Luc Guilmin : « Accélérer la transformation de Securitas France »

Nommé président de Securitas France en juin dernier, en remplacement de Michel Mathieu, Luc Guilmin a réservé en exclusivité sa toute première interview au journal En Toute Sécurité. Il nous dévoile sa stratégie et ses objectifs.

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Nommé président de Securitas France en juin dernier, en remplacement de Michel Mathieu, Luc Guilmin a réservé en exclusivité sa toute première interview au journal En Toute Sécurité. Il nous dévoile sa stratégie et ses objectifs.

 

En Toute Sécurité – Votre mandat à la tête de Securitas France se situe dans une logique de continuité ou de rupture ?

Luc Guilmin – Clairement dans la continuité. La stratégie ne change pas d’un millimètre. Elle est inscrite depuis longtemps par le groupe, reposant sur trois piliers : les hommes, les compétences et la technologie.

Ma nomination va dans le sens d’un renforcement de cette stratégie, en raison de mon expertise en sécurité électronique. En effet, il faut accélérer la transformation de l’entreprise vers davantage de technologie. Pour rester leader du marché, nous devons proposer une combinaison plus étroite entre surveillance humaine et sécurité électronique. Cela permet d’offrir une meilleure qualité de service et de faire face à l’augmentation des coûts.

Avec le rachat d’Automatic Alarm en janvier dernier, nous avons renforcé notre expertise en technologie : nous sommes désormais armés pour proposer des solutions adaptées.

 

ETS – Quelles ont été vos premières décisions ? On parle du départ de deux directeurs, Patrice Goin et Jacques Delille.

  1. G. – Il était nécessaire d’adapter l’organisation de l’entreprise vers davantage d’horizontalité et moins de niveaux hiérarchiques. De même, il s’avérait indispensable de mieux partager les expertises pour qu’elles profitent aux différentes activités. Les deux directeurs que vous citez ne s’inscrivaient pas dans cette stratégie et ils n’ont pas été remplacés à leur poste. Désormais, il y a deux patrons pour la Surveillance humaine (l’un pour la région Ile-de-France et l’autre pour les autres régions), un directeur pour les activités Sécurité mobile et Télésurveillance, un patron pour Securitas Technologie et Xavier Gondaud qui reste sur le segment aéroportuaire. Jean-Marc Valckenaere prend la tête d’une entité regroupant les différentes expertises de l’entreprise dont le conseil et la protection rapprochée. Aucun nouveau dans le comité de direction, uniquement de la promotion interne.

Depuis ma nomination, j’ai rencontré les salariés, de même que les clients pour faire connaissance et échanger sur nos métiers et nos compétences. Il est vrai que nos solutions doivent désormais passer par la technologie. C’est l’un de nos piliers stratégiques.

 

ETS – En raison de votre passé à la tête de sociétés de sécurité électronique puis comme directeur de la division électronique de Securitas France, certains craignent que vous ne privilégiiez cette activité au détriment de la surveillance humaine…

  1. G. – Il n’est évidemment pas question que Securitas ne propose demain que de la sécurité électronique ! La bonne solution, c’est un mix des deux.

Je rappelle que Securitas France est en retard dans ce domaine, puisque la part des solutions intégrant de l’électronique est monté à 13-14% après le rachat d’Automatic Alarm contre 18% pour le groupe. Il faut donc rattraper ce retard, voire dépasser la moyenne européenne, ce qui peut passer par des acquisitions.

 

ETS – Quelles sont vos cibles privilégiées ?

  1. G. – Nous sommes à l’écoute d’une bonne opportunité, notamment dans la télésurveillance ou la sécurité électronique. Il s’agirait d’acquérir une compétence que nous n’avons pas ou de se renforcer sur le plan géographique. Nous regardons aussi le monde des start-up. La logique serait de racheter une société en bonne santé. Nous avons plusieurs dossiers en cours d’examen.

 

ETS – Comment se déroule l’intégration d’Automatic Alarm ?

  1. G. – Elle se passe très bien avec un processus en ligne avec nos objectifs. Nous sommes très satisfaits de cette opération et c’est également le cas chez Automatic Alarm. L’entreprise est en croissance et commence à contribuer à la transformation du portefeuille de Securitas France. Le retour des clients d’Automatic Alarm et de Securitas est très positif.

 

ETS – Les résultats 2018 de Securitas France seront-ils du même niveau que ceux de 2016 et 2017 ?

  1. G. – Vous le savez, le marché se tend, si bien que 2018 sera plus difficile. Les prestations supplémentaires liées aux attentats terroristes ont totalement disparu. Néanmoins, Securitas est le mieux armé pour affronter les changements qui se produisent, la guerre des prix qui fait des ravages et une augmentation des coûts significatifs, estimée entre 5% et 7,5%. Par exemple, la nouvelle obligation de formation continue concerne 3 000 agents de sécurité en 2018 et plus de 5 000 l’année prochaine, tandis que la transformation du CICE en allègement de charges n’est pas neutre et que les allègements Fillon sont repoussés dans le temps.

Il va falloir gérer le décalage entre l’augmentation de nos coûts et la nécessaire augmentation de nos tarifs. Pour cela, il faudra proposer davantage de services à valeur ajoutée pour convaincre nos clients du bien-fondé du budget en fonction de la solution.

En 2018, notre activité sera en croissance, mais nous n’avons pas encore d’idée précise pour 2019. Nous pensons cependant que les prix resteront tendus l’année prochaine. Nos résultats dépendront de notre capacité à faire absorber les augmentations de tarifs par nos clients.

 

ETS – Etes-vous prêts à proposer des prestations d’agents armés ?

  1. G. – Il manque encore certains points sur le plan législatif et il faudra assurer la formation des agents concernés, si bien que les entreprises de sécurité ne sont pas aujourd’hui en mesure de signer des contrats. Nous sommes prêts mais nous voulons le faire dans de bonnes conditions. Nous serons donc attentifs à la qualité : si ce marché est seulement basé sur les prix, cela ne nous intéressera pas.

 

ETS – Où en sont vos projets d’intégrer des drones de surveillance dans des contrats de sécurité ?

  1. G. – Nous sommes en position de veille. Les contraintes du cadre législatif sont complexes. Je pense que nous utiliserons plus rapidement des robots pour la sécurité : les technologies sont prêtes et les clients examinent attentivement cette opportunité. Je pense que nous aurons une offre chez Securitas dans ce domaine en 2019.

 

ETS – Quelle est votre stratégie sur des niches comme la protection rapprochée et le conseil en sécurité ?

  1. G. – La protection rapprochée fait partie des services que nous voulons développer auprès de nos clients existants. De même pour le conseil en sécurité, y compris en effectuant de la croissance externe.

 

ETS – Comment analysez-vous le rapprochement en cours entre l’USP et le SNES ? Certaines rumeurs font état d’une adhésion de Securitas au SNES, tout en restant à l’USP.

  1. G. – Si cela pouvait aider à construire un syndicat unique, pourquoi pas ! Cela dit, le projet de rapprochement USP-SNES a l’air sur de bons rails, bien qu’un tel processus ne soit pas simple. Je pense qu’il existe une vraie volonté d’aboutir des deux côtés. Je serai ravi d’adhérer au futur syndicat unifié. L’unité serait un marqueur fort, qui permettrait de redresser l’image de notre profession. 

Propos recueillis par Patrick Haas, Rédacteur en chef