En première ligne durant le premier confinement (lire nos enquêtes dans ETS n°694, 695, 696, 697 et 698), les responsables et directeurs sécurité le sont aussi durant le second. Néanmoins, leurs missions ont évolué, car la situation n’est pas identique d’un confinement à l’autre. Leur rôle étant d’anticiper, ils préparent activement le second déconfinement en plusieurs étapes… tout comme un éventuel troisième confinement. Cinq d’entre eux (représentant Paris Musées, La Française des Jeux, Caisse d’Epargne, Accor, Scyfco) s’expriment sur ce sujet.
(Par ordre alphabétique d’intervenant)
Enquête réalisée par Patrick Haas et Pierre-Olivier Lauvige
Bruno Ayrault
Nous saurons gérer un éventuel troisième confinement : il sera appliqué de la veille au lendemain. Nous y sommes prêts et bien rodés. La force de notre métier ce sont en effet les retours d’expérience en capitalisant sur ce qui a déjà été fait.
Malgré les difficultés liées à la crise sanitaire et ses conséquences sur nos investissements pour 2021 et 2022, la sécurité restera une priorité, représentant environ 10%-12% des dépenses totales.
Aujourd’hui, les dispositifs sont opérationnels pour la réouverture au public de nos musées. Le second confinement est différent du premier, car les établissements étaient fermés au printemps dernier, alors que les travaux, la maintenance et les projets sont actuellement en activité. Nous devons donc gérer les problèmes sanitaires et de sécurité, sans oublier que nous sommes en période Vigipirate Alerte Attentats.
Nous maintenons un niveau de sécurité élevé avec l’inspection des personnes et des matériels en entrées/sorties, de même que le suivi des activités opérationnelles. A l’occasion de cette crise sanitaire, notre métier a évolué puisque la sécurité est étroitement associée au services des ressources humaines pour l’analyse des besoins, notamment la répartition des effectifs, les jours travaillés et leur durée, etc.
Le plan de continuité d’activité s’est avéré complètement efficace, mais a dû être aménagé. Il comprenait deux configurations — établissement ouvert ou fermé — et nous lui en avons rajouté une troisième : fermé au public mais services techniques en activité.
Nicolas Brunet
Nous sommes prêts pour un troisième confinement. Notre parc informatique est adapté à un télétravail quasi-intégral et nous disposons d’un stock suffisant de masques et de gel. Notre outil de veille sanitaire et sécuritaire nous permet d’anticiper : c’est ainsi qu’avant le premier confinement le groupe a demandé à ses collaborateurs de rester chez eux, quelques jours même avant l’annonce du président de la République.
Notre PCA est en cours d’adaptation. C’est ainsi que nous avons monté un studio virtuel pour un jeu retransmis à la télévision. Nous avions fait un travail sur nos points faibles après le premier confinement et nous le ferons après le second. Nous avons poursuivi nos échanges sur les retours d’expérience avec les responsables sécurité de TF1, Microsoft, Coca Cola, Kering, Auchan, etc., tandis que la coordination avec les forces de l’ordre et les services de renseignements territoriaux — déjà très active avant la crise sanitaire — a été maintenue.
Nous avons augmenté la vigilance en matière de sûreté de l’information et intensifié nos efforts de sensibilisation du personnel, en raison de la forte recrudescence des cyberattaques en France, mais pas spécialement chez nous, d’ailleurs.
Nous n’avons pas prévu de retour du personnel en présentiel sur nos sites avant janvier. Le groupe est organisé pour cela, bien avant le premier confinement : la quasi-totalité des effectifs était déjà contractuellement en télétravail durant deux jours par semaine, équipés en smartphone et ordinateur dédiés.
Aujourd’hui, c’est seulement 2-3% des salariés qui sont sur site. Cela implique une organisation managérial différente afin de garder des relations sociales. Nous avons ainsi organisé un escape game à distance et la livraison de colis-cadeaux pour Noël. Le service sécurité a été organisé en deux équipes distinctes, présentes en alternance sur place, afin qu’elles ne se croisent pas afin de diminuer les risques de contamination.
Je tiens à souligner la grande disponibilité et motivation de notre prestataire de surveillance humaine — Torann France — chez qui il n’y a pas eu d’absentéisme notable durant cette période. Nous avons conservé l’ensemble des équipes d’agents de sécurité et même augmenté les rondes, après quelques tentatives de vols dans nos entrepôts.
Fabien Dhainaut
Nous avions bénéficié d’une bonne expérience lors du premier confinement et avons mieux organisé le travail à distance, y compris avec les services officiels. A la direction sûreté nous sommes 40% en présentiel et 60% à travailler à distance.
Nous avons gardé les agences ouvertes et pour celles qui ont fermé en raison d’un employé contaminé, nous avons renforcé la télésurveillance et transmis plus rapidement les informations nécessaires.
A la différence du printemps dernier, nous n’avons pas réellement eu à faire de la pédagogie auprès des salariés, car le personnel est respectueux des consignes de prévention. Et nous n’avons pas de problème de stock d’équipement de protection sanitaire.
Le PCA (plan de continuité d’activité) révisé durant le premier confinement s’est avéré efficace et optimisé, notamment avec la mise en place d’une grande transversalité entre les services RH, informatique, sécurité. Nous avons également renforcé nos moyens opérationnels par une task force plus réactive. Notre cellule de crise est restée en activité entre les deux confinements et aujourd’hui encore.
