Entre la pandémie de covid-19 et l’explosion du nombre de livraisons durant la période s’étalant du Black Friday à Noël, qui a entraîné une augmentation de 60% à 80% du trafic par rapport à une activité journalière normale, soit une moyenne de 3,5 millions de produits à livrer par semaine sur une période de six semaines, Mondial Relay a décidé, il y a un peu plus de trois ans, de créer un département sûreté/sécurité.
Un fait assez inédit pour une société de ce calibre et au vu des risques encourus dans le secteur du transport et de la livraison de colis aux particuliers. L’entreprise a donc décidé de déployer les moyens nécessaires pour sécuriser ses livraisons, ses sites et ses salariés face à une actualité sanitaire mouvante en permanence.
Nouveaux moyens mis en place
« La création de l’entité sûreté a été décidée en 2017 pour mettre en place les procédés de sécurité pour contrer les spoliations, vols, avaries, lutte contre la démarque inconnue, sécurisation des sites et aussi répondre à un besoin de contrats commerciaux portés sur des produits sensibles », explique Didier Dehent, responsable sûreté/sécurité du groupe, lors d’un entretien exclusif accordé à En Toute Sécurité.
Pour faire face à ces menaces multiples, dont la lutte contre la démarque inconnue reste le cheval de bataille, Mondial Relay fait le pari du contrôle d’accès renforcé mêlé à un système de vidéotracking. « Pour ce faire, j’ai accès à l’ensemble des sites grâce à mon PC et au vidéotracking. On analyse tout le trajet d’un colis pour voir où et quand un colis a été perdu, volé ou détourné. Il s’agit de mettre en place des systèmes évolutifs par rapport aux marchandises transportées, de la paire de chaussettes aux produits de luxe, parfums, produits digitaux. Il faut également répondre à la bonne livraison de produits sensibles », poursuit le responsable.
Outre ces menaces, quel autre plan d’action pour assurer la sécurité des quelque 125 millions de colis qui ont transité vers les 5 hubs et les 24 agences régionales dans l’Hexagone en 2020 ? Concernant les hubs, Mondial Relay les sécurise en ayant encore recours au gardiennage. « Aucun véhicule n’est autorisé à stationner en dehors des horaires de fonctionnement pour éviter les vols. Cependant, nous avons une nécessité de laisser des camions sur place qui peuvent être chargés en attente de départ. Sur ce genre de sites, un PC sécurité est mis en place avec de l’humain 24h/24h », indique Didier Dehent.
Mais la société affirme, à long terme, solliciter de moins en moins la surveillance humaine, aussi bien pour les agences régionales que pour les hubs. « On utilise de moins en moins le gardiennage en raison de la sécurisation des sites qui entraînent une baisse de ce besoin. Tous les sites seront prochainement reliés aux télésurveilleurs. Il s’agit d’associer le développement videotracking/vidéosurveillance en lien avec la télésurveillance », détaille Didier Dehent.
Preuve par l’exemple : l’agence de distribution de Puiseux-Pontoise (Val-d’Oise), considérée comme le plus grand site de l’entreprise en France, est dotée de 252 caméras réparties sur 6 200 m². Les agences traditionnelles, d’une surface d’environ 4 000 m², sont couvertes par environ 150 caméras. Le coût de la sécurisation de chaque site oscille entre 0,15 et 0,25 M€ que Mondial Relay investit sur fonds propres.
Trois prestataires sécurité en Ile-de-France
Pour mener à bien cette politique sûreté/sécurité, Didier Dehent a choisi, dès sa prise de poste en 2017, trois prestataires pour couvrir les activités de l’entreprise en Ile-de-France : Torann, un poids moyen du secteur ; Newgard fournit les prestations en ADS et agents cynophiles avec la création d’un pool dédié à Mondial Relay puis Elysées Sécurité, dont le CA 2019 est de 1,28 M€, se charge des prestations de filtrage, de sécurisation des sites et de gardiennage en cas de problèmes d’alarme. A Bordeaux, c’est la société Drakkar Protection Sécurité qui assure la récupération des flux de Cdiscount, partenaire de Mondial Relay.
Concernant les sociétés chargées de la télésurveillance dans les sites logistiques en région, Mondial Relay passe par le télésurveilleur Ivoxe et Luxant, considéré aujourd’hui comme un « prestataire moindre ». Pour la partie alarme, contrôle d’accès et câblage du système vidéotracking, c’est la société Serenity qui a été choisie. Interrogé sur la qualité des sociétés auxquelles Mondial Relay a confié ces missions, Didier Dehent se réjouit : « J’ai choisi des prestataires uniques et j’en suis content. La communication est opérante. » Aucun appel d’offres n’est prévu car « le besoin ne s’en fait pas ressentir. Pour l’instant, les demandes sont prises en compte et gérées », souligne Didier Dehent.
