de gauche à droite : Claude Tarlet (USP), Pascal Pech (SNES) travaillent à la réunion de leurs organisations pour 2019, tout comme Jean-Christophe Chwat (GPMSE) et Ivan Marciano (USP technologies)
Régulièrement critiquée pour la division de ses organisations patronales, la profession de la sécurité privée est en train de remédier à ce qui constitue un de ses signes d’immaturité. Simultanément, les deux organisations de la surveillance humaine — l’USP et le SNES — et celles de la sécurité électronique — GPMSE et USP Technologies — sont entrées dans une nouvelle phase de discussion en vue de fusionner.
Dans les deux cas, une nouvelle structure apparaitra — dotée d’un nouveau nom —avec l’objectif de finaliser le processus vers l’été prochain.
Le dossier parait plus aisé pour mener à bien la future fusion dans la sécurité électronique que dans la surveillance humaine, en raison d’un passé moins compliqué et moins conflictuel. Des déclarations d’intention devraient d’ailleurs être prononcées dès le prochain colloque annuel d’USP Technologies le 15 novembre à Paris.
Discussions USP-SNES dans la discrétion
Le rapprochement entre l’USP et le SNES — encore impensable voici seulement un an — se présente aujourd’hui sous les meilleurs auspices, même si le processus parait complexe et délicat. « Il existe une réelle volonté d’avancer ensemble et je ne vois pas de difficulté particulière qui pourrait faire échouer le projet. Tous les clignotants sont au vert », indique Claude Tarlet, président de l’USP, au cours d’un entretien accordé à En Toute Sécurité.
« Je suis confiant. Le constat sur la situation de la profession est partagé par tous, tout comme les solutions à apporter. L’unité est importante vis-à-vis des clients, des pouvoirs publics et pour le dialogue social », nous déclare Pascal Pech, président du SNES, qui réaffirme sa « volonté d’aller jusqu’au bout du processus ».
Le conseil d’administration respectif des deux organisations se sont formellement prononcés en faveur d’un rapprochement. Un comité de pilotage composé de six personnes — trois provenant de chacune des deux entités — s’est déjà réuni le 24 octobre afin de faire un premier état des lieux. A noter que le président de l’USP et celui du SNES ne font pas partie de ce groupe de travail et qu’aucun des deux ne sera candidat à la présidence de la future organisation.
Fait inhabituel qui en dit long sur le caractère sensible de ce processus : les membres du comité de pilotage se sont engagés à ne pas divulguer d’information sur l’état d’avancement des discussions et sur leur contenu.
Les sujets sont complexes (lire l’interview de Claude Tarlet dans ETS n°659 du 1er septembre) : rédaction des statuts et des règles de fonctionnement de la future organisation, définition des modalités de la transition vers la nouvelle entité (dissolution de l’USP et du SNES puis création d’une nouvelle structure ou alors fusion ou absorption), choix d’un nouveau nom. De plus, les questions financières, de ressources humaines et de logistique doivent également être abordées, sans oublier celle de la représentativité. Le sujet est crucial, car une organisation nouvellement créée n’est pas tout de suite représentative, ce qui risque de bloquer le dialogue avec les partenaires sociaux.
Un travail d’harmonisation doit donc être mené et un compromis sera à trouver. L’ambition consiste à présenter le projet de rapprochement et ses modalités aux assemblées générales de l’USP et du SNES vers la fin du second semestre 2019, afin que l’unification soit effective au cours du 3e trimestre.
Processus en cours pour GPMSE et USP Technologies
Le dossier se présente différemment pour les deux organisations de la sécurité électronique. D’une part, parce que les relations n’ont jamais été tendues comme elles ont parfois pu l’être entre l’USP et le SNES. D’autre part, parce que les tractations durent depuis plus de deux ans (voir ETS n°621). Comme dans la surveillance humaine, les instances des deux organisations de la sécurité électronique ont voté le principe d’un rapprochement.
« Alors que plusieurs réformes importantes sont en préparation, nous ne serons audibles que si nous parlons d’une voix unique. Tous les acteurs sont d’accord sur cela et ce rapprochement se fera inéluctablement », déclare à En Toute Sécurité Jean-Christophe Chwat, président de GPMSE Fédération.
« Une volonté commune existe pour que cette fusion se réalise », nous indique Ivan Marciano, président d’USP Technologies.
