Dix dirigeants d’entreprises de sécurité parmi les plus importants de la profession ont créé un collectif, baptisé Urgence Sécurité, « afin de sortir de l’impasse et d’agir enfin ».
Ils ont choisi le journal En Toute Sécurité pour publier en exclusivité leur prise de position résumée dans un document d’une page, comme le mouvement des Pigeons avaient choisi en son temps le site du journal La Tribune pour protester contre des charges jugées trop lourdes. L’appel des Dix s’inspire en effet visiblement du mouvement des Pigeons qui, en septembre 2012, avait fédéré des milliers d’entrepreneurs en quelques jours seulement.
« Le marché de la surveillance humaine est aujourd’hui sous respiration artificielle. Il s’effondre sur le plan des marges avec un retour des prix anormalement bas, si bien que les faillites sont de nouveau nombreuses », affirme Patrick Senior, PDG de BSL Sécurité, porte-parole provisoire et à l’origine du collectif.
« Nous sommes confrontés à la concurrence de sociétés qui ne respectent ni le Code de sécurité intérieure ni les règlementations sociales et fiscales. Pour assurer notre mission et répondre aux exigences des clients, nous avons besoin de moyens dont nous ne disposons plus », indique le manifeste des Dix. Le document cite des investissements significatifs comme la nouvelle obligation de formation continue qui a « déjà coûté 30 M€ par an à la profession » et la perte de 1% du CICE au 1er janvier dernier, « entrainant un nouveau surcoût annuel de plus de 30 M€ ».
« Les signataires représentent 55 000 salariés et 2,1 milliards d’€, soit plus de la moitié du marché français de la surveillance humaine », souligne le texte.
Urgence Sécurité est un groupe « sans président, sans hiérarchie » qui se créé dans le but « de peser sur les discours, mais surtout sur les actions ». « Nous sommes fermement résolus à faire avancer les choses et nous engageons des moyens de grande envergure », explique Patrick Senior, en annonçant un programme de communication et la création d’une plateforme internet mise en ligne le 18 juin (www.collectif-urgence-securite.com). Urgence Sécurité a fait notamment appel au cabinet de gestion de crise Coriolink (voir ETS n°647).
Le collectif dénonce un manque d’avancées significatives, notamment l’absence de nouvelles formations adaptées aux évolutions des métiers de la sécurité. Le document explique qu’il va porter « trois combats prioritaires » :
• La mise en place « d’une caution de garantie financière afin de mettre un terme à la concurrence déloyale d’entreprises qui se créent par effet d’aubaine alors qu’elles ne présentent pas de garanties financières suffisantes en fonds propres » ;
• L’interdiction « de la sous-traitance en cascade, action impossible à ce jour sans modification de la loi » ;
• Davantage de moyens juridiques pour le CNAPS — l’autorité de régulation de la profession — « pour lutter contre les pratiques de dumping ».
Les signataires se disent prêts à prendre des engagements clairs en matière de professionnalisation des agents et à se doter de labels qualité garantis par des audits officiels. En contrepartie, ils demandent à leurs clients de reconnaitre ces labels et d’en respecter la valeur.
L’initiative des Dix se situe en dehors des syndicats patronaux USP et SNES, car ils « produisent encore des discours différents », ajoute Patrick Senior. En revanche, il ne s’agit en aucun cas de créer un nouveau syndicat professionnel, mais de « se donner pour mission d’unifier la profession pour reconstruire la crédibilité à long terme de nos métiers ».
Le collectif a même vocation à disparaitre dès lors qu’une organisation patronale forte et unie sera en place, explique Patrick Senior. Les participants sont d’ailleurs adhérents à l’USP, au SNES ou à aucune de ces deux organisations. Plusieurs dirigeants ont déjà manifesté leur souhait de rejoindre le collectif.
Urgence Sécurité se distingue du Cercle de la sécurité privée, créé en janvier 2017 (voir ETS n°624) qui est jugé comme un cercle de réflexion, alors que le collectif mise sur l’action afin de se faire entendre des pouvoirs publics et des clients. A signaler que quatre signataires d’Urgence Sécurité sont également membres du Cercle de la sécurité privée.