Les défis sécuritaires du U Arena

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The show must go on ! Alors que le monde du spectacle reste profondément marqué par le tragique concert des Eagles of Death Metal au Bataclan, ainsi que par celui d’Ariana Grande au Manchester Arena en Grande Bretagne, le tout nouveau U-Arena se retrouve aujourd’hui confronté à un véritable challenge en matière de sûreté : organiser comme premier événement dans cette enceinte de sport-spectacle installée au pied de la grande arche de La Défense, la venue des Rolling Stones, lors de trois concerts de 40 000 spectateurs chacun, les 19, 22 et 25 octobre. « Je ne suis pas l’homme qui dit non ! Il ne s’agit cependant pas de transiger avec les mesures à mettre en place, mais de trouver des solutions afin d’assurer la sécurité du spectacle », affirme Sylvère Jeanne, son responsable de la sûreté et de la sécurité lors d’une interview exclusive accordée à En Tout Sécurité.

 

Des rues sanctuarisées

Le challenge est cependant de taille. Tout d’abord en raison de l’environnement géographique de cet édifice construit en plein cœur de la ville de Nanterre, sur une parcelle réduite (préalablement occupée par un terrain de sport) et ne bénéficiant que de peu d’espace autour. « Entre le projet initial, conçu par l’architecte Christian de Portzamparc, et aujourd’hui, il y a eu la vague d’attentats », explique Sylvère Jeanne. Imposant à cet établissement totalement privé, d’étendre sa zone de contrôle des spectateurs sur la voie publique. C’est ainsi que certaines des rues adjacentes à l’Arena seront sanctuarisées lors de chaque évènement. De même, l’accès à une zone de 200 mètres autour de l’édifice sera sécurisé par une fouille systématique des sacs et des vêtements afin de déceler d’éventuels explosifs ou armes de guerre. Problème : certaines personnes habitent dans cette zone incluant notamment un hôtel et un immeuble d’habitations. « Afin de ne pas trop perturber leur quotidien, leur accès sera facilité dans la mesure où ils se seront préenregistrés », assure le responsable sûreté.

 

Barrières anti voiture bélier

Deuxième challenge : réussir à réunir autour d’une table, la multitude d’entités publiques et privées (Epad, les villes de Courbevoie, Puteaux, Nanterre, ainsi que la SNCF, la RATP…) impactées ou parties prenantes du projet. « Sur ce terrain, nous n’aurions pas pu réussir sans l’aide de la préfecture qui a supervisé et pris en charge l’organisation de réunions de travail régulières. Elle a aussi joué un rôle de médiateur ou de juge de paix en arbitrant et dénouant sans tension certaines situations complexes mêlant intérêts économiques ou politiques divergents », avoue Sylvère Jeanne.

Les problèmes d’implantation résolu, reste maintenant à cette plus grande salle de spectacle d’Europe, (32 000 spectateurs en mode stade de rugby, 40 000 spectateurs en mode concert, loin devant les 20 300 places du palais omnisports de Paris-Bercy…) à accueillir en toute sécurité ses premiers spectateurs. Elle a été accompagnée dans cette démarche par le cabinet spécialisé dans les problématiques de sûreté événementiel, OCPR. L’arrivée du public se fera majoritairement à pied à partir des parkings ou des stations de RER et du métro de La Défense, en passant par les routes attenantes fermées à la circulation pour l’occasion. « Nous avons investi 150 000 € dans les barrières anti voiture bélier de la société israélienne Mifram Security. Toutes nos rues sont également des voies de secours. Ce matériel capable d’arrêter presque tous les types de véhicules, y compris des camions lourds lancés à grande vitesse, se déplace facilement afin de permettre l’accès à d’éventuelles ambulances », explique le responsable sûreté de l’établissement. Ou aussi l’irruption des forces d’intervention.

De même, et afin d’éviter les trop grandes concentrations de public aux abords de l’édifice, l’organisateur a prévu d’étaler l’arrivée et le départ des fans de sport ou de musique, en leur proposant de se divertir ou de se restaurer avant ou après le spectacle (1h30 avant un match, deux heures avant un concert…).

 

Sept sociétés de sécurité référencées

La sécurité à l’intérieur de l’enceinte est assurée par sept sociétés référencées qui ont chacune un lot attribué. « Il s’agit principalement de sociétés parisiennes. Le morcellement de ces prestations nous permet de ne pas avoir à faire face à une pénurie de personnel, à l’occasion de l’organisation simultanée de plusieurs évènements de grande ampleur sur la capitale. Un évènement comme celui des Stones mobilise à lui seul 500 agents, pendant trois soirs », précise Sylvère Jeanne.

Et il s’agit là, de l’ultime défi, pour l’U Arena : mettre en place, sans aucune expérience préalable dans le bâtiment, l’un des plus gros dispositifs sécuritaires en matière de spectacle. « D’autant que les Rolling Stones, nous imposent des contraintes supplémentaires », ajoute Sylvère Jeanne. Hormis leurs propres agents dédiés à la sécurité des musiciens, dans les loges ou devant la « crash barrière », le groupe mythique de rock interdit tous les sacs de plus de plus de 12 cm sur 15 cm dans la salle, sacs à main compris ! « Heureusement, les adresses mails associées aux e-billets, nous ont permis de prévenir la totalité des spectateurs. Ils voulaient également, la mise en place de portiques de contrôle à toutes les entrées », indique le responsable sûreté. Mais le nombre d’appareils nécessaires (47), les a finalement poussés à renoncer.

Pour s’affranchir de tout imprévu le jour J, l’organisation a donc décidé de mettre en place deux évènements tests en grandeur réelle au début du mois d’octobre. « Traiteurs, hôtesses d’accueil ou agents de sécurité… Tout le monde devra y participer. Même le public sera simulé par une centaine de figurants. La préfecture, les forces de l’ordre et les services publics, seront également impliqués », explique Sylvère Jeanne. Seul avantage de cette inauguration mythique : l’âge des « papys du rock » ! « Les musiciens imposent en effet deux jours de repos entre chaque concert, ce qui nous permet de profiter de ces répits comme retour d’expérience. Les deux premiers nous permettront quelques ajustements. Au troisième soir, nous serons parfaits ! », confie Sylvère Jeanne.   

 

Sylvère Jeanne : un pompier à la sûreté

Sapeur-pompier professionnel, Sylvère Jeanne est titulaire d’un SSIAP 3, mais également d’un master en management et communication de structures culturelles. Il a notamment été en charge des cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux Equestres Mondiaux (20 000 personnes dans le stade d’Ornano, 200 chevaux, 400 artistes et figurants). Directeur d’exploitation du site Paris Event Center (50 manifestations par an, 12 000 m² couverts sur 43 000 m² de surface), avant de rejoindre en janvier 2017 le U Arena La Défense, comme responsable de la sécurité et de la sûreté.

          

Enquête réalisée par Pierre-Olivier Lauvige