L’accord a été signé entre Alain Ovadia (à gauche) et Benamar Bahlil
Nouvelle redistribution des cartes dans la surveillance humaine : après le rachat ce mois-ci de Prosegur par Fiducial (lire page 3), c’est au tour de Luxant de prendre une participation majoritaire dans Octopus Sécurité, une société plus grosse que lui. Deux poids moyens, dont le rapprochement en fait un nouveau leader du secteur.
« Les deux entités vont rester indépendantes et aucun changement organisationnel ou suppressions de postes n’est prévu. Grâce à une complémentarité géographique totale dans les territoires et au niveau des clients, nous visons des synergies importantes », souligne Benamar Bahlil, président fondateur de Luxant Group, au cours d’un entretien exclusif accordé à En Toute Sécurité.
« Avec un CA cumulé qui dépassera 140 M€ en 2020 et des effectifs supérieurs à 4 500 salariés, nous entrons dans le top 10 des entreprises de sécurité privée », ajoute le dirigeant.
Un challenge pour Luxant
En effet, Luxant a réalisé un CA de 53,45 M€ en 2019 avec 1 940 salariés. Avec les 71 M€ d’Octopus, on arrive sur le papier à 124 M€ l’année dernière. Le nouveau groupe se hisserait comme n° 9 du gardiennage, juste derrière Samsic Sécurité et devant Protectim, selon l’Atlas d’En Toute Sécurité, entrant dans le carré très recherché des dix leaders de cette profession. Il devrait même figurer au 8e rang si l’on prend en considération la disparition de Prosegur après son rachat par Fiducial. En 2020, il est possible que Luxant se place au 7e rang.
Selon l’accord, Benamar Bahlil prend la présidence d’Octopus Holding et de ses filiales. Luxant détient une « très grosse majorité » d’Octopus, tandis que son président, Alain Ovadia, reste actionnaire minoritaire et conserve sa place au conseil de surveillance d’Octopus Holding « le temps nécessaire ». Cette répartition du capital va évoluer dans l’avenir. Luxant ne s’est pas appuyé sur un fonds d’investissement pour réaliser cette opération et son dirigeant insiste sur son autonomie financière qu’il veut conserver dans le futur.
« Nous partageons la même vision d’avenir, qui passe par beaucoup d’innovation », ajoute Benamar Bahlil, évoquant un projet 2025 « intéressant et ambitieux, misant sur la digitalisation de l’entreprise et la montée en compétences de nos agents sur les nouvelles technologies ».
Outre les synergies commerciales, Luxant pense également à des achats groupés, de même qu’à une rationalisation pour la télésurveillance : son PC qui gère 1 500 raccordements pourrait accueillir les quelques centaines d’Octopus actuellement confiés à des sous-traitants.
Par ailleurs, le groupe réfléchit à son développement international qui passerait par des solutions innovantes.
Spécialisé à l’origine dans le gardiennage, Luxant a rapidement souhaité devenir un acteur global de la sécurité, se diversifiant vers des prestations à valeur ajoutée. En 2013, l’entreprise concrétise cette volonté avec la création de Luxant Technologies, dédié à la sécurité électronique et aux drones de surveillance, tandis qu’un PC de télésurveillance était créé (voir ETS n°554). En 2017, Luxant s’associe à Azur Drones pour un partenariat commercial et technique sur les applications de sécurité (voir ETS n°629).
Outre le gardiennage (Luxant Security) et la sécurité électronique (Luxant Technologies), le groupe est présent dans la formation (Luxant Institute), l’accueil (Luxant Facilities) la cybersécurité (Luxant Cybersécurité) et a monté un pôle de recherche & développement qui comprend une dizaine d’ingénieurs (Luxant Innovation) avec une sortie de nouvelles solutions prévue pour le début 2021.
Créé en 2001 par Benamar Bahlil, qui a été stagiaire puis commercial dans une entreprise de sécurité, Luxant s’est tout d’abord appelé E2S (Evolution Services Sécurité) pour prendre son nom actuel en 2012. Le groupe, qui était très présent à l’origine sur les segments de la grande distribution, du tertiaire, des salles de cinéma et de quelques grands comptes, a récemment diversifié sa clientèle en se développant dans l’industrie, notamment les sites Seveso, mais aussi dans le secteur hospitalier, les ambassades, les musées ou l’hôtellerie de luxe.
Octopus, une prise de choix
En rachetant Octopus Sécurité, Luxant met la main sur un poids moyen historique de la sécurité. Avec un CA de 71 M€ en 2019, assorti d’un bénéfice net de 1,84 M€ et des effectifs de 2 200 personnes, il se positionne n°13 du gardiennage et comme un acteur secondaire dans la formation en sécurité.
En janvier dernier, Mourad Chenaf, son directeur général, nous expliquait que la société est « aujourd’hui en ordre de marche » (voir ETS n°668). « Nous avons restructuré le service commercial, pris des mesures pour améliorer le fonctionnement de l’entreprise, engagé la digitalisation des process, renforcé l’encadrement supérieur », précisait-t-il.
Un processus de modernisation semblait en effet indispensable : créée en 1983 par Roland Collet et sa femme Marie-Claude sous le nom de SNGST, l’entreprise cultivait la discrétion et une conception traditionnelle du management. Voici cinq ans, elle n’avait par exemple toujours pas de site internet.
La société a réalisé sa première acquisition en 2010, en reprenant les actifs d’Angelis, alors en redressement judiciaire (voir ETS n°469 et 475). Roland Collet, figure emblématique de la profession, est décédé en juin 2016 (voir ETS n°614 et 615), ce qui a incité son épouse à céder SNGST. Ce sera fait en juin 2017 et son repreneur, Alain Ovadia, PDG de CMS Group, affichait justement sa volonté de miser sur l’innovation et d’assainir les relations sociales (voir ETS n°641). Cette mutation est symbolisée par le changement de nom en Octopus Sécurité, début 2019.
Après une baisse d’activité en 2017, Octopus a repris le chemin de la croissance, avec même une accélération en 2019. Parmi ses clients, on compte d’importants comptes publics comme la SNCF, la RATP, des préfectures, des universités, mais aussi Aéroports de Paris ou Carrefour.