nouvelles technologies.

Je perçois la FFSP comme réductrice de l’action patronale. Mettre ensemble des structures disparates pour faire nombre — alors que des scissions sont intervenues dans les organisations de sécurité électronique, de transport de fonds, de protection rapprochée ou de formation — n’apporte pas de résultat supplémentaire.

ETS – Vous n’avez pas voulu vous charger de la communication du GES. Qu’allez-vous faire ?

OD. – Je suis président du conseil de surveillance de Consortium SP, un regroupement d’entreprises qui porte la voix des PME. Réédition, ma société de communication, travaille toujours pour l’Unafos et pour quelques entreprises de sécurité en direct.

Parallèlement, je suis entré au capital et j’ai pris la présidence de Karawan Authentic, une entreprise lyonnaise qui édite et distribue des produits issus du co-développement éthique et durable dans les domaines du soin du corps et des arts de vivre. 40% du CA est réalisé à l’export. 

Propos recueillis par Patrick Haas, Rédacteur en chef