Les ambitions de Deveryware dans la sécurité

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Spécialiste de la géolocalisation pour les applications de sécurité, la société veut continuer à élargir ses activités et son portefeuille de clientèle, après avoir déjà effectué trois acquisitions en quelques mois, annonce Alain Vernadat, directeur général de Deveryware, au cours d’un entretien exclusif accordé à En Toute Sécurité.

« Notre plan de cinq ans prévoit une politique active de croissance externe, une forte expansion à l’international, un développement étendu dans les outils logiciels et services liés à la sécurité et une part croissante de clients issus du privé par rapport à la sphère publique », explique le dirigeant.

Dans cette optique, Deveryware vient tout juste de renforcer significativement ses moyens financiers avec la prise de participation minoritaire du fonds d’investissement B & Capital, émanation du cabinet européen de conseil en accompagnement de direction générale Roland Berger, qui aurait apporté plusieurs M€, selon les estimations d’En Toute Sécurité, mais aussi ses compétences en analyse stratégique.

Appuyée par B & Capital, la société va poursuivre l’étude de plusieurs dossiers d’acquisition. « Nous réengageons des recherches de cibles si bien que nous pourrions probablement conclure une nouvelle opération cette année et deux ou trois autres en 2020 », annonce Alain Vernadat. Deveryware, dont « l’ADN est la combinaison de compétences informatiques pointues et la connaissance des applications de sécurité », vise des sociétés rentables conceptrices de logiciels ou de services innovants. Elle cite par exemple des domaines comme la vidéosurveillance ou la reconnaissance faciale associées à la géolocalisation, l’automatisation des processus d’enquêtes ou encore l’analyse des réseaux sociaux dans la gestion de crise grâce à l’intelligence artificielle.

 

Mutation de la demande pour les activités régaliennes

De plus, Deveryware estime que son marché initial a changé : l’État, son principal client à l’origine, a réinternalisé certaines tâches, si bien qu’il faut passer d’un modèle de vente de prestations à la commercialisation de logiciels packagées pour s’adapter au fait que  les autorités régaliennes assurent elles-mêmes ces activités de services. Le tout dans un contexte de budgets réduits. « Nous devons adopter une approche de volume avec automatisation des tâches », souligne le directeur général qui y voit une raison supplémentaire de se diversifier.

La société avait débuté dans la géolocalisation en temps réel de véhicules pour les télésurveilleurs ou les transporteurs de fonds puis dans l’aide à l’enquête sur requête de la justice ou des forces de l’ordre : géolocalisation de téléphones mobiles ou suivi de véhicules pour la recherche de personnes disparues, de suspects de terrorisme, d’activités criminelles ou de violence urbaine. Par sa technologie propriétaire, elle peut suivre plusieurs dizaines de milliers de mobiles en simultané.

Deveryware, dont les applications de sécurité représentent 85% de son activité, s’est ensuite diversifié dans les systèmes d’alerte avec niveau de criticité différents pour des collectivités puis pour des entreprises sensibles (centrales électriques, industrie chimique, hôpitaux, aéroports, etc.).

La part de l’État devrait donc significativement diminuer : de plus de 75% aujourd’hui à moins de 50% d’ici cinq à sept ans.

La diversification passera également par des efforts à l’international : l’objectif est de réaliser 30% des ventes à l’étranger d’ici cinq ans contre moins de 5% aujourd’hui. Après avoir créé des bureaux au Canada, en Espagne, au Sénégal des projets sont à l’ordre du jour en Amérique du sud, probablement en Argentine.

Ces projets devraient permettre à l’entreprise de poursuivre sa croissance rapide, tout en restant rentable comme cela est le cas depuis 2004. Le CA s’est inscrit à 20,8 M€ en 2018 avec 80 personnes (dont 35 ingénieurs) et un résultat opérationnel de 3 M€. L’objectif est d’atteindre 27 M€ cette année et 60 M€ d’ici cinq à sept ans. 

 

Trois acquisitions en seulement six mois

Deveryware a effectué trois acquisitions depuis novembre dernier, dans des domaines complémentaires des siens.

En novembre, il rachète Resiliency, filiale du HCFDC (Haut comité français pour la défense civile) spécialisée dans la formation dans le domaine de la gestion de crise, dirigée par Christian Sommade (voir ETS n°664).

Le même mois, l’entreprise prend une participation de 51% dans OAK Branch qui travaille dans l’analyse prédictive et le big data permettant de reconstituer des communautés de personnes autour de thèmes variés (voir ETS n°665).

En avril dernier, la société acquiert Tracip, premier laboratoire d’expertise judiciaire français, spécialisé dans l’investigation numérique et la récupération de données. Il s’agit de la plus importante des trois opérations de croissance externe, puisque Tracip a réalisé un CA de 6,5 M€ en 2018 (voir ETS n°675).