Grands patrons, stars du sport ou du showbiz, dirigeants politiques… Chaque jour, des personnalités poussent les portes de ce temple médiatique dont la tour emblématique surplombe les bords de Seine, pour communier devant plusieurs millions de téléspectateurs.
Face aux risques encourus du fait de ces visiteurs prestigieux — parfois détestés ou à l’inverse trop adulés — la première et plus ancienne chaîne de télévision généraliste nationale française a dû mettre en place une politique sûreté adaptée, 0reposant notamment sur l’anticipation.
« Cette vigilance s’avère d’autant plus importante en période électorale, où les prises de paroles et débats politiques s’enchaînent à 13h et 20h sur les plateaux du JT, mais également et sans discontinuer de 6h à minuit sur la chaîne d’info LCI », explique Sylvain Abed, responsable sûreté du groupe TF1, lors d’une interview exclusive à En Toute Sécurité.
La forteresse audiovisuelle à protéger se compose essentiellement de deux bâtiments : la tour, bien connue de tous les Parisiens, et l’Atrium qui la jouxte. « Notre mission consiste principalement à prévenir tout acte de malveillance interne, issus principalement d’acteurs externes à l’entreprise », confie Sylvain Abed. En effet, souvent perçue comme du côté du pouvoir en place (et régulièrement accusée d’être plutôt orientée à droite), l’entreprise privée, principalement détenue par le groupe industriel Bouygues, est la cible régulière de manifestations. (syndicales, féministes, gilets jaunes…).
Ses journalistes peuvent se retrouver directement menacés à la suite de la diffusion d’un reportage controversé. Et même une émission comme « The Voice », ou l’élection d’une Miss France contestée, peuvent déclencher un déchainement médiatique, entrainant des mouvements de contestation devant les locaux de « La Une ».
« Pour être en capacité d’adapter notre dispositif sécurité à de tels incidents, il s’avère donc indispensable de mener une veille médiatique constante afin de pouvoir les anticiper, explique Sylvain Abed. Cette veille se mène notamment sur les réseaux sociaux à partir de mots clés, afin de repérer tout ce qui pourrait se révéler comme une menace pour notre institution ou l’un de nos collaborateurs », analyse le directeur sûreté.
Une fois le risque évalué, il s’agit de s’en prémunir au mieux, en mettant en place les moyens humains adéquates. « La moitié de nos agents de sécurité sont internes. Travaillent main dans la main avec l’autre moitié qui est issue d’une société de sécurité privée unique. Et dont ils supervisent les missions, afin d’assurer la surveillance et le contrôle d’accès à nos locaux, 24h/24 et 7J/7. Internes ou travaillant pour une société externe, tous nos agents sont dans l’obligation de suivre un cursus spécifique chaque année. Cet effectif constitue le noyau dur de notre dispositif du 1er janvier au 31 décembre. Que nous pouvons renforcer de manière ponctuelle, en fonction des évènements auxquels nous prévoyons d’être confrontés », détaille Sylvain Abed.
Ces équipes doivent également composer avec les services de sécurité des différentes personnalités reçues. « Nous nous coordonnons toujours en amont de toutes visites. Et notamment avec les officiers sécurité, quand il s’agit d’hommes politiques. De même, nous faisons des déclarations auprès des différentes instances concernées. Et travaillons en partenariat avec les équipes du commissariat de Boulogne », affirme le responsable sûreté.
Des collaborations également mises en place lors d’évènements organisés en dehors des murs de l’établissement. C’est notamment le cas pour « The Voice » à Aubervilliers, ou la soirée des Restau du Cœur sur l’ensemble du territoire. « Dans ces cas, la sûreté est assurée en parallèle des agents de sécurité de la société de production, mais ce sont nos règles qui priment », assure Sylvain Abed.
