Les directeurs sûreté désemparés face au flou du déconfinement

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Obligation ou non du port du masque, déconfinement national ou régionalisé, réouverture ou pas des établissements scolaires… Dans plusieurs domaines liés aux mesures de déconfinement, le gouvernement semble cafouiller. Quand ce ne sont pas les ministres eux-mêmes qui multiplient les déclarations parfois contradictoires. Difficile dans ces conditions pour les professionnels de la sécurité des secteurs du transport, de la restauration ou des loisirs de préparer la reprise de leur activité.

Si la grande majorité d’entre eux a su, dès l’annonce par le président de la République le 16 mars dernier des restrictions de contacts humains et de déplacements, expliquer et communiquer sur leur démarche et les moyens mis en œuvre (voir dossier spécial dans ETS n°696), leur mission s’avère aujourd’hui beaucoup complexe. Voire quasi-impossible pour un métier essentiellement basé sur la mise en application de mesures claires, dans un contexte réglementaire défini.

Pourtant, pour certains d’entre eux un seul jour d’inactivité se chiffre en plusieurs milliers d’€ de pertes d’exploitation. Dans l’attente de la déclaration gouvernementale du 28 avril, il s’agit de se préparer afin de ne pas perdre une minute le jour « J » et de s’approvisionner dans un premier temps massivement en masques, élément indispensable à la reprise. Alors que l’Etat est empêtré dans des discussions sur leur homologation et les lourdeurs de son administration, tout en peinant à équiper son personnel soignant, le plus gros avion-cargo du monde affrété pour le compte d’une société privée s’est posé le 19 avril à Vatry (Marne) avec à son bord 150 tonnes de masques, gants, charlottes et blouses destinés à la lutte contre le coronavirus.

Même urgence financière pour d’Air France qui entend redémarrer très progressivement son activité. Le programme de vols de la compagnie aérienne, limité aujourd’hui à moins de 5% de ses capacités, doit en effet passer à 30% à compter du mois de juillet. Une décision allant cependant à l’encontre des règles de distanciation actuelle. Des images d’un vol Air France, entre Paris et Marseille, montraient en effet une cabine bondée en plein confinement. Tandis qu’Alexandre de Juniac, ancien patron d’Air France, qui dirige désormais l’Association internationale du transport aérien, déclarait : « Aucune compagnie au monde n’est capable de faire voler des avions seulement remplis à 50% ».

Même flou opérationnel et précautions de communication à la SNCF qui a l’intention de faire circuler plus de la moitié de ses trains pour le début du déconfinement. L’entreprise « souhaite » ainsi que le port du masque soit obligatoire dans les transports en commun.  Elle « envisage » un marquage au sol dans les gares pour guider les voyageurs, tandis que des vitres en plexiglas « sont à l’étude » pour protéger les agents en plus des masques, du gel hydroalcoolique et d’une désinfection systématique des postes de travail.

Désarroi surtout pour les directeurs sûreté des secteurs de l’hôtellerie et les loisirs, condamnés à ronger leur frein, jusqu’à l’annonce d’une réouverture encore plus lointaine (entre le 2 et le 20 juin) en France. D’ailleurs, ils se refusent à tout commentaire sur le sujet. La perspective est cependant un peu plus réjouissante pour ceux travaillant pour un groupe international : c’est notamment le cas pour le directeur sûreté du Club Méditerranée, déjà très occupé par la réouverture prochaine des premiers sites de l’entreprise en Chine.