Les nouvelles orientations stratégiques d’Erys Group

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Depuis qu’il a pris le contrôle du groupe en 2014, Stéphane Gérardin n’a jamais accordé d’interview à la presse. Pour En Toute Sécurité, il dévoile les axes de développement et les objectifs de cette entreprise extrêmement discrète.

 

 

 

Après une phase de réorganisation « conduite avec succès », Erys Group entre désormais dans une période de développement, déclare Stéphane Gérardin, actionnaire majoritaire de l’entreprise de services de sécurité et de défense, au cours d’un entretien exclusif accordé à En Toute Sécurité.

Cette nouvelle étape se concrétise par un changement de toutes les équipes et par la prochaine nomination comme présidente de Nathalie Félines, ancienne PDG de Risk&Co. Elle devrait être effective en février, « le temps que les dernières formalités administratives soient accomplies ». Elle succèdera à Christian Sommade, arrivé à ce poste en mars 2020 et qui reste par ailleurs délégué général du Haut comité français pour la résilience nationale (ex-HCFDC).

Ces changements résultent du départ début 2020 d’Arnaud Dessenne, ancien de Geos, autre acteur de la sécurité des sites sensibles, qui avait quitté son poste de président d’Erys Group en raison de « points de vue stratégiques divergents » avec Stéphane Gérardin, lui-même ancien président de Geos (voir ETS n°710).

« Nous allons désormais axer notre développement sur la sécurité renforcée des sites sensibles et dans l’ingénierie-conseil et la maitrise des risques, en mettant l’accent sur le secteur du luxe où la sélection des prestataires est plus rigoureuse », indique Stéphane Gérardin. Cet ancien cadre de la DGSE se définit comme n’ayant pas un rôle opérationnel ni de gestionnaire dans le groupe, mais d’actionnaire « très majoritaire », aux côtés de Patrick Braun, ancien dirigeant de Cisco Systems Europe.

Erys travaille ainsi sur des sites nucléaires, des sites Seveso seuil haut (voir ETS n°666) et plus généralement dans un environnement qualifié de « tendu », à l’instar de la mine de nickel en Nouvelle Calédonie ou 80 experts ont été dépêchés en renfort à l’occasion d’une attaque. Stéphane Gérardin rappelle qu’Erys est la seule société française autorisée à équiper ses agents d’armes longues, à la différence des armes de poing pour lesquels plusieurs sociétés sont habilitées.

En octobre dernier, Erys a annoncé un partenariat avec Chiron, société de formation dans les domaines militaires, de la police et de la sécurité privée (voir ETS n°729). Le groupe vient par ailleurs de créer Initiative pour le continuum de sécurité, un think tank et un cercle d’échanges avec des directeurs sécurité d’OIV.

Pour les métiers dans le luxe, Stéphane Gérardin estime qu’il est nécessaire de s’appuyer sur un encadrement dédié à ce métier et sur des outils sophistiqués, ce qui nécessite une formation initiale et continue pointue. Elle est assurée en interne. « L’univers du luxe est l’ADN historique du groupe », nous déclare Nathalie Félines, qui va tout particulièrement se charger de ce segment de clientèle.

« Erys va rechercher des synergies avec Geomines, spécialisé dans la dépollution de munitions, y compris sous-marines, dont je suis également la présidente. Nous allons faire des propositions communes », explique Nathalie Félines. Geomines a réalisé un CA de 5,3 M€ en 2021, en hausse de 20%, dont 30% à l’export et vise un CA de 6 M€ cette année.

 

Doubler de taille en cinq ans

Actuellement, la sécurité augmentée, c’est-à-dire les gardes armés, représente un tiers de l’activité globale d’Erys. Stéphane Gérardin explique que la société a très peu souffert de l’impact de la crise sanitaire, la petite baisse du 1er semestre 2020 étant largement compensée par la hausse du second. « En deux ans, nous avons réalisé un vrai bon en avant, puisque le CA est passé de 15 M€ en 2019 à 24 M€ en 2021 », indique-t-il. Le groupe a également augmenté sa rentabilité ces deux dernières années, avec un bénéfice d’exploitation désormais à 15%.

« Nous avons l’ambition de doubler de taille d’ici cinq ans, éventuellement par acquisitions, mais il existe très peu de cibles susceptibles de nous intéresser », annonce Stéphane Gérardin. Outre le luxe, Erys pourrait regarder des niches comme le transport d’objets de valeur, sachant qu’il assure déjà du transport de matières fissiles. La protection rapprochée « ne devrait pas faire l’objet d’efforts particuliers au niveau du développement », tandis que la priorité n’est plus portée sur l’étranger. Une agence est en cours d’ouverture à Lyon, en raison du nombre de sites industriels sensibles dans cette région. Fondé en 2010 (voir ETS n°493), le groupe ne souhaite pas entrer sur le marché de la sécurité électronique, estimant qu’il est un peu trop tard pour y songer et difficile de s’y faire une place.

« Erys a les moyens de ses ambitions. Nous disposons d’une belle trésorerie et les banques sont prêtes à nous suivre », affirme Stéphane Gérardin.

 

Nathalie Félines : une des rares dirigeantes dans la sécurité

Dans cette profession très masculine, Nathalie Félines fait figure d’exception : elle dispose d’une expérience de plus de vingt ans à la tête de plusieurs entreprises.

Colonel de réserve de la gendarmerie, elle est co-fondatrice en 2001 de Civipol Conseil, une société du ministère de l’Intérieur chargée d’élaborer des coopérations techniques à l’international. Elle occupe le poste de directeur général délégué pendant quinze ans et remporte plusieurs projets majeurs d’assistance aux états. Elle supervise également l’organisation de plusieurs événements comme le salon Milipol ou le centenaire de la police judiciaire parisienne.

En 2015, Nathalie Félines devient directeur général délégué de Risk&Co, spécialiste du conseil et de l’ingénierie en sécurité, avant d’en être PDG de 2017 à 2020, date à laquelle l’entreprise est rachetée par Anticip (voir ETS n°687 et 689). Elle reste aujourd’hui présidente de Geomines (dépollution pyrotechnique), ex-filiale de Risk&Co qui n’était pas compris dans le périmètre de reprise par Anticip.

Avec Guillaume Farde, ancien directeur de la stratégie de Risk&Co et Jean-François Rosso, dirigeant du groupe de sûreté Maegis, elle fonde en 2021 le cabinet Fidelis & Associés, spécialisé dans la sécurisation du développement économique des entreprises.