En cette période particulièrement cruciale pour la profession, caractérisée par de nombreuses incertitudes réglementaires, sociales et technologiques, il nous est paru intéressant de demander à une vingtaine de décideurs de s’exprimer sur leurs attentes pour l’année à venir.
Nous leur avons donné la parole pour qu’ils dévoilent leurs souhaits, leurs projets ou leurs revendications en toute liberté.
Propos recueillis par Patrick Haas, rédacteur en chef
Par ordre alphabétique du nom propre
Thierry Aldebert
Directeur général adjoint de l’Olympique de Marseille, en charge de la sécurité
« En vue des prochains grands événements sportifs à venir en France, j’espère qu’une véritable coordination va s’établir entre les sociétés de sécurité ce qui permettrait aux autorités et aux donneurs d’ordre de mieux anticiper et centraliser les problématiques. Le continuum de sécurité devra être prêt en 2022 pour être opérationnel durant la Coupe du monde de rugby de 2023, qui sera le dernier grand événement avant les Jeux Olympiques de 2024.
Je souhaite la mise en place d’une formation adaptée aux spécificités de la sécurité événementielle, avec des variables suivant le public concerné : concert, football, rugby, etc. ».
Laurent Allais
Président d’Agora des directeurs sécurité Paris
« Je souhaite que le statut du directeur sécurité soit valorisé à sa juste place, qu’il participe au Comité exécutif ou n’en soit pas très éloigné. Il doit être reconnu par les forces publiques comme un interlocuteur valable. Pour cela, il faudrait tout d’abord référencer les directeurs sécurité qui sont la passerelle naturelle entre les forces publiques et la sécurité privée. Je souhaite qu’ils ne soient pas oubliés dans le Livre Blanc en cours d’élaboration.
Par ailleurs, il faudrait renforcer l’efficacité du CNAPS, avec davantage de contrôles. De plus, il est nécessaire d’encadrer l’utilisation d’outils technologiques comme la reconnaissance faciale, mais en laissant la possibilité de réaliser des expérimentations. Or, aujourd’hui tout est bloqué au nom de certains principes ».
Vincent Andrin
Président du directoire de Sotel
« La profession de la sécurité électronique et plus particulièrement celle de la télésurveillance doit innover davantage tout en proposant des services de qualité à des prix attractifs. Les GAFA arrivent avec de nouvelles offres dans ce domaine : des clients signent avec eux et c’est donc qu’il existe un marché pour ce nouveau type d’acteurs. A nous d’être plus réactifs et de montrer notre valeur ajoutée. Qu’une concurrence saine bénéficie à tous. »
Alain Bouteloux
Secrétaire fédéral de FO Prévention Sécurité
Le resserrement du nombre d’organisations professionnelles dans le segment relevant de la convention collective Prévention Sécurité permettra-t-elle une réelle avancée du « social » pour les agents de sécurité ? Rien n’est moins sûr.
Sur les salaires, malgré l’accord signé par FO, la moitié des agents sont encore smicards et leurs conditions de travail ne s’améliorent pas. Les négociations qui vont s’engager n’augurent pas de réelles avancées, les possibles augmentations futures étant certainement liées à l’abandon de droits actuels comme la disparition de la prime d’ancienneté, alors que les employeurs peinent à embaucher et à garder leurs salariés.
Tandis qu’il est nécessaire d’attirer des salariés, les priorités des employeurs portent sur la création de contrats précaires et la polyvalence. Pour FO, les discours « volontaristes » de tribunes doivent être traduits en actes sans délai : salaires, formation et meilleures conditions d’emploi. Ce sont très basiquement les priorités. Continuum sécurité et JO de 2024, c’est bien mais le quotidien des agents passe — lui — en arrière-plan.
Jean-Christophe Chwat
Président de GPMSE Fédération
« Je formule trois vœux :
- Que GPMSE soit associé aux évolutions de la profession, depuis les auditions consacrées au Livre Blanc de la sécurité intérieure jusqu’à la mise en œuvre des réformes. Jusqu’à présent, nous sommes peut-être entendus mais jamais écoutés ;
- Que les autorités fassent confiance aux technologies de sécurité, à ceux qui les conçoivent et les installent. Je pense notamment à la reconnaissance faciale où l’attitude semble être de ne surtout rien faire ;
- Que nous construisions ensemble la sécurité de demain : ce sera une solution mixte alliant la technologie et l’humain. Cela permettra notamment de mettre l’accent sur l’innovation plutôt que sur les niveaux de prix ».
