Emmanuel Guyonnet : “Nous avons mis en place un programme spécifique dédié aux drones”.
La crise sanitaire est un « mal pour un bien » pour Thales, notamment dans le secteur des drones de surveillance avec la signature de plusieurs contrats. Le groupe de défense et d’électronique a par exemple passé un accord, en novembre dernier, avec l’opérateur gazier français Teréga. Thales va s’occuper de la surveillance des réseaux de transports de gaz en utilisant ses drones, à usage civil, sur des longues distances. Outre cette signature, la multinationale française va également déployer cette année une infrastructure de surveillance aérienne au centre opérationnel de Vantis, situé dans le Dakota du Nord (Etats-Unis).
« La crise sanitaire aura des conséquences fortes sur le développement des drones en légitimant davantage leur utilisation. Les opérations deviendront plus pertinentes avec l’avantage de promettre la livraison d’une mission sans quelqu’un à bord. Depuis deux ans, Thales a mis en place un programme spécifique dédié aux drones, s’appuyant sur un certain nombre de technologies car l’innovation viendra de cette branche d’activité. Le marché est très compétitif parce que foisonnant. Il va y avoir une concentration du marché dans les années à venir. L’adéquation sécurité et fiabilité va réellement être la clé pour Thales, c’est là que l’on doit concentrer les efforts. Nous nous devons donc d’être présents dans ce domaine », explique Emmanuel Guyonnet, directeur des programmes drones de Thales, lors d’un entretien exclusif accordé à En Toute Sécurité.
Task force de 60 personnes
La stratégie de Thales repose sur deux axes. D’une part, concevoir cette année des équipements pour sécuriser les vols des aéronefs, respecter leur trajectoire, garantir le respect du périmètre autorisé ainsi qu’implanter un système permettant aux forces de sécurité de reconnaître un drone. D’autre part, la commercialisation de ce service d’observation complet pour 2022.
« L’activité drones civils est essentiellement orientée vers du développement. On a pour soutien la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) qui nous aide à développer les innovations et lever les verrous technologiques. Cela représente un important investissement », poursuit Emmanuel Guyonnet.
Pour ce faire, Thales a constitué une task force d’une soixantaine de personnes réparties dans des bureaux à Elancourt, Valence, Bordeaux, Toulouse, Singapour et Crawley (Royaume-Uni). La vente des solutions se fera en direct auprès des opérateurs de drones ou via des distributeurs. Le grand objectif : pouvoir programmer des « opérations de grande élongation avec un drone capable de parcourir une zone au-delà de 20 kilomètres, et atteindre entre 150 et 200 km en 2022 », souhaite Emmanuel Guyonnet.
Partenariats internationaux
Thales collabore avec une dizaine de partenaires en France et à l’international. « Nous nous appuyons aussi sur des start-up et entreprises moyennes dont la majorité sont françaises », précise Emmanuel Guyonnet.
Bien que les prévisions de croissance fournies par l’Atlas 2020 d’En Toute Sécurité pour le secteur des drones tablent sur une progression faible de 6,2% pour un CA de 101,1 M€ et qu’il s’agisse d’un marché encore jeune, pas encore pérenne dans lequel les réglementations et les technologies ne sont pas encore stables, Emmanuel Guyonnet tempère : « Les réglementations commenceront à poindre cette année. C’est donc le bon moment pour vendre nos solutions car il y a un vrai besoin du marché avec des technologies qui vont nous permettre de répondre aux exigences de la réglementation européenne UAS (Unmanned Aircraft System, soit : aéronef sans équipage à bord) permettant de développer l’activité des drones civils sur le continent. »
Thales se montre en effet très actif depuis quelques années sur le marché des drones civils pour en devenir l’un des leaders mondiaux. Dès 2019, la société française a commencé à aiguiser ses appétits à l’échelle européenne en déployant son programme Watchkeeper. L’entreprise se veut à la fois maître d’œuvre et intégrateur de systèmes visant à promouvoir l’autonomie de l’Europe dans ce domaine. Toujours en 2019, le groupe s’est lancé, avec son programme EagleShield, dans la lutte contre les vols de drones malveillants survolant des sites sensibles.
Pour anticiper l’augmentation du trafic de drones, Thales a piloté pendant un an le projet Geosafe. Celui-ci s’est concrétisé en effectuant 280 tests de vols en France, en Allemagne et en Lettonie à des fins d’intégration des drones civils dans l’espace aérien. La société a noué un partenariat avec l’opérateur australien de télécommunications Telstra à des fins de gestion et de sécurisation des espaces aériens à basse altitude. La société a également eu recours à l’expertise de sa filiale Gemalto pour créer des solutions permettant d’identifier et de suivre en direct le parcours d’un drone.
Des chantiers qui ont donc été réalisés avec des enjeux business importants et pour faire face à la concurrence à l’échelle nationale et européenne, notamment celle du français Novadem, qui a remporté en 2019 l’appel d’offres du ministère de l’Intérieur pour une commande de drones de surveillance à hauteur de 2 M€ (voir ETS n°679). Malgré la discrétion du groupe sur les chiffres de son département d’aéronautique civile, les estimations de l’Atlas 2020 d’En Toute Sécurité tablent sur un CA 2019 de 8,90 M€ pour son activité drones de surveillance.
A l’échelle du groupe, Thales affiche un CA 2019 total de 19 milliards d’€. Quant à la partie défense et sécurité, elle a généré un CA de 2,14 milliards d’€, selon l’Atlas 2020. L’entreprise, dirigée par Patrice Caine depuis 2014, emploie 80 000 salariés, est présente dans 68 pays et a investi un milliard d’€ en recherche et développement par autofinancement.