Les orientations de Stéphane Volant, nouveau président du CDSE

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Secrétaire général de la SNCF, Stéphane Volant a été élu le 20 septembre président du CDSE (Club des directeurs de sécurité et de sûreté des entreprises), en remplacement d’Alain Juillet dont le second mandat de trois ans était venu à échéance. Jean-Louis Fiamenghi (Veolia) et Eric Le Grand (Renault) restent à leur poste de vice-président.

Stéphane Volant a bien voulu répondre aux questions d’En Toute Sécurité, quelques jours seulement après son élection.

 

En Toute Sécurité – Le CDSE a noué des relations étroites avec les pouvoirs publics. Souhaitez-vous poursuivre dans cette direction ?

Stéphane Volant – Oui, tout à fait. Je voudrais même approfondir les partenariats déjà existants avec l’Etat mais également ceux avec les structures de formation et d’enseignement, écoles et instituts. Le CDSE doit se positionner comme un auxiliaire de la décision publique. Jusqu’à présent, il a été associé à certaines réflexions et a produit des orientations étayées et argumentées. Cependant, il existe des sujets sur lesquels il faut peut-être aller plus loin et pourquoi pas reprendre la question à la base. Je souhaiterais donc que notre club adopte un nouveau regard, qu’il ose penser autrement et même qu’il soit iconoclaste.

Le CDSE n’est pas un syndicat revendicatif, mais un réseau d’échange et d’entre aide. Il doit conserver cet esprit club, avec une confiance partagée entre les membres. Il doit pouvoir se mobiliser efficacement en temps de crise pour répondre à une menace qui toucherait l’un des adhérents ou notre pays. Je pense par exemple que nous aurions pu organiser notre mobilisation à l’occasion des tempêtes et ouragans qui ont frappé les Antilles car si plusieurs de nos entreprises sont intervenues, un comité spécifique au sein du club aurait permis de coordonner nos démarches et mutualiser nos ressources en lien avec la cellule de crise ministérielle.

ETS – Alain Juillet a entamé le développement à l’international. Ce sera aussi un de vos axes de travail ?

S. V. – Il faut évidemment accentuer cette orientation. Pas seulement pour protéger des salariés à l’étranger mais aussi pour s’inspirer des pratiques en vigueur ailleurs. Le conseil d’administration a mis l’accent sur l’Europe et les pays anglo-saxons mais nous allons aussi regarder par exemple en direction de l’Afrique.

ETS – Vos adhérents sont des directeurs sécurité de grands groupes. La diversification vers les PME annoncée voici plus d’une année semble un échec…

S. V.  – Ce n’est pas un échec mais c’est effectivement une préoccupation. Il faut les attirer chez nous, mais peut-être dans un autre lieu où ces entreprises ne se sentiront pas écrasées par les compétences et la présence des grands groupes. Je souhaite d’ailleurs aussi attirer les start-ups de la sécurité. D’une manière ou d’une autre, l’avenir de notre profession passera par le digital qui peut se révéler une aide à la décision et apporter des outils nouveaux. Je tiens quand même à vous indiquer que le nombre d’adhérents du club n’a cessé de croitre et si plus d’une dizaine nous ont rejoint cette année, nous pouvons encore en accueillir d’autres !

ETS – Notre sondage sur les intentions des directeurs sécurité montre qu’une large partie d’entre eux va réduire les dépenses. Est-ce raisonnable ?

S. V. – Nous allons également réaliser un sondage sur ce sujet. Il est vrai que certaines entreprises ont remis à niveau leur sécurité depuis 2015, si bien que des investissements n’ont pas lieu d’être reconduits. Néanmoins, dans certains domaines, comme celui de la cybersécurité, nous partons de tellement loin qu’il est vraiment nécessaire de continuer à investir.

Je tiens à souligner qu’il ne convient pas forcément de stigmatiser une baisse de budget ou d’encenser une augmentation : il faut repenser le process et remettre à plat le coût de la sécurité. L’efficacité réelle des dépenses doit être prise en compte, notamment en adoptant des solutions innovantes.

En fait, il faut aussi prendre en compte le « coût évité » : si un euro n’est pas investi en sécurité, ce sont souvent deux ou trois euros qui seront nécessaires après un incident. Investir dans la sécurité est toujours rentable : un salarié qui évolue dans un environnement sûr travaille mieux et un client revient s’il est rassuré. Un produit contrefait cause un grave préjudice à la marque qu’il copie, un réseau informatique piraté et c’est l’entreprise toute entière qui marche au ralenti…

ETS – Quel regard portez-vous sur la profession de directeur sécurité ?

