Un nouveau segment de clientèle est né qui représente déjà un marché de 1 M € depuis la crise des gilets jaunes.
Le mouvement des Gilets Jaunes a eu une conséquence inattendue : la multiplication des contrats de protection des journalistes présents lors des manifestations du samedi.
« Cette situation inédite en France s’est désormais pérennisée à la suite de l’agression de plusieurs journalistes : un nouveau segment de clientèle est apparu avec des spécificités qui n’ont rien de commun avec la protection de personnalités dont nous avons l’habitude », explique à En Toute Sécurité la direction du syndicat des entreprises de protection rapprochée, Sef Protec. En effet, des journalistes sont habituellement protégés dans des zones à risque à l’étranger, mais cela n’était jamais arrivé en France. Et surtout pas dans la durée ni à l’échelle du pays. La seule circonstance approchante a été les émeutes dans les banlieues fin 2005 qui ont duré trois semaines.
« Pour protéger des journalistes dans des mouvements de foule et les charges des forces de l’ordre, il faut du personnel extrêmement expérimenté, comme les anciens du GIGN, du RAID ou du 1er régiment d’infanterie de Marine », souligne la direction du syndicat. L’agent de protection doit en effet « être l’œil du journaliste » qui est occupé à son travail au cœur de la mêlée : la mission consiste donc à analyser la situation de manière globale, à détecter si la manifestation est en train de dégénérer ou pas, à identifier les types de grenades lancées par les forces de l’ordre, à repérer les voies de repli. Les agents de protection s’identifient parfois auprès des forces de l’ordre.
« Le principe est de protéger et d’exfiltrer les journalistes. En aucun cas de se battre avec des manifestants », indique Sef Protec. L’agent est en général équipé d’un casque, de lunettes contre les gaz lacrymogènes et d’une trousse de premiers secours et n’a absolument aucune arme. Il s’agit de professionnels ayant le statut d’agent de protection rapprochée (APR), habilités à opérer sur la voie publique, et non pas d’agents de sécurité (APS) qui n’ont pas cette autorisation. Il est possible que des médias, peu au courant de cette distinction, aient fait appel à des APS.
En décembre dernier, des journalistes de LCI ont été agressés par des manifestants à Rouen mais ont pu s’échapper tandis qu’un des agents de protection a eu le nez cassé. Au début des manifestations, la plupart des journalistes étaient assez réticents à un recours à des agents de protection, mais les menaces ou les violences dont ils ont été l’objet les ont en général convaincus de changer d’attitude. Désormais, la protection est la règle à Paris et dans des villes où les manifestations sont souvent violentes comme Toulouse, Bordeaux, Nantes, Rouen, etc.
Ce sont surtout les journalistes des chaines d’information en continu qui sont visés, et notamment BFM TV. C’est pourquoi, les bonnettes des micros et les caméras ne sont plus siglées du nom des chaines télévisées.
« Chaque samedi, une centaine d’agents sont missionnés dans toute la France, mais nous avons connu des pics de 300 agents par samedi en décembre », annonce Safe Protec. Un contingent énorme puisque la profession compte 600 agents en tout. Les prestataires sont en général les leaders de cette profession comme EPR, n°1 du marché, ou des sociétés comme Management & Private Protection, Aeneas ou encore la filiale de protection rapprochée de groupes de gardiennage comme Securitas, DPSA ou Torann.
Le prix d’une prestation varie entre 900 et 1 000 € par agent pour une durée de douze heures, ce qui entraine des dépenses significatives au bout de quatre mois de contestation. Durant cette période, ce nouveau marché a généré un CA d’environ 1 M€, selon les calculs d’En Toute Sécurité. Le recours à des agents de protection devrait se prolonger tant que durera le mouvement des Gilets Jaunes et même pour d’autres manifestations potentiellement violentes, comme le 1er mai. « Cette pratique est désormais entrée dans les mœurs », estime Safe Protec.
SEF Protec demande à bénéficier des CDD d’usage
Face au projet de taxation des CDD, SEF Protec, le syndicat des entreprises de la protection physique des personnes, demande que cette activité soit intégrée à l’article D1242-1 du Code du travail, ce qui lui permettrait de bénéficier des CDD dit d’usage, moins taxés.
« Soumis de par sa nature spécifique (missions courtes, pics d’activité irréguliers), à une utilisation importante des contrats courts (plus de 75% des contrats d’embauches), le secteur de la protection physique est très préoccupé par les effets que pourrait avoir sur son activité, son développement et sa pérennisation, la mise en place d’une taxation des CDD prônée par le gouvernement et actuellement à l’étude », indique le syndicat.
L’adoption de cette solution des CDD d’usage « participerait également à la moralisation de l’usage des CDD puisqu’elle n’autorise pas les entreprises à utiliser les contrats courts pour les postes permanents et qu’elle peut être associée à des CDI de chantier. Des contrats qui ont l’avantage indéniable pour la profession de prendre en compte lors de la signature de contrats commerciaux, l’impossibilité de déterminer une réelle date de fin ».