Les dossiers brûlants de 2019

Share

En conduisant de nouvelles réformes structurantes, le ministère de l’Intérieur va jouer – cette année plus qu’auparavant – un rôle déterminant pour l’avenir de la sécurité privée.

A bien des égards, 2019 sera une année cruciale pour la sécurité privée : plusieurs réformes structurantes en cours d’élaboration après la publication du rapport Thourot-Fauvergue, agents armés bientôt opérationnels, ralentissement de la demande alors que les coûts augmentent pour les entreprises, mutation accélérée vers les nouvelles technologies de sécurité, finalisation programmée des rapprochements entre plusieurs organisations patronales, dernière année pour la taxe CNAPS. De nombreux dossiers brûlants figurent ainsi au rendez-vous.

Certes, la profession a déjà connu de nombreuses échéances importantes, mais le millésime 2019 promet d’être historique. Notamment en raison des réformes qui pourraient profondément modifier ses missions.

 

Ne rien s’interdire

« Le fait que le ministre de l’intérieur ait déclaré en décembre dernier qu’il ne fallait rien s’interdire concernant la grande concertation sur les réformes à venir est un signal très positif », déclare à En Toute Sécurité Pascal Pech, président du SNES.

« Tout laisse à penser qu’un échange constructif sur l’avenir du secteur permettra des avancées significatives. L’attente forte des entrepreneurs sérieux concerne l’assainissement des pratiques de marché. Je tiens à souligner que les deux députés restent particulièrement impliqués pour donner une suite à leur rapport », nous indique Claude Tarlet, président de l’USP.

La concertation, qui devrait débuter dans les toutes prochaines semaines, va par exemple examiner les conditions dans lesquelles les agents de sécurité pourront intervenir sur la voie publique aux abords immédiats des espaces qu’ils sécurisent ou se voir confier des gardes statiques devant des bâtiments. Un vrai changement culturel qui semblait inconcevable voici seulement quelques années. Ce type de prestation se situe en effet à la frontière des missions régaliennes de l’Etat.

Parmi les changements qui font consensus, on peut citer l’instauration d’une garantie financière et la limitation de la sous-traitance. Une coopération mieux définie entre sécurité privée et sécurité publique est également à l’ordre du jour. « Le rôle des sociétés de sécurité durant les manifestations violentes de Gilets jaunes a montré que la coordination a bien fonctionné. Les pouvoirs publics sont prêts à confier de nouvelles missions à la sécurité privée, mais elles doivent être bien encadrées », souligne le président du SNES.

Certaines réformes demandent en effet des modifications législatives : Alice Thourot souhaiterait qu’une loi sur la sécurité soit votée dès cette année (voir ETS n°662), ce qui pourrait relever du tour de force compte tenu du calendrier parlementaire extrêmement chargé.

Mais tout ne coule pas de source pour autant. La possibilité d’armer les agents de sécurité — autre dossier emblématique, très révélateur de la nouvelle confiance des pouvoirs publics envers la profession — prend du retard. La loi votée voici tout juste deux ans (voir ETS n°627) n’est toujours pas applicable sur le terrain. Certains textes réglementaires ne sont toujours pas publiés. A tel point que Christophe Castaner a récemment déclaré que cette question « semble se heurter aux atermoiements de certains responsables ». A qui faisait-il allusion ? A des membres du ministère de l’Intérieur jaloux des prérogatives des forces de l’ordre ? A des organisations syndicales qui s’inquiètent des modalités de l’armement des agents de sécurité et voient avec circonspection l’élaboration d’un CQP dédié ? Toujours est-il que cette nouvelle prestation ne devrait pas être opérationnelle avant plusieurs mois, compte tenu des parutions réglementaires nécessaires, des délais de formation des agents et des agréments à obtenir pour les sociétés et les agents. Soit environ un an de retard par rapport au calendrier initial.

 

Enrayer la baisse des marges

Ces nouvelles missions confiées à la sécurité privée vont lui permettre de monter en gamme. Un défi à relever d’urgence, car l’ensemble du marché souffre d’une concurrence de plus en plus vive. « Malgré les progrès importants portés par le CNAPS, des acteurs peu scrupuleux tirent le marché vers le bas. Cela n’est pas compatible avec une ambition croissante en matière de continuum public-privé », analyse Claude Tarlet.

Après une croissance soutenue provoquée par une forte demande liée aux attentats terroristes de 2015 et 2016, les dépenses de sécurité sont aujourd’hui en stagnation complète, alors que l’environnement économique du pays se dégrade. Le sondage paru dans l’Atlas 2018 d’En Toute Sécurité le montre clairement : la majorité des directeurs sécurité annonce désormais des budgets en régression ou stables. Ils estiment avoir fait les investissements nécessaires pour rehausser le niveau de protection de leurs sites et n’anticipent pas de nouvelles dépenses significatives avant un ou deux ans.

Le coup de frein à la croissance a été perceptible dès le second semestre 2017, s’est accentué en 2018 et devrait s’amplifier cette année, selon les prévisions d’En Toute Sécurité. « 2019 sera une année très difficile pour notre secteur, mais elle sera, je l’espère, l’année de la prise de conscience et du sursaut collectif », déclare le président de l’USP.

Le ralentissement de la croissance s’accompagne d’une dégradation des marges, ayant pour conséquence logique un nouveau train de faillites d’entreprises. Les marges sont redescendues à leur niveau d’il y a cinq ans, relève Pascal Pech, président du SNES. « Sans dégager de marges, nous n’avons pas les moyens de nos ambitions. Nous devons nous donner les moyens de répondre au défi technologique et au défi de formation associé », estime pour sa part Claude Tarlet.

Luc Guilmin, président de Securitas France depuis juin dernier (voir ETS n°657), évoque une guerre des prix « qui fait ravages » et une augmentation des coûts significatifs, estimée entre +5% et 7,5%. « Il va falloir gérer le décalage entre l’augmentation de nos coûts et la nécessaire augmentation de nos tarifs », ajoute-t-il (voir ETS n°665). Un pari qui n’est pas gagné d’avance.

 

Le rapprochement des organisations patronales « bien engagé »

Autre dossier clé qui devrait aboutir en 2019 : le rapprochement de l’USP et du SNES dans la profession de la surveillance humaine et celui d’USP Technologies et GPMSE dans la sécurité électronique.

« La consolidation des organisations professionnelles jumelles est indispensable. Elle est très bien engagée. Ces processus doivent néanmoins être menés avec prudence et hauteur de vue. Ils demandent de trouver une place pour chacun, dans le cadre d’une gouvernance adaptée. Nous souhaitons tous des avancées rapides, mais la priorité est que les avancées soient solides et pérennes », affirme Claude Tarlet.

Même son de cloche du côté de Pascal Pech : il ne voit pas d’obstacle dans les discussions actuelles qui « suivent un calendrier normal ». Elles visent à instaurer un « bon équilibre » entre des organisations et des statuts différents.

« Nous devons poursuivre et amplifier cette construction d’un discours commun et d’une capacité d’action commune, pour un secteur toujours plus légitime, plus reconnu dans ses missions, et capable de mieux faire face à ses besoins de recrutement », déclare Claude Tarlet. Il en va en effet de la crédibilité de la profession. 

Patrick Haas, Rédacteur en chef