Matthieu Le Taillandier : « Stanley reprend sa place de leader »

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Le PDG de Stanley Security France annonce que l’entreprise sera en croissance légère en 2020 malgré la crise sanitaire.

 

PDG de Stanley Security France depuis 2017 (voir ETS n°617), Matthieu Le Taillandier accorde à En Toute Sécurité sa première interview depuis sa nomination. Il dévoile la stratégie de reconquête du marché.

En Toute Sécurité – Suite à l’acquisition particulièrement complexes de trois entités voici une dizaine d’années — Générale de Protection, ADT et Niscayah —, votre entreprise a connu une période de profonde réorganisation. Celle-ci est-elle aujourd’hui terminée ?

Matthieu Le Taillandier – Ces trois entités avaient une culture et des expertises différentes, mais elles forment aujourd’hui un groupe homogène et unifié. La remise en ordre opérationnelle est achevée.

En 2019 et 2020, nous avons massivement investi dans nos data centers, dans l’automation de certaines tâches et dans le traitement des données. Nous avons également regagné la confiance de nos clients, ce qui s’est traduit par la signature de nombreux contrats avec des sociétés leaders dans leur domaine, mais aussi avec des PME.

C’est un travail considérable de reprendre notre place de leader dans la sécurité électronique. Cela implique de combiner une excellence opérationnelle avec des services à valeur ajoutée et la digitalisation des processus.

Concrétisation de ces efforts, l’entreprise a renoué avec la croissance en 2018, tandis que 2019 a été une très bonne année.

 

ETS – Votre portefeuille de clients était très largement constitué d’enseignes de distribution et de banques. N’est-ce pas trop réducteur ?

  1. L. T.— Effectivement en 2017, cette part était trop importante. Depuis, nous avons développé les segments de l’agro-alimentaire, de l’énergie, de la logistique et des data centers. Nous n’étions pas très présents sur les marchés publics et nous sommes en train d’y remédier grâce à des contrats passés notamment avec les ministères de l’Intérieur et de la Justice.

Je tiens à préciser qu’il n’est pas question pour nous d’entrer sur le marché résidentiel : ce n’est pas notre expertise.

 

ETS – Quel est votre principal chantier actuel ?

  1. L. T.— Notre reconquête du marché passe par l’intégration des nouvelles technologies afin de proposer des services à valeur ajoutée. Nous avons entamé une stratégie digitale offensive à partir de 2019 et cette transformation est clairement notre priorité n°1. Nous commençons d’ailleurs à en récolter les fruits.

Il ne s’agit plus de fournir seulement de l’information brute et des alarmes à nos clients, mais de leur communiquer de l’information qualifiée en la traitant de manière unifiée pour qu’elle soit exploitable. Nous voulons leur apporter une visibilité à 360 degrés en imaginant sans cesse de nouvelles solutions.

Cela passe notamment par la poursuite de la modernisation de nos quatre PC de télésurveillance. Nous avons ainsi investi plusieurs M€ sur ce sujet et espérons obtenir la certification Apsad P5 au premier trimestre de l’année prochaine. Au-delà de la télésurveillance, il s’agit aussi de faire converger les données provenant de la vidéosurveillance, de l’alarme, du contrôle d’accès et de la sécurité incendie.

Ce vaste chantier n’est pas encore terminé, car il demande un gros travail en matière de processus, d’automatisation et d’outils de pilotage. Nous avons par exemple créé un portail clients leur permettant de gérer les urgences en cas d’alarme dans le cadre d’un écosystème de décision plus large. Nous menons cette expérience avec une petite dizaine de clients opérant dans la banque, l’énergie et la distribution.

Sur un marché de la sécurité électronique extrêmement fragmenté, qui d’autre que nous pourra leur proposer cette expérience unifiée et digitalisée ?

 

ETS – Comment se déroule l’exercice 2020 dans le contexte de crise sanitaire ?

  1. L. T.— Tout d’abord, je voudrais préciser que 2019 s’est traduit par une croissance à deux chiffres en termes de prises de commandes.

Nous n’avons pas cessé nos activités durant le confinement. Même si nous avons enregistré un net fléchissement durant cette période, nous serons en croissance légère sur l’ensemble de l’année. Des secteurs très affectés par la crise comme les hôtels et restaurants représentent moins de 5% de notre portefeuille clients. Nous avons la chance d’avoir désormais un panel de secteurs très large. Cependant, notre bénéfice net ne sera pas en progression.

 

ETS – Comment appréhendez-vous l’année 2021 ?

  1. L. T.— Nous devrons développer notre capacité à travailler autrement. Nos clients n’ont jamais eu autant besoin de sécurité et nous serons force de proposition : la sécurité électronique permet de réduire leur coûts et améliorer les services.

 

ETS- Stanley Security a vendu en octobre dernier plusieurs de ses filiales en Europe. La France ne risque-t-elle pas de suivre le même chemin ?

  1. L. T.— Le groupe a décidé en juin 2018 — lors d’une réunion à Paris — d’investir dans la transformation digitale et de rester présent dans les pays européens où nous sommes n°1 ou n°2. Cela a logiquement conduit à se séparer des filiales où il ne serait pas possible d’atteindre ce but comme l’Allemagne, la Suisse ou le Portugal. Pour sa part, la France joue un rôle stratégique en Europe. Tout comme les pays scandinaves ou la Grande-Bretagne, d’ailleurs.

 

ETS – Allez-vous reprendre votre politique d’acquisitions en France ?

  1. L. T.— Effectivement, nous avons mené des discussions actives durant la période pré-covid avec plusieurs entités réalisant un CA supérieur à 10 M€. Ces discussions ont été mises entre parenthèse à cause de la pandémie.

Nous sommes intéressés soit par des entreprises possédant une solide expertise technologique, ce qui nous ferait gagner du temps sur le plan de l’innovation, soit disposant d’un parc de clients conséquents ce qui augmenterait notre taille critique.

De plus, nous voulons attirer des talents et cela est parfois plus aisé en réalisant une opération de croissance externe. Cela ne nous empêche pas pour autant de recruter : nous cherchons à embaucher plus d’une centaine de personnes dans les prochains mois, ayant un profil d’ingénieurs, de techniciens, de marketing, etc.

 

Un comité de direction recomposé

Tous les membres du comité de direction ont été nommés depuis l’arrivée de Matthieu Le Taillandier à la tête de l’entreprise en 2017.

Il comprend :

Thibault de Coligny, directeur commercial grands comptes, 46 ans, venu de Checkpoint Systems ;

Bernard Caillau, directeur des régions, 56 ans, venu d’ADT (Stanley Security) ;

Pascal Morin, directeur des opérations, 52 ans, venu de Niscayah (Stanley Security) ;

Hoai Nguyen Doan, directeur Monitoring, 38 ans, venu de Fenwick Linde et Thales ;

Vincent Poty, transformation digitale SaaS, 45 ans venu d’Orange Business Services  ;

Thierry Beauregard, directeur produits et solutions, 53 ans, venu de Sensormatic ;

Elsa Dogliotti, directrice des ressources humaines, 45 ans, venue de Swissport ;

Alexandra Fine, directrice financière, 37 ans, venue d’Honeywell  ;

Alexandre Falletta, directeur des systèmes d’informations, 41 ans, venu de Générale de Protection (Stanley Security).

 

Propos recueillis par Patrick Haas