En Toute Sécurité – Vous prenez la présidence du GES au moment où la profession semble de nouveau agitée par des divergences entre ses organisations. Pensez-vous que ce phénomène va perdurer ?
Luc Guilmin – Ne repartons pas dans les querelles du passé. Durant la guerre d’ego qui a sévit à l’époque de l’USP et du SNES, la défense de la profession a été oubliée.
Avec la création du GES, la profession dispose d’une organisation patronale forte, unique et représentative — avec un taux de 83,43% — qui doit travailler en collaboration avec les autres syndicats de la branche : le SESA, pour la sûreté aéroportuaire et le GPMSE pour la télésurveillance. J’ai d’ailleurs proposé au SESA d’être invité permanent au conseil d’administration du GES.
C’est donc un message d’unité que je lance.
ETS – Néanmoins, l’ADMS est en train de monter en puissance avec l’adhésion récente de plusieurs entreprises figurant parmi les ténors. Votre message d’unité s’adresse-t-il également à cette organisation ?
L.G.– Je serai ravi d’accueillir tout le monde dans nos commissions de travail. J’invite toutes les entreprises de la branche qui veulent s’investir à rejoindre le GES, même celles qui pourraient avoir des opinions divergentes. Je leur dis : « venez discuter au sein de notre organisation ». Je vais d’ailleurs entamer un tour de France pour aller à la rencontre de nos adhérents. Toutes les sensibilités sont le bienvenu.
En fait, le programme de l’ADMS me semble assez proche du notre. Voir un second syndicat émerger ne me parait pas la bonne solution. Il ne serait pas très constructif de s’agiter en dehors d’une organisation représentative, telle qu’est la nôtre.
Je regrette également que certaines grandes entreprises n’investissent pas beaucoup de temps dans l’activité syndicale pour faire évoluer notre profession.
ETS – Le nombre d’adhérents du GES a-t-il diminué depuis sa création ?
L.G. – Bien au contraire ! Nous étions 130 membres à la création de l’organisation en juin 2019 et nous sommes aujourd’hui environ 180. Le conseil d’administration vient de valider six nouveaux dossiers de candidature. Il s’agit plutôt de petites structures : Invictus Security, Aero Sûreté Services Antilles-Guyane, Amalys Sécurité, Union Access Security, ABC Sécurité, Protect Service.
Tous les mois, nous acceptons entre un et cinq demandes d’adhésion.
ETS – Le GES a-t-il-vocation à regrouper uniquement des entreprises de surveillance humaine ou à élargir son activité à l’ensemble de la branche sécurité, c’est-à-dire à la sûreté aéroportuaire et à la télésurveillance ?
L.G. – Cela n’est pas interdit par nos statuts, mais il faut maintenir les équilibres de la branche. Le GES doit travailler en collaboration avec les autres organisations de la branche : le SESA et le GPMSE. Si nous avons créé une commission technologie, c’est parce que le métier de la surveillance humaine évolue dans ce sens. Nous n’avons pas vocation à remplacer le GPMSE.
ETS – Pensez-vous que la profession sera prête pour assurer de manière satisfaisante la sécurité des Jeux Olympiques de 2024 ?
L.G. – La crise sanitaire n’a pas aidé à faire avancer ce dossier. Voici deux mois j’étais inquiet, mais je suis plus confiant aujourd’hui, car les choses commencent à bouger réellement. Cependant, il est vraiment temps de s’y mettre.
Nous participons activement aux réunions de travail et nous voulons être force de proposition. Actuellement, les thèmes étudiés sont l’évaluation des effectifs à mobiliser, les programmes de formation à monter et les passerelles entre la surveillance humaine et les technologies. Sur ce dernier point, nous commençons à travailler avec l’AN2V et le Gicat qui regroupe de nombreuses entreprises de haute technologie.
Les revendications du GES doivent être prises en compte. A cet égard, les appels d’offre, qui doivent être lancés en 2022, seront le véritable juge de paix. C’est l’image de la sécurité privée et de la France qui est en jeu.
ETS – Justement, comment valoriser la profession ?
L.G. – Nous avons fait des propositions constructives et nous négocions certains dossiers cruciaux. Je pense notamment à la question des classifications et des augmentations de salaires associées pour laquelle les réunions paritaires GES-SESA-GPMSE et partenaires sociaux se déroulent sur un rythme mensuel. J’ai bon espoir d’aboutir en 2022.
Il y a urgence, car je rappelle qu’il y a 10 000 postes ouverts en permanence que nous n’arrivons pas à combler. Sans oublier le pic supplémentaire occasionné lors des grands événements de 2023 et 2024.
Le GES travaille également sur un véritable plan alternance. La formation initiale pour obtenir une carte professionnelle n’est en effet juridiquement pas compatible avec l’alternance, si bien qu’il faut modifier la réglementation. Nous pensons qu’il est possible de former 20 000 alternants sur quatre ans.
ETS – Etes-vous satisfait de la proposition de loi Sécurité Globale adoptée par l’Assemblée Nationale qui doit encore être étudiée par le Sénat en mars ?
L.G. – Nous sommes satisfaits du texte concernant la protection juridique des agents et pensons qu’il faut aller plus loin concernant la sous-traitance. Le taux de 50% qu’il serait interdit de dépasser est trop élevé : il faudrait descendre à 20%. Cette question ne devrait pas être traitée par une loi, mais par un décret afin que ce pourcentage puisse évoluer dans le temps. De même, le nombre de rangs de sous-traitance ne devrait pas être de deux comme proposé, mais de un seulement. Il faudra certainement aménager une exception pour les télésurveilleurs qui ont un modèle économique particulier.
Nous déplorons que notre proposition de garantie financière n’ait pas été retenue. Nous estimons que cela coûterait 1 000 € par an pour une petite entreprise, ce qui ne mettrait pas en péril sa santé financière mais contribuerait à lutter contre le dumping social. Enfin, la suppression de la validation des acquis d’expérience dans le texte n’est pas une bonne chose. A ce stade, la proposition de loi constitue néanmoins une belle avancée.
Propos recueillis par Patrick Haas, Rédacteur en chef