Olivier Allender : « Verisure anticipe une croissance dynamique durable »

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Accordant très peu d’interviews, Olivier Allender, PDG de Verisure France, n°1 de la télésurveillance, explique en exclusivité pour En Toute Sécurité les raisons de ses bonnes performances en 2020 et annonce une tendance aussi favorable pour les prochaines années.

 

En Toute Sécurité – Malgré les confinements pendant la crise sanitaire, votre société, qui travaille essentiellement en direct, a enregistré de très bons résultats commerciaux. Comment y êtes-vous parvenu ?

Olivier Allender – Nous avons effectivement enregistré une croissance de près de 20% en 2020, soit le même rythme que les années précédentes. Nous avons connu une période de ralentissement d’activité de mars à mai puis nous avons été très surpris par la bonne dynamique du marché, si bien que de juin à décembre nous avons rattrapé les volumes prévus initialement. En fin de compte, 2020 a même été légèrement meilleure que l’année précédente. A fin décembre, nous avions un parc de 481 000 raccordements sur le segment résidentiel, où nous sommes n°1, et de 68 000 sur le segment professionnel où nous sommes n°2.

Il faut préciser que nous avons fait preuve d’une grande agilité durant cette période de grande incertitude : dans un marché publicitaire extrêmement silencieux à cette époque, nous avons accéléré nos investissements dans les médias.

De plus, nous avons ouvert dix agences supplémentaires l’année dernière. Nous avons recruté 250 salariés — pour arriver à un total de 3 000 collaborateurs —, de même qu’une centaine d’alternants et des stagiaires. Nous avons doublé nos effectifs depuis 2015. Nous avons mis en œuvre un troisième centre d’appels à Angers en 2019 qui emploie désormais 250 collaborateurs avec l’objectif d’atteindre le cap des 500 en 2024.

Chaque année, nous investissons plusieurs dizaines de M€ en informatique, dans l’immobilier et en recrutements. Ces dépenses suivent la courbe de la croissance de notre activité.

 

ETS – Allez-vous poursuivre sur ce rythme en 2021, année qui a également été marqué par des incertitudes ?

  1. A. – Nous l’espérons bien ! Et ce sera aussi probablement le cas en 2022 et les années suivantes. Environ 1,5 million de ménages seulement sont équipés en télésurveillance, alors qu’à notre avis, le marché adressable est compris entre seize et vingt millions de foyers. Nous avons donc de la marge. L’important consiste à proposer une offre performante et être offensif sur le plan marketing. Cette approche est la clé de notre succès à l’échelle du groupe qui a franchi cette année le cap des quatre millions de raccordements dans 17 pays.

La tranquillité d’esprit — à laquelle la télésurveillance participe — est un élément déterminant pour les foyers, si bien que la demande est pérenne.

Nous pensons même que l’on pourrait atteindre un taux d’équipement proche de 100%, probablement avec différents formats de télésurveillance, à l’instar de l’auto-surveillance. Google et Amazon sont actifs dans ce domaine, mais nous avons une offre adaptée avec nos caméras IP connectées Arlo pour un prix de 5 à 10€ par mois. Cette solution rencontre un gros succès, avec des taux de croissance supérieurs à ceux de nos abonnements classiques. Je précise que ce type de prestation n’est pas compté dans notre parc de télésurveillance.

Sur ce créneau de l’autosurveillance, la France se situe plutôt dans le haut du marché, mais reste néanmoins derrière la Grande-Bretagne ou les pays scandinaves. Les propositions hybrides arrivent et commencent à réaliser de gros volumes.

 

ETS – N’êtes-vous pas en train de lancer une guerre des prix avec des tarifs très bas ?

  1. A. – Pas du tout : nous sommes moins agressifs que nos concurrents qui distribuent gratuitement leurs équipements pour convaincre leurs futurs clients, alors que nous les faisons payer à nos abonnés. Le leader a pour rôle de défendre la valeur du marché et de le tirer vers le haut.

 

ETS – Le profil de vos nouveaux clients a-t-il-changé avec l’irruption de la crise sanitaire ?

  1. A. – Le profil est tout à fait stable. Nos abonnés ressemblent à la population du pays, sauf qu’il y a un peu plus de familles, de retraités, de propriétaires et de personnes habitant dans une maison. La télésurveillance est devenue un marché de masse.

ETS – Outre l’américain Arlo, racheté en 2020 par votre groupe, Verisure France a déjà réalisé l’acquisition de Mediaveil en 2015. Allez-vous reprendre la croissance externe ?

  1. A. – En France, nous sommes tout à fait ouverts aux opportunités intéressantes, mais il n’existe plus beaucoup de portefeuilles disponibles.

 

ETS – Allez-vous vous diversifier vers la téléassistance qui est un marché voisin mais avec des caractéristiques différentes ?

  1. A. – Ce métier nous intéresse, mais il existe une difficulté propre à la France : l’exclusivité d’une entreprise de sécurité. C’est une notion qui n’est plus adaptée, car les nouvelles technologies permettent d’offrir de très nombreux services. Certaines filiales du groupe proposent déjà de la téléassistance.

 

ETS – Verisure va-t-il se lancer sur le créneau de la maison connectée qui est le cheval de bataille des GAFAM ?

  1. A. – Nous voulons nous concentrer sur la sécurité où il y a beaucoup de promessesde croissance. Dans l’habitat connecté, la valeur réside dans la sécurité. C’est pourquoi nous élargissons sans cesse notre offre : par exemple avec des caméras utilisant la technologie 4k, le brouillard opacifiant en cas d’intrusion ou la détection de brouillage des équipements.

 

ETS – Quel regard portez-vous sur le marché français de la télésurveillance ?

  1. A. – La concentration se fait par le haut, alors qu’il est très éparpillé en-dessous. On trouve des acteurs issus de la banque-assurance, de même que des opérateurs télécom. Dans cette catégorie, nous ne ressentons pas Orange comme une concurrence forte. De nouveaux acteurs, venant de l’univers du numérique, arrivent, comme on peut le constater aux Etats-Unis, mais cela est encore balbutiant en France. Cette diversité témoigne que le marché est large.

 

 

 

Propos recueillis par Patrick Haas

Rédacteur en chef