« Nous sommes tombés d’accord sur le principe que tous les adhérents de GPMSE et d’USP Technologies soient réunis sous une seule entité. Cette dernière chapeautera trois entités opérationnelles : les acteurs de la télésurveillance, les acteurs de l’intégration et de l’installation, tandis que nous conserverons notre filiale dédiée à la formation », précise Jean-Christophe Chwat.
Actuellement les discussions portent sur les statuts de la future organisation. La télésurveillance fait partie du périmètre réglementé de la sécurité, mais pas l’installation de systèmes de sécurité électronique. Cela pourrait d’ailleurs changer prochainement, car son intégration fait partie des propositions de la mission parlementaire (voir ETS n°660 et 662).
Les réflexions ont bien avancé sur le nom de la future entité. D’ailleurs quatre noms ont été déposés à l’INPI et l’un d’entre eux sera proposé d’ici décembre prochain. Il contiendra probablement le mot « numérique » ou « digital ». Le nom « Fédération française de la sécurité électronique et du digital » avait été évoqué en février dernier pour remplacer GPMSE Fédération (voir ETS n°648).
La question de la gouvernance n’a pas encore été complètement réglée. Un problème qui demande du doigté, car les deux syndicats n’ont pas la même taille ni la même histoire (lire page 5) : 150 adhérents chez GPMSE et moins de quarante pour USP Technologies. Ce dernier, créé en 2012 en se séparant de GPMSE (voir ETS n°521), compte des fabricants et des distributeurs, ce qui n’est pas le cas de GPMSE. L’ambition serait que les assemblées générales des deux organisations entérinent un accord final vers l’été prochain.
« Il faudrait probablement associer ADMS et Anitec à nos travaux, par exemple en travaillant ensemble sur des sujets communs », affirme Jean-Christophe Chwat. L’ADMS a un périmètre plus large puisqu’il regroupe des sociétés de sécurité électronique et de gardiennage, tandis qu’Anitec rassemble aussi des acteurs du courant faible, dont les préoccupations ne sont pas toujours identiques à celles de GPMSE et d’USP Technologies.
Reste aussi à examiner les possibilités de fusion entre les deux organisations professionnelles de la formation en sécurité : Unafos, partenaire du SNES, et FPS, liée à l’USP. Un autre chantier stratégique.
Médiation interentreprises : position commune du CDSE, USP et SNES
Nouvelle manifestation du vent d’unité qui souffle sur la profession, le CDSE, l’USP et le SNES ont publié le 17 octobre dernier un communiqué commun sur les relations entre les prestataires et les donneurs d’ordre.
Cette initiative constitue d’ailleurs une première dans la profession, à mettre au crédit de la Délégation aux coopérations de sécurité et du médiateur interentreprises qui n’ont pas ménagé leurs efforts pour aboutir à un accord.
Les trois organisations signataires soulignent leur approbation de deux propositions en matière de régulation économique : l’instauration d’une garantie financière et la limitation de la sous-traitance à deux niveaux.
La caution financière « permettrait de s’assurer des capacités financières des entreprises de sécurité privée et de la volonté des dirigeants de s’inscrire durablement et de manière responsable dans le marché », indique le document. « L’encadrement strict de la sous-traitance est de nature à protéger la chaîne de valeur des pratiques déloyales et à renforcer le lien de confiance avec les clients en garantissant une traçabilité des prestations », ajoute le texte.
Les trois organisations se prononcent également pour la publication systématique des décisions d’interdiction temporaire d’exercice, des blâmes et des pénalités financières prononcées par le CNAPS. « Cet exercice de transparence sera de nature à permettre aux donneurs d’ordre de sélectionner, en pleine connaissance de cause, leurs prestataires », affirment-elles.
Les discussions sur ces sujets ont débuté fin 2017 (voir ETS n°657 et 662) et associent également des donneurs d’ordre publics : UGAP, ministère des Armées et ville de Paris. Les participants de la mission de la médiation ont souhaité suspendre leurs travaux afin de s’engager dans la phase de concertation sur les propositions de la mission parlementaire Thourot-Fauvergue.
De son côté, le collectif Urgence Sécurité, qui était présent à ces réunions par l’intermédiaire de deux de ses représentants, « se félicite de constater que les trois organisations professionnelles ont approuvé la mise en place de trois de ses demandes qui sont à l’origine de sa création en juin 2018 ».