Les Yvelines misent sur la mutualisation de la vidéosurveillance

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Versailles, Saint-Nom-la-Bretèche, Rambouillet d’un côté…. Mantes-la-Jolie, Trappes, Les Mureaux de l’autre… Deux groupes de villes implantées à seulement quelques kilomètres les unes des autres. Et pourtant confrontées à des niveaux de délinquance diamétralement opposés.

Face à une telle disparité en matière de sécurité, le département des Yvelines veut faire jouer la solidarité territoriale, en lançant la première plateforme mutualisée de vidéosurveillance à la disposition des communes yvelinoises.

« Elles sont environ 260. Nous comptons rapidement connecter une quarantaine d’entre elles à notre centre départemental de supervision des images. A terme, une centaine de communes pourraient être concernées. Soit un réseau composé de plusieurs milliers de caméras », confie à En Toute Sécurité, Laurent Rochette, directeur général délégué d’Yvelines Numérique, l’Epic en charge du projet.

 

Des systèmes de vidéosurveillance différents

Initié par le département, ce projet s’inscrit dans la continuité des programmes de mutualisation numérique déjà engagés sur le territoire, notamment dans le domaine de l’éducation. Il répond également à la nécessité, pour le département, de mieux protéger ses sites administratifs et ses collèges (environ 200 sur le territoire) confrontés à l’augmentation des incivilités et des risques terroristes. « Cette problématique n’est pas spécifique aux Yvelines. Mais comme dans beaucoup de départements globalement calmes, il y a quelques points chauds. Et il s’avère important de mutualiser les ressources et les informations afin d’optimiser l’intervention de l’ensemble des forces de sécurité », insiste Laurent Rochette.

Ce fut notamment le cas en juillet 2016 lors d’une action coordonnée d’émeutiers à Chanteloup-les-Vignes, consistant à mettre le feu dans la cité de la Noé, dans le but de faire venir les secours. Puis à attaquer les pompiers à la sortie de leur caserne en leur jetant des pierres de ballast et des mortiers. Pour mieux intervenir face à ce type d’évènement, tous les acteurs concernés par la sécurité à l’échelle départementale (police nationale, gendarmerie et pompiers) sont impliqués dans ce projet, dont la première étape a consisté à faire un état des lieux.

« Nous nous sommes rapidement rendu compte de l’inadéquation entre les systèmes installés et les besoins actuels en matière de sécurité », confie le directeur. Tout d’abord en matière de compatibilité : c’est ainsi que sur les 116 collèges, la quasi-totalité se révèlent équipés de systèmes de vidéosurveillance différents, interdisant toute centralisation des informations. De même, l’obsolescence technologique du matériel installé limite leur utilisation à l’élucidation d’événements passés, sans permettre une véritable surveillance des sites en temps réel. 

 

13 M€ d’investissement

La mise à niveau et la centralisation de la vidéosurveillance des établissements du département a nécessité un premier investissement de 13 M€. Majoritairement financé par le Conseil départemental des Yvelines, il a été expérimenté sur 12 sites pilotes et aboutira à un dispositif optimisé et fonctionnel d’ici le milieu de l’année 2019. Il se compose d’un centre départemental de supervision, relié aux différents établissements à surveiller par le réseau de fibres optiques déjà installé par le département et doté de logiciels intelligents (analyse de flux d’images, détection automatique d’anomalies en temps réel…), permettant le déclenchement d’alarmes en cas d’incidents.

« Le projet ne se base pas sur le visionnage de vidéos en direct. C’est seulement en situation de danger que les images sont transférées aux opérateurs pour la levée de doute. Une telle démarche permet l’optimisation des ressources et le déclenchement automatique d’actions adéquates permettant ainsi aux forces de sécurité appropriées d’arriver au plus vite sur les lieux », précise Laurent Rochette.

La mise en place de ce système n’a cependant pas été aussi simple que prévu. Le département s’est notamment retrouvé confronté à la difficulté de recruter des opérateurs suffisamment qualifiés. De plus, le système a nécessité un très grand nombre de réglages avant de s’avérer véritablement opérationnel, en atteignant un taux acceptable de fausses alarmes.

Aujourd’hui, le département aimerait bien faire profiter le plus grand nombre de communes de son territoire de cet outil qu’il juge aujourd’hui comme ultra performant. « Notre démarche qui consiste à proposer des plateformes numériques mutualisées à l’ensemble des habitants du territoire afin d’accéder à des services de qualité, à moindre coût, se heurte cependant à plusieurs obstacles dans le domaine de la sécurité », regrette Laurent Rochette.

 

L’attrait de la vidéo-verbalisation

La première difficulté se révèle réglementaire. En effet, la législation empêche aujourd’hui la concentration en un point unique au niveau du département, d’images récoltées sur la voie publique. Ce qui serait en effet considéré comme un transfert des pouvoirs de police dévolus au maire sur sa commune, au niveau du département.

« Pour cette raison, nous parlons plutôt de la mise à disposition d’un système permettant d’accompagner le maire dans ses pouvoirs de police. Nous sommes actuellement un peu dans un dialogue de sourd avec l’Etat. Mais face au bon accueil de notre solution auprès des collectivités, je pense que la lecture des textes devrait évoluer », analyse le directeur.

La seconde inquiétude vient d’une population redoutant la mise en place d’un « Big Brother » départemental, sorte de boîte de pandore de toutes les dérives possibles en termes de libertés individuelles. Mais là encore, Laurent Rochette oppose ses arguments. « Bien en contraire, la concentration en un seul point de toutes les images favorise le contrôle de leur utilisation. D’autant que nos opérateurs sont tous embauchés en qualité d’agents publics », assure-t-il.

Reste la crainte pour les maires de se voir retirer une partie de leur pouvoir de police… Une réticence qui ne devrait cependant pas résister longtemps à l’appât du gain pour des communes en manque de recettes : ce réseau de vidéosurveillance peut facilement être utilisé à des fins de vidéo-verbalisation. 

 

Laurent Rochette : 30 ans d’expérience, dont 15 dans les services publics

Ingénieur télécom et titulaire d’une maîtrise de gestion, Laurent Rochette a travaillé durant 7 ans pour les mairies de Montbéliard, puis de Nanterre. Par la suite, il a intégré le monde des équipementiers en passant par Nortel, Alcatel, puis Evolynx (qui appartenait à Cegelec, racheté par Vinci, spécialisée dans les systèmes de supervision, contrôle d’accès, gestion des visiteurs, vidéosurveillance et anti-intrusion).

Il renoue ensuite avec les services publics, en rejoignant en 2016 Yvelines Numériques, comme directeur des opérations, puis directeur général délégué en décembre 2018.

 

 

Les Yvelines en chiffres

  • 2 284 km² de superficie ;
  • 262 communes (dont plus de la moitié rurale et 19 villes de plus de 20 000 habitants) ;
  • 1,4 million d’habitants (8e département plus peuplé de France) ;
  • 27,3 % de la population a moins de 20 ans ;
  • 577 200 emplois.

 

 

Enquête réalisée par Pierre-Olivier Lauvige