S. V. – Leur profil n’a pas beaucoup évolué ces dernières années. Les directeurs sécurité sont essentiellement d’anciens militaires ou policiers. Plus la taille du groupe est important, plus leur grade est élevé !

Or, il existe des formations permettant à des salariés venus d’un autre univers d’arriver dans notre métier. Par exemple, après avoir recruté le préfet Christian Lambert, ancien chef du RAID, parce que la période exigeait un regard pointu sur certains sujets, j’ai choisi une vraie cheminote, Céline Sibert, en mai dernier, parce qu’elle connait les caractéristiques du personnel, des sites et des clients de la SNCF et elle apprend les questions de sécurité en équipe. Enfin, je suis certain que les décisions prises en matière de sécurité gagneraient à n’être pas seulement l’affaire de spécialistes en étant mieux partagées dans les comex. Pour ce faire, j’espère que certains directeurs de la sécurité prendront bientôt du galon en partageant davantage leurs préoccupations avec leurs présidents et directeurs généraux et en faisant plus souvent partie des comex.

ETS – Vous restez secrétaire général de la SNCF. Est-il possible d’assumer également votre mandat de président du CDSE ?

S. V. – Oui, car le CDSE repose sur des vice-présidents et des présidents de commissions formidables, une petite équipe de permanents dynamiques… Et j’ai la chance de ne dormir que quatre heures par nuit ! 

 

Alain Juillet :  « Ce n’est pas un adieu à la sécurité »

Président d’honneur du CDSE, Alain Juillet, 75 ans, a bien l’intention de poursuivre ses actions dans l’univers de la sécurité.

« Je vais continuer à travailler dans ce domaine qui me passionne. J’ai plusieurs projets, notamment je vais m’intéresser aux trafics illicites de toutes sortes qui aboutissent en fin de compte à un problème de sécurité », déclare à En Toute Sécurité Alain Juillet. Celui-ci reste au collège du CNAPS et poursuit son projet de campus européen de la sécurité à Lyon, dont la pré-étude sera achevée au 1er trimestre 2018. En coordination avec les pouvoirs publics, il concernera notamment les questions de formation.

« Durant mes six années de mandat, l’équipe a réussi à développer le CDSE au point de le rendre incontournable dans ses relations avec les pouvoirs publics. Nous avons également contribué à valoriser la fonction de directeur sécurité, qui devenu un métier complexe. D’ailleurs les récents recrutements effectués par des grands groupes pour cette fonction illustrent cette montée en compétence », affirme Alain Juillet.

« Le CDSE a établi des relations privilégiées avec les ministères concernés, se traduisant par des partenariats étroits », ajoute-t-il en expliquant qu’aujourd’hui la sécurité « ne peut plus être uniquement effectuée par l’Etat ».

Il estime « indispensable » que le CDSE, dont beaucoup d’adhérents sont des groupes internationaux, poursuive son développement à l’étranger.

 

Stéphane Volant : un fidèle de la SNCF

Administrateur de l’IHEDN et de la Fondation Saint-Cyr, Stéphane Volant, 51 ans, a tout d’abord travaillé auprès de plusieurs hommes politiques à l’Assemblée nationale, au Sénat et au Parlement européen, avant de diriger un cabinet de lobbying spécialisé dans le conseil aux Etats et aux gouvernements. Il rejoint la SNCF en 1996 comme conseiller du président puis comme directeur des relations institutionnelles.

Il quitte le groupe ferroviaire en 2007 pour être directeur des relations institutionnelles chez Vinci. Mais, dès l’année suivante, il retourne à la SNCF comme secrétaire général où il dirige les affaires publiques et exerce la tutelle de la direction de la sûreté, des affaires européennes, du développement durable, de la Fondation SNCF, de l’accessibilité. Il est membre du comité exécutif du groupe.

En octobre 2016, Stéphane Volant avait signé avec le SNES une charte des bonnes pratiques concernant les prestations de sécurité (voir ETS n°619). Il avait alors affirmé que la SNCF est le premier acheteur de sécurité privée en France avec un budget annuel de 100 M€ réparti entre 150 contrats signés avec des sociétés.