Nous sommes en veille permanente pour anticiper un éventuel nouveau confinement. Si cette situation se produisait, nous serons mieux armés grâce au développement de nouveaux canaux de communication avec la clientèle comme la signature électronique ou les visioconférences.
Christian Flaesch
Il faut savoir être humble. Autant nous avions pu anticiper la première vague, du fait notamment de nos implantations en Chine, à Singapour et en Italie, qui nous ont alerté sur la progression de l’épidémie, autant l’ampleur et la rapidité avec laquelle la seconde a frappé le continent européen étaient difficilement prévisibles.
Anticipation ou pas, il faut bien comprendre que les mesures, mises en œuvre par une entreprise confrontée à une crise sanitaire, sont soumises à trois contraintes. Celles liées aux annonces successives par le ministère de la Santé de l’évolution de la « couleur » des régions en fonction de la propagation du virus. Celles issues des différentes mesures édictées par la suite par le ministère de l’Intérieur en matière de confinement des populations. Et enfin, celles résultant des mises à jour par le ministère du Travail, des mesures réglementaires nationales à mettre en œuvre dans les différents secteurs d’activité. La moindre modification de l’une de ces contraintes, entrainant une révision de l’ensemble des mesures prises dans l’entreprise avec des conséquences sur le terrain pour la prise en compte de ces contraintes.
La première vague a ainsi déclenché des mesures de confinement très strictes, accompagnées de contrôles très formels. Chez nous, seule une poignée de collaborateurs était ainsi autorisée à venir travailler. Cette période nous a permis d’appréhender les notions de distanciation comme la mise en place de « jauges » dans les salles de réunion, de mettre en place des marquages au sol pour respecter les sens de circulation, et même de modifier la programmation des ascenseurs de notre siège social, afin de restreindre leur accès à quatre personnes maximums. La plupart de ces mesures ont cependant été maintenues durant la période totalement libre du déconfinement. Certaines ont été adaptées lors de la seconde vague comme le port du masque obligatoire même dans les open-space.
Si nos restaurants sont fermés depuis quelques semaines, la plupart de nos hôtels ont quant à eux toujours eu la possibilité de rester ouverts. Même s’ils ne recevaient pas de touristes… Nous avons proposé des hôtels d’hébergement à des malades positifs à la Covid désireux de s’isoler, des victimes de violences conjugales, ou des étrangers en situations précaires. En parallèle, avant même l’arrivée de la seconde vague, et afin d’accompagner la reprise d’activité dans l’hôtellerie et la restauration à la suite de l’épidémie de coronavirus, nous avons développé avec le Bureau Veritas le label « Allsafe » autour des mesures sanitaires, visant à certifier que le niveau de sécurité et des mesures d’hygiène sont adaptés à la prochaine reprise d’activité.
Xavier Latournerie
Nous avons vécu la première vague comme la plupart des acteurs économiques de notre secteur : une activité totalement gelée et une survie grâce aux aides du gouvernement. Entre les deux vagues, nous avons cependant formé environ 2 000 personnes. Un rebond essentiellement dû à des formations que nous avions déjà signées, notamment avec de grandes écoles. Ces partenaires exigeants ont su nous faire confiance et nous leur en sommes très reconnaissants. Cette période nous a cependant démontré nos capacités à reprendre une activité, dès lors que la pompe se réamorçait.
La seconde vague a été, quant à elle, plus compliquée à gérer. En effet, si le gouvernement nous permettait cette fois de continuer à conduire nos formations en présentiel — ce qui est le fondement même de notre pédagogie au service des entreprises qui s’appuie sur l’expertise militaire — le principe de précaution mis en œuvre au niveau des dirigeants d’entreprise, les a poussés à éviter tout contact pour leurs collaborateurs, de peur d’être tenus responsables d’une éventuelle contamination.
De même, effrayés par une communication massive et anxiogène, certains employés hésitent désormais à pratiquer toute activité nécessitant une certaine proximité. Un client me racontait ainsi, qu’il n’arrivait toujours pas à faire revenir ses cadres dans leurs bureaux, même pour quelques heures, alors que les opérateurs avaient déjà regagné leurs ateliers… On ne manage pas une équipe depuis chez soi en télétravail, via des outils de visioconférence.
Il en va de même pour nous. Le développement du leadership passe naturellement par un apprentissage académique, mais c’est par l’expérience vécue concrètement qu’il va vraiment pouvoir se déployer pour s’exercer quotidiennement ultérieurement. Nous avons adapté certains modules de formation notamment en matière de gestion de crise pour pouvoir les dispenser en distanciel. Mais tout n’est pas transposable de cette manière, au risque de dégrader la valeur de nos formations et de notre marque.
Depuis le premier confinement, Scyfco a ainsi mis en œuvre un protocole sanitaire très strict qui respecte les directives nationales. Port du masque et nettoyage systématique au gel hydroalcoolique ont été imposés à tous les participants. Nous avons même intégré la mise en œuvre de ces contraintes sanitaires à notre démarche pédagogique. Tout leader est en effet désormais appelé à prendre en compte ces mesures dans l’exercice de ses responsabilités. Nous insistons aussi sur la nécessaire prise de risque qui impose de savoir s’affranchir du principe de précaution pour oser prendre des risques calculés. C’est bien là le moindre qu’on puisse attendre d’un entrepreneur.