Le président de Securitas se dit “totalement ouvert” à des acquisitions dans la sécurité électronique
Au cours d’une interview exclusive accordée à En Toute Sécurité, le président de Securitas France dévoile sa stratégie pour contrer le ralentissement déjà perceptible du marché.
En Toute Sécurité – Etes-vous affecté par la décélération du marché que l’on perçoit depuis plusieurs mois ?
Michel Mathieu – Effectivement notre entreprise connait un petit ralentissement de sa croissance, mais Securitas est mieux armé que beaucoup de ses concurrents pour y faire face. Notre force stratégique réside en effet dans notre très large palette de solutions si bien qu’elles ne sont pas impactées au même moment. C’est ainsi que la conjoncture dans la surveillance humaine est compensée par notre présence dans la sécurité électronique. Cette situation nous permet d’échapper à la guerre des prix.
A chaque crise, une partie des entreprises de sécurité répond par une course au volume. Ne comptez pas sur moi pour adopter une telle démarche. C’est la pire des solutions. Nous avons la chance de pouvoir résister à ce type de pression.
Nous produirons nos résultats en 2018, mais la progression sera moins importante qu’au cours des trois dernières années. Je suis surtout préoccupé par l’exercice 2019, car l’impact de la formation continue sera plus important. En raison du MAC (mise à niveau des compétences), nous allons former 3 000 salariés en 2018 et 5 500 en 2019. Et cela coûte cher.
ETS – Justement, sur le plan conjoncturel, comment voyez-vous l’évolution des entreprises de sécurité dans les prochains mois ?
M.M. – Une nouvelle fois, on va dans le mur si nous ne réagissons pas. Le MAC coûte environ 1 000€ par personne et concerne 30 000 salariés cette année en France, soit un montant global de 30 M€. Aucune entreprise n’était prête à encaisser cela. Il va donc falloir intégrer ce phénomène dans les tarifs proposés aux clients.
De plus, la diminution d’un point du CICE aura un impact négatif compris entre 30 et 40 M€. Cela va donc être compliqué pour tout le monde et je ne vois pas très bien comment la profession va s’en sortir.
ETS – Comment s’est soldé votre exercice 2017 ?
M.M. – Je suis satisfait de nos performances, car nous avons enregistré une croissance de 2% pour atteindre 668 M€. Et cela malgré la quasi-disparition en janvier-février 2017 des contrats liés aux menaces terroristes. Il faut aussi comparer ce résultat par rapport à une année 2016 exceptionnelle, marquée par l’Euro 2016 et le renforcement des mesures de sécurité en raison des attentats.
Cela démontre que le moteur de notre croissance est bon. De plus, notre rentabilité a progressé, de manière conforme aux attentes de nos actionnaires. Nous sommes dans les standards européens de la rentabilité de notre groupe. C’est le résultat de l’organisation mise en place début 2017.
Le symbole de ces changements c’est notre déménagement à Issy-les-Moulineaux dans des locaux aménagés pour travailler autrement. Il n’y a plus de bureau séparé pour personne, y compris pour l’ensemble du management. Nous y avons regroupé 300 collaborateurs sur 4 500 m², notamment la direction générale, les patrons d’activité, les managers de la région Ile-de-France et la force commerciale. Dans l’ancien siège nous étions moins de 200 personnes sur 5 000 m².
ETS – Comment se déroule l’intégration d’Automatic Alarm, un acteur de poids dans la sécurité électronique, racheté fin 2017 ?
M.M.– Effectivement, Automatic Alarm sera consolidé dans nos comptes en 2018 seulement. C’est une étape importante de notre histoire, car cette entreprise possède des compétences que nous n’avions pas. Son intégration se passe très bien, car nous respectons sa culture et qu’elle est en bonne santé. Les équipes travaillent déjà ensemble pour proposer une offre élargie au-delà de la surveillance humaine. Ce qui va dans le sens du marché. Chaque année, notre activité intégrant de la technologie gonfle de 2% à 5% selon nos segments.
ETS – Etes-vous prêts à réaliser d’autres acquisitions ?
M.M. – Je suis totalement ouvert à d’autres opérations de croissance externe dans les domaines technologiques et de la télésurveillance.
ETS – Etes-vous en train d’abandonner le segment de clientèle des enseignes de distribution ?
M.M. – Nous arrêtons les contrats avec les grandes marques alimentaires, mais pas avec les enseignes spécialisées non alimentaires ou les indépendants qui n’ont pas du tout la même politique tarifaire. Il est devenu économiquement impossible de travailler avec la grande distribution alimentaire. Elle a épuisé le top 20 de notre profession. La sécurité n’est d’ailleurs pas la seule industrie qui fasse le même constat.
Conséquence, notre CA sur ce segment est passé de 55 M€ en 2015 à 42 M€ deux ans plus tard. Sur le plan juridique, nous avons fusionné la filiale Securitas Distribution avec Securitas Surveillance en octobre dernier.
ETS – Comment expliquez-vous votre retour à l’USP que vous aviez quitté en 2015 ?
M.M. – Je pensais qu’en créant un vide cela ferait bouger les lignes, mais on ne peut pas dire que cela a été le cas. La profession vit en ce moment un vrai moment charnière et elle est totalement désarmée pour résoudre les défis auxquels elle est confrontée. Certes, il y a eu une prise de conscience mais il nous reste à agir, en faisant autrement que la manière dont on a fait depuis trente ans.
Alors que notre monde change, les organes représentatifs de la profession restent sur d’anciens schémas de pensée. Le moment est donc venu de rassembler les bonnes volontés pour mettre en chantier une profession forte et unie. Il y a des barrières à faire tomber. Il faut d’autres outils que l’USP ou le SNES, même si leur attitude est moins antagoniste. L’étape suivante consiste à passer des paroles aux actes en créant un projet commun sur le plan de l’économie, de l’éthique, des compétences, des ressources humaines, etc.
Répartition du CA de Securitas France en M€
2017 2016
Surveillance 1 432 421
Mobile 83 83
Aviation 81 74
Télésurveillance 35 33,5
Accueil 23 24
Réponse (sécurité temp oraire) 8 11,5
Formation 5 5
Risk Management 1 3
1 – Y compris Securitas Distribution