Frédéric Gauthey
Président du GES
« Pour cette nouvelle année 2020, également le début d’une nouvelle décennie, le GES souhaite accélérer le processus de transformation en profondeur de la filière de la sécurité privée initiée en 2019 : mes vœux sont donc ceux d’un retour de la rentabilité pour nos entreprises, d’une augmentation de l’attractivité de notre profession pour les jeunes, d’une croissance de la qualité à destination de nos clients par la montée en gamme progressive de nos équipes et d’une prise de responsabilité de l’ensemble des acteurs de l’écosystème de la sécurité privée.
Précisément : concertation avec les pouvoirs publics sur le continuum de sécurité, travaux avec le ministère de l’Economie pour réformer la régulation, poursuite de la rénovation du dialogue avec les partenaires sociaux. La réussite de ces chantiers en 2020 est la condition impérative pour faire entrer la sécurité privée dans une décennie de professionnalisation et redorer le blason de cette profession malmenée ».
Luc Guilmin
PDG de Securitas France
« Retrouver de l’attractivité sur le métier de l’agent de sécurité. Chez Securitas, cela fait longtemps que nous travaillons sur les compétences. Mon souhait maintenant est que la profession toute entière avance unie sur ces sujets.
De la même manière, la valorisation de nos services est un vœu qui m’est cher pour pouvoir réinvestir sur les formations et sur les nouvelles technologies. Nous devons nous mettre en ordre de marche pour proposer les services de sécurité de demain. C’est la raison pour laquelle nous avons besoin que les propositions portées par le GPMSE, le GES et le SESA soient prises en compte dans la loi de sécurité intérieure qui devrait aboutir d’ici à la fin de l’année.
Dernier vœu et non des moindres, la revalorisation des métiers de la sécurité. Securitas soutient la branche dans sa politique des augmentations salariales en participant activement au sein du GES aux travaux sur les classifications ».
Claire Jacquemet
Présidente du Club des femmes de la sécurité
« Je formule deux souhaits majeurs : un taux de féminisation plus important dans notre profession — qui est actuellement d’environ 10% seulement selon nos études — et la création d’un BTS pour technico-commerciaux dont 80 à 90% des titulaires soient des femmes. Pour ce projet, nous sommes associés à l’institut de formation AFORT dans le but de démarrer le cursus en septembre prochain. Le problème n’est pas de concevoir le contenu, mais de trouver des candidates ».
Alain Juillet
Ancien président du CDSE et aujourd’hui président du comité stratégique du pôle d’excellence pour la sécurité globale
« Mon premier souhait est que la profession s’organise pour parler d’une seule voix avec les pouvoirs publics. Elle ne doit pas partir en ordre dispersé au moment où l’Etat transfert certaines missions à des sociétés privées.
Mon second souhait est que les donneurs d’ordre comprennent qu’il ne faut pas privilégier exclusivement les prix bas des prestations et que les sociétés de sécurité ne fassent pas du dumping pour gagner des marchés ».
Jacques Kerdoncuff
Responsable sécurité des personnes et des biens pour le groupe Société Générale
« Je souhaite que l’on mette en application les principes énoncés par les pouvoirs publics et les professionnels concernant la responsabilisation des directions des achats dans le choix des prestataires. La revalorisation du métier est indispensable, mais elle ne peut pas se faire si le choix se porte sur le moins-disant. Les sociétés de sécurité privée ont d’ailleurs une part de responsabilité dans cet engrenage en baissant le prix de leurs prestations.
Le CNAPS devrait avoir davantage de moyens et être plus dissuasif grâce à la publication des sanctions prononcées.
Enfin, je voudrais que l’on parle moins des agents privés armés pour se consacrer à des sujets plus importants, car c’est un minuscule marché de niche ».
Patrick Lagarde
Président de Brink’s France
« Je souhaite que le Livre Blanc sur la sécurité intérieure lève le carcan réglementaire qui pèse sur notre profession et empêche le transport de fonds d’évoluer alors que notre environnement bouge autour de nous et que le volume de cash se réduit.
Nous devons retrouver de la souplesse pour nos conditions opérationnelles. Par exemple pour le montant transporté par un véhicule banalisé : le plafond de 30 000 € date de 1980 et doit être réévalué. Il faudrait aussi que l’homme puisse être remplacé par la technologie quand c’est possible. Ces changements ne doivent plus passer par des processus complexes qui s’éternisent dans le temps ».
Philippe Maquin
Président de l’Unafos
« Pour l’année 2020, l’Unafos appelle de ses vœux la stabilité du paysage législatif, règlementaire et économique et ainsi permettre à l’ensemble des acteurs de la formation professionnelle de concourir au développement des compétences des actifs.
