Nouvelle donne 
dans la formation en sécurité

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  Philippe Maquin, président de l’unafos, et François Devilliers, président de FPS, ont entamé un processus de rapprochement entre les deux organisations patronales. 

 

La profession de la sécurité entame une nouvelle étape sur son long chemin vers la maturité : les deux organisations patronales de la formation en sécurité — l’Unafos et le FPS — se sont mises d’accord en octobre pour opérer leur regroupement.

Le processus en est encore à ses prémices, mais la volonté d’unité est clairement affichée par les présidents des deux syndicats.

« Le temps de l’unité est venu. Ensemble, nous devons faire front pour parler d’une forte et unique voix. Il est souhaitable que le chantier du rapprochement s’ouvre au plus vite. Il faut que, début 2021, nous soyons en ordre de marche patronale unitaire », explique Philippe Maquin, président de l’Unafos, dans une lettre à ses adhérents.

Même approche du côté du FPS. « Il est de notre devoir de mettre tout en œuvre pour réussir cette étape d’unification », explique François Devillers, le tout nouveau président du syndicat.

Les deux responsables se sont accordés pour la création d’un comité de rapprochement qui fera des propositions sur les modalités du futur regroupement. Ce comité comprendrait deux personnalités et un suppléant issus de chaque syndicat, mais pas leur président. Ce schéma reprend la méthode qui a réussi en 2019 pour le rapprochement entre le SNES et l’USP, ayant abouti à la naissance du GES (voir ETS n°678).

Le président de l’Unafos et du FPS font d’ailleurs explicitement référence au GES pour justifier leur démarche. Le rapprochement du SNES et de l’USP a pris de longs mois qui ont été nécessaires pour panser des plaies parfois ouvertes, résultant d’une animosité solidement ancrée. Les tensions sont moins marquées entre les deux organisations de la formation en sécurité, mais il faudra néanmoins du tact et de la diplomatie.

 

Une présidente pour la future entité

Les dossiers à régler ne manquent pas. Se pose tout d’abord la question du rôle futur du GES, du GPMSE et plus généralement des organisations patronales représentatives dans la gouvernance de la future entité. Ce rapprochement s’opère d’ailleurs avec le regard « bienveillant et actif » du GES, souligne un des bons connaisseurs du dossier.

Outre la rédaction des statuts (avec probablement la dissolution des deux syndicats actuels) et l’examen du volet financier, il faudra aborder le problème de la structure même du futur syndicat. Certains responsables souhaiteraient qu’il soit organisé en tenant compte des deux catégories d’acteurs existants : les centres de formation indépendants et les filiales formation des sociétés de sécurité.

L’état des lieux entre les deux syndicats devra également être entériné. L’Unafos, créée en 2003, regroupe près de 130 centres de formation, alors que FPS, née en 2016, rassemble 19 adhérents, dont certains sont des filiales de grands groupes de sécurité comme Securitas, Seris, Fiducial ou Goron.

Se posera également la question de la personnalité choisie pour présider la future entité. Philippe Maquin tient à préciser qu’il ne briguera pas ce poste, mais « souhaite pouvoir continuer à y apporter toutes mes convictions, toute mon expérience et toute mon énergie ». Il semble qu’un consensus se dégage pour qu’il occupe un des deux postes de vice-président, l’autre allant à François Devillers.

Pour celui de président, les protagonistes voudraient marquer les esprits et pencheraient plutôt pour une femme : selon les diverses sources recueillies par En Toute Sécurité, il s’agirait de Corinne Pruvost, directrice des compétences depuis 2015 chez Securitas France et gérante de la filiale Securitas Formation.

Le nom du futur syndicat serait étudié par la suite. Dans l’idéal, le schéma devrait être en place au premier trimestre 2021, car les assemblées générales des deux syndicats actuels se tiennent en mars et avril.

 

Une période particulière

Le terrain est favorable à cette initiative. « Le climat est serein et tout le monde est conscient de l’importance des enjeux en cette période de crise sanitaire qui a pesé sur la santé financière des centres de formation », nous déclare François Devillers, qui est également gérant de la société IFESSSU. La quasi-totalité des centres a en effet fermé pendant la période de confinement, au second trimestre, et certains — surtout les petites structures — sont durablement fragilisés même s’ils ont ouvert exceptionnellement durant l’été.

Mais il existe des exceptions. « Notre filiale de formation Point Bleu devrait réaliser une très bonne année 2020, car notre panel de clients est très large avec 85 sociétés de sécurité venant se former chez nous », souligne Geoffroy Castelnau, PDG de DPSA Ile-de-France.

Depuis la rentrée de septembre, de nombreux centres sont extrêmement sollicités, nous explique Johan Prié, président du réseau national d’indépendants GNFS. Mais les incertitudes qui pèsent sur le dernier trimestre rendent tout le monde prudent. 

 

Une profession dans le collimateur des pouvoirs publics

L’activité des centres de formation est réglementée depuis le 1er juillet 2016, car les pouvoirs publics se sont rendus compte qu’il devenait nécessaire de mettre de l’ordre dans cette profession où de nombreux abus ou fraudes ont été constatés.

A l’époque, les déclarations ont été particulièrement explicites à ce sujet. Alain Bauer, alors président du collège du CNAPS, constatait fin 2016 le « joyeux désordre » de la profession et affirmait que l’agence de régulation « allait traiter la question de manière structurelle » (voir ETS n°621).

Nombre de centres de formation contrôlés par le CNAPS

 

 

En pourcentage du nombre total de contrôles effectués par le CNAPS

2016 (1)

65

4%

2017

262

14%

2018

395

23%

2019

221

13%

 

Source : rapports annuels du CNAPS

(1) Début des contrôles au 4e trimestre

Pour sa part, Philippe Maquin, président de l’Unafos, estimait fin 2014 que les pratiques déviantes « concernent entre 10% et 30% des acteurs de la profession et probablement plus près de 30% que de 10% » (voir ETS n°579). Un chiffre plus ou moins corroboré par le CNAPS : il précisait que 20% des contrôles de centres de formation effectués en 2017 ont donné lieu à des poursuites disciplinaires. Celles-ci ont parfois concerné des actes graves comme escroquerie aux allocations de formation ou faux et usage de faux. Pôle Emploi et les Direccte ont été prévenus de tels actes.

Alors que le poids économique de la formation en sécurité représente seulement 6% du CA total des entreprises de sécurité (gardiennage, télésurveillance, transport de fonds, sûreté aéroportuaire, etc.) figurant dans le périmètre réglementé contrôlé par le CNAPS, cette profession a mobilisé 13% des contrôles de l’agence de régulation en 2019. Et même 23% du nombre de contrôles effectués par le CNAPS en 2018.

Aujourd’hui, le métier de la formation en sécurité a été largement assaini grâce à l’élimination d’un grand nombre de « brebis galeuses ». La professionnalisation est en bonne voie.

 

CA de la formation en sécurité

 

En millions d’€

Évolution en pourcentage

2014

377

-0,1%

2015

385

+2,1%

2016

392

+1,5%

2017

398

+1,5%

2018

406

+2,1%

2019

417

+2,8%

2020 (1)

350

-16%

 

Source : Atlas 2020 d’En Toute Sécurité

(1) Prévisions effectuées en septembre 2020

 

Nombre total de centres de formation en sécurité agréés en France

Fin 2017

513

Fin 2018

578

Fin 2019

627

 

Source : rapports annuels du CNAPS