Ludovic Ouvry : ” Nous souhaitons nous diversifier en dehors du segment de clientèle de la défense”.
La PME lyonnaise spécialisée dans la création et la fabrication d’EPI adaptés aux risques NRBC cherche de nouveaux leviers de croissance. « Cela pourra passer par l’acquisition d’une société ou par l’intégration de nouveaux produits », a indiqué à En Toute Sécurité son président et fondateur, Ludovic Ouvry, à l’occasion d’un voyage de presse à son siège social de Lyon, le 15 mars. La société qu’il a lancée en 2003 et dont il détient 80% du capital compte 20 salariés et revendique une « croissance organique à deux chiffres entre 2011 et 2016 ». Pour 2017, néanmoins, le dirigeant s’est borné à annoncer un CA compris entre 5 et 10 M€, assorti d’une rentabilité positive. « Nous ne calons pas, mais nous cherchons des leviers de croissance externe » a-t-il assuré. Quelque 45 000 équipements et 4 000 masques de protection NRBC ont ainsi été vendus l’an dernier. En 2016, son CA s’élevait, selon les données de l’Atlas d’En Toute Sécurité, à 8,6 M€ pour un résultat net de 0,8 M€. Lancée il y a quinze ans au capital de 0,038 M€, la PME se voit confier son premier « gros programme » en 2005 par Sagem DS (actuel Safran Electronics and Defense) avec la protection NRBC des équipements militaires de type Félin pour un total de 22 000 tenues. La DGA et la gendarmerie (dont GIGN et PSPG) comptent parmi ses clients. Toutefois, « depuis cinq ans, nous avons commencé à réduire notre dépendance à la Défense. Aujourd’hui, 70% de notre activité y est encore consacré » sur un total de 450 clients, contre 100% en 2013, indique le dirigeant, âgé de 45 ans, qui est ingénieur textile et chimiste de formation. Il est aussi vice-président et cofondateur du groupement de PME de la défense et de la sécurité Eden Cluster. Les autres segments rassemblent d’une part des acteurs de la sécurité proprement dite : Sécurité Civile, police (Raid, BRI etc.), SDIS, les services de sécurité d’infrastructures critiques, des personnels de secours (SAMU, CHU, SMUR…), les transports publics (RATP), des ambassades ou des ONG comme Médecins sans frontières. En outre, la société se tourne de plus en plus vers le secteur industriel et prospecte les agriculteurs pour leur proposer des équipements de protection contre les risques d’exposition chronique aux produits phytopharmaceutiques et biologiques. Outillée pour les petites et moyennes séries, Ouvry fait appel à un réseau de partenaires, essentiellement français, et sous-traite par exemple auprès de Rostaing pour des gants de protection. Au total une cinquantaine de personnes composent le réseau des partenaires et la société dispose de 5 sites de production dont un seul en propre, à son siège.
Priorité à l’innovation et à l’export
Pour se démarquer de la concurrence sur ce secteur de niche aux fortes contraintes normatives, Ouvry mise sur l’innovation. En 2017, la société a ainsi développé sept nouveaux produits et consacre 15% de son CA à la R&D. Si les facteurs chimiques et biologiques sont au cœur de cette recherche, les propriétés physiologiques des équipements sont également importantes, insiste Ludovic Ouvry, afin de « proposer à nos clients des tenues qui ne réduisent pas leurs capacités opérationnelles ». Pour ces EPI de catégorie 3 (« dangers mortels ») l’entreprise défend une approche globale, proposant des combinaisons complètes mais aussi des éléments adaptés à la demande et des produits dédiés à l’entraînement. « Nous avons été les premiers à développer une véritable garde-robe spécialisée sur le NRBC », assure par ailleurs Ludovic Ouvry. Comme sa « Polycom-bi », son bestseller lancé en 2008 à la faveur d’un prêt de 0,1 M€ d’Oseo Innovation (aujourd’hui BPI France). Destinée aux primo-intervenants, elle offre pendant douze heures une protection radiologique et biologique, mais aussi contre tous les agents chimiques de guerre, et peut donc s’adapter à des profils très divers. Plutôt que d’étendre encore son catalogue — « Nous serions capables par exemple de faire des gilets pare-balles » indique le chef d’entreprise — la société préfère rester sur son cœur de métier et développer ses ventes à l’international. L’export, qui représente aujourd’hui 51% de son activité, devrait atteindre 90% d’ici dix ans, espère-t-il. Pour ce faire, Ouvry compte s’appuyer sur son segment Défense, de même que sur les ONG ou les ambassades.
En outre, la société, dont les équipements ont le statut de matériel de guerre, est soumise à des autorisations d’exportation pour vérifier qu’elle ne vend pas à des pays ennemis. Pour soutenir ces ambitions, cinq personnes, surtout des ingénieurs et supports commerciaux, devraient être recrutées d’ici la fin de l’année.