Un vent de responsabilisation souffle et seuls les agents économiques qui lèveront les voiles atteindront les rivages de la croissance. Souhaitons que la certification Qualiopi porte les fruits espérés, que l’apprentissage soit la voie d’excellence qu’elle veut être, que tous saisissions la liberté d’innovation proposée par l’Afest et la Foad et enfin que tous, nous soyons capables de repenser notre métier dans l’économie de la connaissance.
L’Unafos adresse à tous ses adhérents, à tous les acteurs de ce nouveau système, CPNEFP, AKTO, France Compétences… et à la Fédération de la Formation Professionnelle que l’Unafos a rejoint, ses meilleurs vœux pour que chacun joue pleinement son rôle alors que tous nous naviguons sur des eaux incertaines.
Chaque année, un nouveau départ ! A chaque départ, un nouveau succès !
Un succès qui est et sera le vôtre, organisme prestataire d’actions concourant au développement de compétences, cette année encore ».
Elias Nahra
PDG de Triomphe Sécurité, vice-président du GES
« Je souhaite que le GES ait encore davantage d’influence pour peser auprès des ministères concernés par notre activité. Plus généralement, je souhaite qu’une réelle prise de conscience ait lieu au sein de l’Etat, qui s’intéresse à notre profession surtout après un attentat ou avant un grand événement sportif comme les Jeux Olympiques, mais reste souvent au niveau de la parole et des bonnes intentions. Il n’utilise pas tous les moyens à sa disposition pour que les entreprises de sécurité travaillent à égalité, notamment en ne prenant pas assez de sanctions contre celles qui sont en marge de la loi ».
Jonathan Schifano
Président du Club des jeunes cadres en sûreté
« Nous souhaitons participer à la construction d’une vraie filière de la sécurité privée, notamment par un travail en amont en accompagnant nos membres vers un emploi attrayant pour demain. Nous voulons également développer nos deux partenariats : sur le plan technologique avec l’AN2V grâce à des échanges d’informations au sein de groupes de travail et sur le plan de la formation, du juridique et du management avec le GES.
Enfin, nous voulons acter le rapprochement en cours avec ASIS International, dont je viens de rejoindre le bureau, conduit par son tout nouveau président, Gabriel Gedda, responsable sécurité France de Microsoft ».
Patrick Senior
Président de BSL Sécurité et un des fondateurs du collectif Urgence Sécurité
« Mon souhait le plus important concerne la nécessité absolue de reconstituer les marges des sociétés de sécurité. Il ne s’agit pas d’enrichir les dirigeants mais de mieux payer les salariés et d’améliorer les services. Il faut souligner que les prix ne sont jamais tombés aussi bas pour certains appels d’offre. Et il est ensuite très difficile de renégocier pour faire augmenter les budgets sécurité.
Pour contrer cette tendance, il faudrait lancer une vaste campagne de communication pour revaloriser la profession et éduquer le marché.
Je souhaite que le GES réussisse dans sa stratégie de montée en gamme : une politique salariale audacieuse telle qu’il la préconise doit forcément être associée à une revalorisation des prix ».
Claude Tarlet
Président de la Fédération Française de la Sécurité Privée
« Réinventons-nous pour faire face aux menaces complexes.
2020 ouvre la décennie qui impose à la sécurité privée de se réinventer. Aux menaces physiques s’ajoutent des menaces numériques à l’impact de plus en plus palpable : impact économique, impact humain, impact géostratégique. À des menaces complexes et multiformes, nous, professionnels de la sécurité privée, devons répondre avec de nouvelles offres, de nouvelles compétences, de nouveaux métiers, de nouvelles technologies et de nouvelles stratégies.
La place de la France dans ce nouveau paysage dépendra de notre capacité collective à nous réinventer, à promouvoir les innovateurs et à développer des solutions d’excellence, sur le marché national comme à l’export.
Au nom de tous les membres de la FFSP, je souhaite à toutes et tous les professionnels de la sécurité privée une année de courage, d’audace, d’ambition, et une énergie infinie pour défendre ce bien si précieux que constitue notre sécurité ».
Richard Terzan
Président d’Anticip
« Je souhaite que les sociétés françaises de sûreté soient davantage écoutées par l’Etat et impliquées, alors que ce type d’entreprise n’a jamais été autant concerné par l’actualité récente, comme le montrent la fuite de Carlos Ghosn et le bouleversement de la situation au Moyen-Orient après l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani.
Il est essentiel de moraliser notre profession : la difficulté n’est pas de réaliser une opération mais de refuser de la faire au nom d’une certaine éthique. A ce sujet, je salue le professionnalisme des sociétés françaises de sûreté à l’international. Le mouvement de concentration va se poursuivre dans notre secteur et je souhaite qu’Anticip soit un acteur majeur de ce mouvement, si possible à l’échelle européenne ».