Manpower met l’homme au cœur de sa politique sûreté

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Même si Manpower a abandonné depuis plus de 15 ans le fameux dessin de Léonard de Vinci comme logo de sa marque, le spécialiste de l’intérim et du recrutement reste fidèle à ses valeurs en mettant l’homme au cœur de sa politique sûreté.

« Pour être efficace, la sûreté ne doit pas se limiter à du contrôle d’accès ou de la vidéoprotection. Elle doit intégrer des sessions de formation et de sensibilisation de l’ensemble du personnel. Mais surtout ne pas être déconnectée du reste de la vie de l’entreprise et du quotidien de ses collaborateurs. Pour cette raison, j’ai créé un poste de responsable sûreté de proximité », explique Ismaël Clermont, directeur sûreté du groupe en France, lors d’une interview exclusive accordée à En Toute Sécurité.

Une démarche lancée en août 2018 à la suite du rachat par l’un des leaders du secteur — Manpower fait partie du trio de tête avec Adecco et Randstad — de la société Proservia, spécialisée dans le service numérique pour les entreprises. Car sur les 8 000 collaborateurs français actuels du groupe, seule la moitié travaille pour la marque Manpower.

« La sûreté Manpower a été initiée pour répondre essentiellement aux problématiques d’incivilités dans les agences. Celle mise en place initialement chez Proservia, marque de ManpowerGroup, était dédiée à la protection de l’information. Il a ainsi été décidé de créer une direction sûreté ManpowerGroup, afin d’optimiser la protection des personnes. Mais également celle des biens matériels comme immatériels, ainsi que de l’image pour l’ensemble des entités du groupe en France », confie Ismaël Clermont.

 

Un prestataire unique pour la vidéosurveillance

Situées en centre-ville, ouvertes au public et destinées à accueillir des candidats, des salariés ou des travailleurs intérimaires, les agences restent cependant les plus exposées en termes d’incivilités.

« Nous sommes en cours de déploiement des équipements de vidéoprotection et la moitié des agences sont déjà équipées. L’objectif premier est la dissuasion par la retransmission des images en temps réel sur un écran à l’accueil. Elles pourront également être utilisées à des fins d’investigation en cas d’incident. Ce déploiement nécessite cependant un accompagnement, afin de faire comprendre à nos collaborateurs que ce système n’est pas destiné à leur surveillance, mais à leur propre sécurité », décrit Ismaël Clermont.

Ces installations de vidéosurveillance des agences, de même que la sécurisation technique de l’ensemble des entités du groupe (centres de services, de gestion, sièges sociaux…, soit une vingtaine de bâtiments) a été confiée à un prestataire unique pour l’ensemble du territoire, suite à un appel d’offre lancé en 2019. Il a été remporté par l’entreprise Vedis.

Pour ses agences, Manpower ne fait pas appel à des prestations d’agents de sécurité. Saut si un risque majeur est identifié, par exemple si un individu menace d’agresser un collaborateur ou d’effectuer des dégradations. Leur  mission consiste alors à rassurer les employés par leur présence et sécuriser les accès. Car la notoriété et la portée symbolique de l’entreprise américaine — souvent associée au pouvoir et à une politique libérale en matière d’emploi — peut représenter un risque pour ses locaux et ses employés.

« Il y avait une veille qui existait déjà à ce sujet. Mais je l’ai étoffée et étendue à une véritable démarche d’intelligence économique. Nous sommes cependant relativement épargnés par rapport à certaines actions ciblées que peuvent subir d’autres grandes marques de renommée internationale comme la nôtre. Nous restons cependant très vigilants. Surtout lorsque le parcours de manifestations comme celles de ces derniers mois, passe devant l’une de nos agences », explique le directeur sûreté.

 

Une cellule « incivilité »

Les collaborateurs doivent donc se sentir accompagnés et préparés à faire face ce large panel d’éventualités. Tous disposent ainsi sur leur combiné téléphonique d’un numéro permettant de joindre à tout moment une cellule « incivilité ». Cette permanence est assurée par un ancien gendarme. Fin connaisseur du cadre légal, de la gestion de conflit et doté d’une grande capacité d’écoute, il est capable de conseiller un collaborateur en situation difficile. Il peut aussi prendre en main la conversation téléphonique afin de dédramatiser l’échange et éviter qu’une confrontation dégénère. 

 

Manpower en chiffres

Manpower le groupe

  • 6 entités : Manpower, Manpower Group Solutions, Proservia, Experi, FuturSkill, Right Management ;
  • 8 000 collaborateurs  ;
  • CA de 4000 M€.

Manpower l’intérim

  • 3 950 collaborateurs  ;
  • 80 000 clients ;
  • 562 agences ;
  • 2 millions de missions contractées ;
  • 94 600 intérimaires en poste chaque jour en moyenne.

 

« Nous voulons surtout faire prendre conscience à tous nos collaborateurs qu’ils sont les premiers acteurs de la politique sûreté », insiste Ismaël Clermont. C’est ainsi qu’un programme sensibilisation sur la gestion des tensions et des incivilités sous forme de vidéo va être déployé auprès des directeurs de secteurs et d’agences. « Il consiste notamment à introduire la notion ”d’ambassadeur de sûreté”, plutôt que celle de ”référent”. Il ne s’agira pas pour ces acteurs de mener à bien une mission, mais d’endosser un rôle. Basée sur le volontariat, cette communauté permettra de créer une interface avec nos services au plus près du terrain. Et de favoriser ainsi la remontée d’informations, entre collègues », ajoute-t-il.

 

Ecole interne de formation

Cette acculturation aux problématiques de sûreté va également se réaliser dès l’arrivée de nouveaux collaborateurs grâce à l’ouverture d’une véritable école interne de formation, dont la première promotion vient d’être lancée. D’une durée de onze mois en alternance avec un CDI à la clé, ce parcours permet de former les élèves aux process spécifiques de Manpower en matière de recrutement. Il intègre également une approche sûreté du métier. « Il s’agit notamment de les former à la résolution d’éventuels conflits, de sécuriser leurs recrutements et d’apporter ainsi à nos clients le profil le plus fiable possible, grâce à des outils leur permettant de vérifier le parcours, le savoir-faire et la fiabilité du personnel proposé », affirme Ismaël Clermont. Une politique sûreté grâce à laquelle le directeur sûreté du groupe en France espère appuyer à terme sa direction, composée à ce jour de seulement six personnes dédiées à cette tâche. 

 

Ismaël Clermont : de l’intérieur à l’intérim

Officier de renseignement pour la DST, puis pour la DCRI, Ismaël Clermont quitte le ministère de l’intérieur pour intégrer le groupe Safran comme responsable sûreté établissement du siège durant trois ans. Il entre ensuite chez Manpower Group comme responsable sûreté de Proservia en août 2017, avant d’être nommé directeur sûreté de l’ensemble du groupe un an plus tard. Ismaël Clermont est également membre de l’Agora des directeurs sécurité.

 

Enquête de Pierre-Olivier Lauvige