Vidéo et contrôle d’accès pour protéger la « Tour »
La protection de la « Tour », installée sur le quartier du Point du jour, est complétée par un dispositif de vidéosurveillance et de contrôle d’accès classique. « Un système de vidéoprotection est déployé sur l’ensemble du bâtiment, mais uniquement sur les points d’accès et dans les zones sensibles. L’ensemble de nos collaborateurs sont dotés d’un badge nominatif, avec dates de validité. Ce sont eux qui assurent la gestion des visiteurs en allant les chercher après leur contrôle d’identité à l’accueil. De même, tous les sacs et bagages doivent passer par un sas à rayon X », confie le responsable sûreté, sans toutefois révéler le nombre de caméras.
Une organisation qui passionne le responsable de cette sûreté VIP. « J’ai retrouvé dans ce poste la fougue de mes 20 ans. On est toujours sur le qui-vive. Et bien au-delà de la proximité des célébrités, l’intérêt pour un métier, qui impose à tous les niveaux de nombreux contacts humains », se confie-t-il.
Sylvain Abed : de la comptabilité à la sûreté
Totalement atypique dans son parcours, Sylvain Abed a cependant passé toute sa carrière (30 ans) au sein du groupe TF1. Bac en poche après une formation financière, il sort du service militaire pour entrer en 1989 dans le groupe audiovisuel. Il y occupe successivement les postes de « corporate travel manager » durant 16 ans, responsable du parc véhicule durant 12 ans, responsable du pilotage des processus achat du groupe durant 3 ans, chef de projet de l’outil « travel et expense » durant 2 ans, avant de prendre la responsabilité de la sûreté en octobre 2021.
La sécurité des journalistes de France Media Monde en Ukraine
A chaque actualité, sa politique sûreté… En pleine période électorale, les chaînes généralistes veillent au bon déroulement du ballet médiatique des personnalités politiques venues deviser sur leurs plateaux télévisés. Celles d’info continue, prises dans la tourmente ukrainienne, s’évertuent à assurer la sécurité de leurs journalistes, dont certains se retrouvent pris en pleine zone de guerre.
C’est notamment le cas de France Media Monde (France 24, RFI, et Monte Carlo Doualiya, la radio en langue arabe) qui a élaboré une véritable politique sûreté éditoriale pour toutes les zones à risque sur lesquelles sont envoyés leurs collaborateurs. Pour la direction générale de ce groupe, dans une entreprise média, la politique sûreté vise à garantir la liberté éditoriale, fondement de ses missions. Car sans sûreté pour les journalistes, les techniciens et leurs interlocuteurs, il n’y a pas de liberté d’expression et de couverture des sujets et des zones à risques en matière d’information. La coordination des responsabilités dans ce domaine relève donc de la compétence du directeur de la sûreté. Directement rattaché à la présidence, également responsable de publication, elle suppose une interrelation permanente avec les directions des médias.
Cette politique sûreté éditoriale appliquée en Ukraine, comme à chaque fois en zones à risques se matérialise notamment par :
- une cellule de crise quotidienne 7/7 sur cette actualité ;
- des briefings particuliers autant que de besoin et en fonction des opportunités éditoriales ;
- un appui à l’identification et à la validation des contacts utiles ;
- une coordination des équipes par rapport aux contraintes sécuritaires pour un maillage cohérent sur le terrain.
Fort de ces compétences développées depuis plusieurs années, le directeur sûreté du groupe est régulièrement sollicité par d’autres médias pour partager l’expertise de France Média Monde dans le domaine de l’activité éditoriale en zones dangereuses.
Fort de ces compétences développées depuis plusieurs années, le directeur sûreté du groupe est régulièrement sollicité par d’autres médias pour partager l’expertise de France Média Monde dans le domaine de l’activité éditoriale en zones dangereuses.
TF1 en chiffres
- 19,7 % de part d’audience ;
- 16,4 millions de téléspectateurs lors de la huitième de finale de l’Euro de football ;
- 2,4 milliards de CA ;
- 3 500 collaborateurs à Boulogne ;
- Neuf chaînes dont 4 généralistes (TF1, TMC, TFX, TF1 série film) une d’information continue (LCI) 4 thématiques (Histoire TV, TV Breizh, Ushuaïa TV, Série Club).
Enquête réalisée par Pierre-Olivier Lauvige