Pascal Pech se situe dans la continuité du programme de Jean-Pierre Tripet, tout en voulant l’accélérer.
Devant un auditoire étonné — car une grande partie des adhérents du SNES n’étaient pas au courant de sa décision—, Jean-Pierre Tripet a annoncé le 8 décembre au cours de l’assemblée générale de l’organisation patronale ne pas se représenter pour un second mandat de président. Il a expliqué cette décision très récente — et contraire à ses dernières déclarations selon lesquelles il se représentait — par un important projet dans l’univers du judo (lire encadré page 2).
Dans la foulée, come cela est prévu dans les statuts, un nouveau président a été élu en la personne de Pascal Pech, PDG de Panthera et ancien responsable sécurité de LCL (lire encadré ci-dessous). Comme cela a été souligné, il s’agit d’une « véritable relève de génération », puisque Pascal Pech est âgé de 43 ans alors que Jean-Pierre Tripet a 68 ans.
Dans un bref discours, Pascal Pech a annoncé l’élaboration d’une « feuille de route claire », se félicitant du recrutement de Cédric Paulin, directeur de cabinet du CNAPS, comme délégué général à partir de janvier prochain (voir ETS n°643), qui « va aider à structurer l’action du SNES ». Il a souligné que le SNES a démontré sa capacité à se renouveler grâce à son prédécesseur qui « a donné un rôle moteur à l’organisation en matière de dialogue social et sur le volet économique ».
« Je vais avoir besoin de toutes les énergies. Nous serons plus fort si la profession s’exprime d’une seule voix, si bien qu’il va falloir élargir notre action au-delà du SNES », a ajouté Pascal Pech. Comme en échos, Claude Tarlet, président de l’USP, a tenu à féliciter son homologue via Twitter le jour même de son élection. Et d’ajouter : « les liens de nos deux organisations doivent se renforcer autour de l’intérêt collectif de notre profession ». Au cours d’une interview exclusive accordée à En Toute Sécurité, le nouveau président a déclaré qu’il fallait entamer « une ré-ingénierie de la convention collective et faire évoluer le capital humain des entreprises de sécurité par un plan national de formation ambitieux et un dialogue social constructif et créateur de valeur ». « Je me situe dans la continuité du programme de Jean-Pierre Tripet, mais aussi dans son accélération en raison des nouveaux enjeux de sécurité », ajoute-t-il.
Dialogue constructif avec les donneurs d’ordre
Pascal Pech veut également « inclure la technologie dans le cursus des agents de sécurité pour rendre le métier plus attractif et pour fidéliser les collaborateurs. Il faut repenser la sécurité privée comme une intégration de moyens humains et technologiques, dans une logique de résultats et de valeur ajoutée ».
Le président du SNES veut « rétablir un dialogue constructif et responsable avec les donneurs d’ordre », se donnant pour objectif de lutter contre les pratiques déloyales et le dumping. Il fait ainsi remarquer que le Top 20 des sociétés de surveillance humaine ne travaille pas pour des marchés publics. « Certains sont tentés d’accepter des tarifs incohérents pour sauver leur entreprise, mais ce n’est pas la bonne solution », précise-t-il, en souhaitant remettre en avant le projet de garantie financière.
L’objectif à moyen terme consiste à se positionner comme un secteur à part entière, dans l’optique des Jeux Olympiques de 2024.
Concernant les relations avec l’USP, Pascal Pech affirme : « chaque fois qu’il sera possible de fédérer les énergies, nous irons dans cette direction ». Il n’est pas question pour autant de prôner une réunification des deux organisations patronales de la surveillance humaine, mais de « faire avancer le système ». Enfin, une nouvelle gouvernance du SNES se mettra en place, avec un nombre de commissions resserré, probablement au nombre de trois, « afin de mieux structurer l’approche » du syndicat. « Travaillant en mode agile et collaboratif », elles pourraient ainsi être consacrées au capital humain, à la défense des entreprises et aux nouveaux enjeux.
Pascal Pech : un parcours atypique
Officier de gendarmerie, ancien responsable sécurité de la banque LCL, Pascal Pech est devenu chef d’entreprise en rachetant en 2014 le groupe de sécurité de Michel Ferrero (voir ETS n°573), qui était à l’époque président du SNES.
Diplômé de l’Ecole militaire interarmes de Saint-Cyr Coëtquidan, titulaire d’un master sécurité publique, Pascal Pech a fait une carrière de quinze ans dans la gendarmerie en débutant en 1993 au 68e régiment d’artillerie d’Afrique à La Valbonne et Mayotte. En 2000, il est nommé commandant de peloton puis commandant d’escadron. En 2005, il devient chef de projet pour la création et l’entrainement de l’unité d’intervention de la gendarmerie de Djibouti. De 2006 à 2008, il est officier des opérations à l’état-major du commandant de la force de gendarmerie mobile et d’intervention.
Il change alors complètement d’orientation en passant dans le privé comme responsable sûreté sécurité de LCL, assurant la sécurité de l’ensemble des sites (2000 agences, immeubles administratifs et siège). Il est élu vice-président d’Agora des directeurs sécurité Paris puis co-président en 2012 (voir ETS n°527).
Il abandonne ces deux fonctions en juin 2014 pour préparer la reprise du groupe Michel Ferrero, basé à Chambéry (voir ETS n°568). Plus connu sous le nom d’ETS-SRA, l’entreprise est rebaptisée Panthera et accentue alors sa diversification hors du gardiennage en misant sur l’intégration de nouvelles technologies (voir ETS n°623). Rentable, la société a réalisé un CA de 17,76 M€ en 2016 contre 15,1 M€ l’année précédente et vise environ 20 M€ en 2017.
Jean-Pierre Tripet : une passion pour le judo
Capitaine de l’équipe de France de judo pendant quinze ans, plusieurs fois champion de France, 8e dan, deux fois champion d’Europe en équipe, Jean-Pierre Tripet aligne un beau palmarès dans sa discipline.
« Appelé par la Fédération, je souhaite me consacrer totalement au judo, mais sans pour autant bouder la profession de la sécurité », déclare à En Toute Sécurité l’ancien président du SNES qui est vice-président de la Fédération en charge de la culture et de la sécurité. Sa décision de ne pas se représenter à la tête du SNES découle de l’acquisition fin 2017 du complexe sportif du Grand Dôme de Villebon-sur-Yvette, dans l’Essonne, par la Fédération, lui donnant ainsi un nouvel élan.
Bénéficiant d’une expérience de 35 ans dans la sécurité, élu en novembre 2014 président du SNES (voir ETS n°577), Jean-Pierre Tripet estime qu’il ne doit plus rester au conseil d’administration du SNES, compte tenu de sa nouvelle situation professionnelle.
« Le SNES est entre de bonnes mains. Il est bien positionné et davantage présent que par le passé. Je suis très satisfait que le SNES et l’USP travaillent désormais ensemble. Il faut d’ailleurs multiplier les échanges avec d’autres organisations comme nous l’avons fait dans la formation avec l’Unafos », ajoute l’ancien président.
Celui-ci affirme qu’il faut accentuer les efforts d’imagination sur le plan intellectuel sur ce que sera la sécurité de demain. « Je suis choqué que quelques leaders pensent que les dirigeants de petites sociétés ne soient pas capables de réflexion sur l’avenir », souligne Jean-Pierre Tripet, en faisant visiblement allusion au Cercle de la Sécurité Privée.
Malgré les actions du CNAPS, « il faut mieux contrôler et réguler les entrants dans la profession, par exemple en créant une garantie financière », explique-t-il enfin.