Mondial Relay en chiffres
- Filiale du groupe allemand Otto créée en 1997
- 1 000 collaborateurs
- 410 M€ de CA
- 5 hubs et 24 agences régionales
- 9 500 Point Relais en France
- 55 000 Points Relais en Europe
Quant à la prise de décisions pour l’entité sûreté/sécurité, Mondial Relay adopte la stratégie du circuit court entre le responsable sûreté et les autres donneurs d’ordre. « C’est très simple, je n’ai pas de filtre. Mon supérieur hiérarchique est Antoine Pottiez, le président de Mondial Relay. Nous effectuons un point sûreté mensuel et les informations remontent directement au président ». Nonobstant ce contact sans intermédiaire, l’entité sûreté/sécurité de Mondial Relay travaille en collaboration avec le directeur industriel qui a voix au chapitre sur la partie vidéotracking. Pour la surveillance mécanique et le contrôle d’accès, pas de décision prise en solitaire mais après avoir consulté la direction des opérations et les services supports pour la partie informatique.
Au vu du CV du responsable sûreté/sécurité (voir encadré), Mondial Relay jouit, via son responsable, de très bons contacts avec tous les services de l’État et justifie l’importance des réseaux inter et intra-professionnels : police, douanes, gendarmerie. Un recrutement qui ne doit donc rien au hasard.
« Nous sommes le point d’entrée unique vers la société Mondial Relay pour les services de l’État. Nous avons de facto un rôle centralisateur. Toute demande de ces services passe par le pôle sûreté. J’analyse de façon adaptée les demandes. », souligne Didier Dehent. En dehors de la France, le périmètre d’activité pour le responsable sûreté s’étend essentiellement à l’Espagne, à la Belgique, au Luxembourg et aux Pays-Bas à quoi il faut y ajouter des livraisons effectuées en Suède, en Finlande, en Allemagne et en Autriche. Actualité du Brexit oblige, la sécurisation des colis envoyés vers le Royaume-Uni est suspendue en raison de blocages douaniers importants.
Adaptation à la pandémie
Au niveau sanitaire, le siège social situé à Hem (Nord) a réagi très vite face aux retombées économiques et logistiques provoquées par le premier confinement. « On a fermé la société en trois jours dès le premier confinement avec une fermeture de tous les sites dans le même temps avec l’impossibilité d’envoyer ou de renvoyer les colis. On a récupéré 1 million de colis stockés sur les sites logistiques. Heureusement que les moyens furent conséquents pour répondre aux demandes des assureurs et clients chargeurs », raconte Didier Dehent. A savoir que sur les 9 000 Points Relais en France, près de 4 000 d’entre eux ont fermé pendant le premier confinement, ce qui a entraîné une perte de deux mois d’activité, soit environ 70 M€.
Pour les centres de tri qui, eux, sont restés ouverts, pas de temps de latence : tout a été anticipé pour sécuriser les salariés avec port du masque, de gants et utilisation de gel hydroalcoolique. Des procédures sanitaires strictes ont été mises en place avec une solution de contrôle des mesures assurée par des agents de la société Torann. Des agents ont été envoyés sur site et avaient pour consignes de faire respecter les gestes barrières et d’effectuer des rondes sanitaires à l’intérieur des entrepôts pour éviter les regroupements.
Pour éviter la création de foyers infectieux, les salariés furent soumis à une prise de température obligatoire pendant trois mois via des thermomètres infrarouges. Mondial Relay a également signé des contrats de prestation avec Serenity et le chinois Hikvision pour l’installation de caméras thermiques.
Après les soubresauts de l’année 2020 et les défis à venir en matière de sécurisation des colis et l’anticipation d’une demande exponentielle, Didier Dehent présage « qu’il y aura certainement des évolutions possibles en vue de certains contrats à venir. Demain, si j’ai besoin de sécuriser des flux avec l’appel de prestataires, je pourrai le faire avec ceux déjà en place. Si j’ai un contrat sur des produits sensibles, il faudra adapter les standards de sécurité en fonction des besoins. »
Didier Dehent : un spécialiste de l’enquête
Sous-officier enquêteur pendant dix ans, gradé d’encadrement au sein de brigades territoriales puis manager de groupes d’enquêtes spécialisés au bureau des affaires criminelles de la sous-direction de la police judiciaire de la gendarmerie nationale, Didier Dehent, 55 ans, bénéficie de plus de 30 ans d’expérience dans la négociation de crise, la recherche et l’orientation du renseignement concernant la lutte contre la criminalité organisée.
Il est entré chez Mondial Relay en 2017 en tant que chargé de sûreté-sécurité du groupe avant d’être nommé responsable sûreté du groupe en 2018.
Enquête réalisée par Ryad Couto