Olivier Driffort (Ufacs) : « je suis confiant pour l’avenir de la formation en sécurité ».

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Tout juste élu à la tête de l’Ufacs, le nouveau syndicat unifié de la formation en sécurité, Olivier Driffort répond aux questions d’En Toute Sécurité concernant l’avenir de cette profession et les réformes à mener.

 

En Toute Sécurité – Comment s’est déroulé le processus qui a abouti au rapprochement entre l’Unafos et FPS ?

Olivier Driffort – C’est une idée qui a muri en 2020 et qui s’est finalement présentée comme une évidence. Aujourd’hui, il ne faut pas oublier le travail efficace réalisé dans le passé par les deux organisations, mais s’exprimer d’une seule voix est devenu plus que nécessaire. C’est d’ailleurs une tendance générale parmi les organisations professionnelles de la sécurité, comme le montrent la naissance du GES — résultat du rapprochement entre USP et SNES — et le mariage de GPMSE et d’USP Technologies.

Tous les adhérents de l’Ufacs sont animés d’une même volonté de professionnaliser notre métier et de travailler sur le long terme. Depuis la création officielle de notre syndicat le 6 octobre dernier, plus d’une quinzaine de centres de formation ont émis le souhait de nous rejoindre : jusqu’ici, ils n’avaient pas voulu le faire en raison de la division de nos organisations. Ce potentiel nouvel apport d’adhérents intervient alors que nous n’avons pas encore commencé notre travail de prospection.

Nous sommes actuellement près de 160 ­adhérents et pensons arriver à 200 l’année prochaine.

ETS – Quel regard portez-vous sur votre profession qui ne semble pas encore totalement mature ?

  1. D. – Comme vous le savez, celle-ci est réglementée depuis 2016 et cela est une très bonne chose. Depuis cinq ans, les efforts de moralisation ont été effectués. Il existe de moins en moins de centres de formation en marge de la loi, mais il faut continuer à travailler dans ce sens, notamment avec les pouvoirs publics, le CNAPS ou les organismes de certification. Nous allons dans la bonne direction.

Notre sort est lié à celui de la sécurité privée : cette dernière doit être composée d’entreprises solides et saines, en capacité de ne pas rogner sur les dépenses de formation. Elle doit également être capable d’améliorer le niveau de connaissance de ses agents de sécurité.

 

ETS – Comment les métiers de la formation en sécurité ont-ils traversé la crise sanitaire ?

  1. D. – La période a été très compliquée, puisque les centres de formation ont été contraints de fermer du jour au lendemain pendant plusieurs mois. Cela s’est évidemment traduit par un gros manque à gagner. La reprise se déroule sur un rythme très progressif, car les donneurs d’ordre ont tendance à privilégier l’opérationnel en délaissant la formation.

Il est impératif que les prestations qui n’ont pas pu se faire en 2020 puissent être rattrapées cette année.

Nous commençons seulement à mesurer l’impact économique de la pandémie. La profession devrait globalement renouer avec la croissance cette année, mais certains centres de formation sont en grande difficulté.

Les conséquences de la crise n’en finissent pas de se faire sentir : dans les centres, les mesures de distanciation physique empêchent de former autant de personnes par session qu’il était possible de le faire auparavant et les contraintes imposent de nouveaux achats de matériels, de sorte que les dépenses grimpent alors que l’activité est réduite.

 

ETS – La surveillance humaine connait des difficultés inédites de recrutements. Que faut-il faire pour remédier à cette situation ?

  1. D. – Il faut évidemment rendre le métier plus attractif, ce qui est un travail de longue haleine et nécessite de mieux communiquer. Cela est particulièrement compliqué pour le recrutement du middle management.

Le pays aura régulièrement besoin d’un plus grand nombre d’agents de sécurité et nous devrons être capables de présenter une trajectoire de carrière attrayante. Je suis confiant dans l’avenir : nous serons prêts et en capacité d’assurer nos responsabilités, notamment pour les prochains événements sportifs de 2023 et 2024. Ces échéances ne sont d’ailleurs pas une finalité en soi : il faut construire notre futur sur le long terme.

ETS – Quelles sont les réformes à mener à bien pour parvenir à ce résultat ?

  1. D. – Il faut rendre possible une utilisation large des outils de formation à distance pour le volet théorique des cursus, avec de véritables supports efficaces, une traçabilité des opérations et une ingénierie pédagogique adaptée. Actuellement, une dizaine seulement de centres de formation en sécurité sont équipés pour effectuer des prestations en distanciel : c’est totalement insuffisant.

Il faut également permettre la formation sur site en situation de travail, ce qui n’est pas possible avec la réglementation de 2016 qui prévoit que les formations doivent avoir lieu dans les centres de formation. Il faudrait également modifier ces textes pour ce qui concerne les certifications qui sont redondantes, chronophages et coûteuses.

Il est indispensable de développer l’apprentissage qui est notoirement sous-utilisé en raison de la complexité de la situation réglementaire.

Enfin, nous devons travailler sur un spectre large de la sécurité, au-delà du périmètre réglementé de la profession.

 

ETS – C’est-à-dire ?

  1. D. – Les centres de formation doivent par exemple se diversifier dans les métiers de la recherche privée et surtout de la sécurité électronique, car le développement des nouvelles technologies est inéluctable et seront davantage utilisées par les agents de sécurité. Nous allons travailler en concertation avec le GPMSE sur cette question, afin par exemple de tisser un maillage national de centres pouvant répondre à ce type de besoin.

 

Propos recueillis par Patrick Haas

Rédacteur en chef