Michel Mathieu : « mon analyse, mes projets »

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L’ancien président de Securitas France estime que la réussite de la profession réside dans la réunification des deux organisations patronales.

 

Au grand étonnement de tous, Michel Mathieu, président de Securitas France depuis quatorze ans, s’est vu notifier son départ par le PDG du groupe suédois le 19 juin dernier (voir ETS n°657).

Il a réservé une interview exclusive à En Toute Sécurité pour dévoiler ses projets et donner son opinion sur la profession avec une grande franchise.

 

En Toute Sécurité – Quels sont vos projets ? Allez-vous rester dans la profession de la sécurité ?

Michel Mathieu – Mon temps est passé dans la sécurité privée. Je vais garder des contacts, entretenir des amitiés, mais la profession va continuer sans moi. Par exemple, lors de la réunion du 3 juillet du collectif Urgence Sécurité, Luc Guilmin a pris ma succession. Je n’aurai plus de rôle dans ce projet.

Mes envies se tournent dorénavant vers d’autres sujets. Je vois mon avenir dans le développement d’un projet personnel, pas vraiment au sein d’une entreprise. Je souhaite par exemple transmettre mon expérience professionnelle de dirigeant, aider les jeunes au niveau de leur formation ou encore me lancer dans le capital risque. Mais tout d’abord, je vais laisser reposer les choses : passer trois mois à rêver, à lire et à voyager. C’est le temps nécessaire pour se ressourcer.

 

ETS – Le collectif Urgence Sécurité, dont vous avez été un pilier, est-il une bonne solution dans un contexte d’organisations patronales encore divisées ?

M. M. – Justement, j’ai l’espoir que cet appel des Dix serve de tremplin à une réunification. L’USP et le SNES ont les mêmes préoccupations, les mêmes solutions, les mêmes propositions. Bref, les mêmes idées. Je reste dans l’attente d’une approche plus professionnelle de leur part, malgré les différends personnels. Je ne crois qu’à une profession unie et forte.

 

ETS – Pouvez-vous nous expliquer aujourd’hui pourquoi Securitas a quitté l’USP début 2016 pour y revenir deux ans plus tard ?

M. M. – Il faut remonter à plus loin dans le temps. En 2014, l’USP avait lancé le projet Félix qui dessinait de nouveaux contours sur le plan social, mais nous ne sommes jamais parvenus à le faire sortir des cartons pour le proposer aux partenaires sociaux. Cet échec m’a lassé et m’a poussé à quitter l’USP et la vie patronale. J’ai également pensé que les choses pourraient avancer plus vite sans la présence du leader. De plus, la collectivité était devenue un frein pour le propre développement de Securitas. Deux ans ont passé comme cela et j’ai senti que les attitudes semblaient murir du côté du SNES et de l’USP. Securitas pouvait alors de nouveau soutenir les bonnes volontés.

Aujourd’hui, je constate que le SNES semble en mouvement, que le Cercle de la Sécurité a trouvé sa place, que le collectif Urgence Sécurité secoue le cocotier mais que l’USP semble un peu absent. Il n’a d’ailleurs pas pris position sur Urgence Sécurité alors qu’il garde un rôle majeur pour provoquer la réunification.

 

ETS – Plus généralement, comment analysez-vous le marché de la sécurité privée en France ?

M. M. – La profession avait bien réussi ses années 2000, avec dix ans de progrès dans les compétences et dans les relations sociales. Ce cycle positif s’est achevé par la création du CNAPS en 2012. Le marché devenait mature, mais la crise financière a donné un coup d’arrêt à cette tendance et il n’a jamais retrouvé cette dynamique. Dans ce contexte difficile, la profession n’a pas su répondre efficacement aux nouveaux enjeux. Elle souffre d’une vision à court terme, n’a pas géré la crise de recrutement et a manqué de réelles opportunités.

Ce métier souffre d’un manque de culture en ce qui concerne la gestion au sens large. Il risque de rester pauvre et sans capacité à innover et à préparer le futur. Les acheteurs exploitent à plein cette faiblesse.

 

ETS – Selon vous, le CNAPS — récemment épinglé par la Cour des comptes — joue-t-il bien son rôle de régulateur ?

M. M. – Il connait aujourd’hui une vraie crise d’adolescence. A mon sens, les fondamentaux posés par la loi doivent être conservés, mais il faut revoir la gouvernance, l’organisation, la production et il devra s’adapter aux futures propositions de la mission parlementaire sur ce sujet. Le CNAPS doit être plus transparent et garder un lien avec les professionnels. Cela doit être un outil de travail commun au profit d’intérêts supérieurs que sont l’éthique et la professionnalisation.

 

ETS – Quel avenir voyez-vous pour la sécurité privée ?

M. M. – Les chantiers sont encore immenses, sur le plan social, de la formation, de l’éthique, de l’intégration des nouvelles technologies. Le travail de la mission parlementaire semble large, en profondeur. Les deux députés ont été très à l’écoute et ont récolté beaucoup de matière. Toutes les parties ont joué le jeu et je note qu’il n’y a pas beaucoup d’écarts entre les diverses propositions. Pour réussir la transformation du métier, il faudrait une loi structurante. Cependant, je sens beaucoup de résistance du côté des organisations de salariés.

L’enjeu n’est plus dans les idées, mais dans la transformation concrète de ces idées.

 

ETS – Quel est aujourd’hui votre regard sur Securitas ?

M. M. – Leader mondial sur son marché, le groupe est une réussite absolue. Une nouvelle génération arrive aux commandes et comprend la nécessité d’apporter des solutions nouvelles. Intégrer la technologie et la surveillance humaine est la meilleure stratégie possible. En France, nous avons dû gérer le chaos permanent de notre environnement économique et réglementaire — comme la baisse du CICE — qui est difficilement lisible depuis l’étranger.

Je profite de cette interview pour remercier le personnel de Securitas France qui a contribué à construire cette entreprise reconnue et légitime. Je leur souhaite de continuer dans la même lignée. A mes collègues de la profession, je voudrais souligner qu’ils ont de la chance d’opérer sur un marché en pleine transformation. Et je leur dit : ne manquez pas cette étape cruciale. Surmontez vos divisions, car c’est le meilleur moyen pour réussir. 

 

Michel Mathieu remplacé par Luc Guilmin au collectif Urgence Sécurité

Comme l’indique Michel Mathieu dans cette interview, c’est Luc Guilmin, nouveau président de Securitas France, qui le remplace dans le collectif Urgence Sécurité. Un changement rapidement acté puisque la fameuse photo des Dix publiée en avant-première par En Toute Sécurité (voir ETS n°656) a été modifiée sur le site internet du collectif : Luc Guilmin apparait à la place de Michel Mathieu.